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Thron Kpeto Deka Alafia : entre tradition vodun et héritage musulman

Culture
Thron Kpeto Deka Alafia Thron Kpeto Deka Alafia

Le Vodun Thron Kpeto Deka Alafia occupe une place singulière dans le paysage religieux béninois. Présent dans plusieurs régions du pays, ce culte est présenté par ses adeptes comme étant d’origine ghanéenne, dans un environnement notamment haoussa et musulman. Une origine qui se reflète encore aujourd’hui dans certaines de ses pratiques.

Par   Christelle DJOMAMOU (Coll.), le 09 sept. 2026 à 08h00 Durée 4 min.
#Thron Kpeto Deka Alafia

Le jeûne musulman et la célébration de la Tabaski, appelée "Léa Gbô" chez les adeptes du Thron Kpeto Deka Alafia, figurent parmi les principales manifestations de cette divinité.

 « Nous, adeptes du Thron Kpeto Deka Alafia, faisons le jeûne avec les musulmans parce que nous évoluons dans une religion musulmane, d’origine haoussa, venue du Ghana. Nous respectons la mémoire et l’origine du Vodun. Même si nous l’avons adopté, nous ne l’avons pas dénaturé », explique Hounnon Tokan Alphonse Aigbe, prêtre du Thron Kpeto Deka Alafia.

 Pendant un mois, certains fidèles observent ainsi le jeûne parallèlement aux musulmans et accomplissent l’aumône, communément appelée "saala".

À l’issue de cette période, un sacrifice est réalisé en l’honneur du Thron. Selon les explications recueillies, environ trois mois après le jeûne, un mouton ou un bélier peut être immolé, dans une pratique qui rappelle le sacrifice de la Tabaski musulmane.

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Le Léa Gbô, une pratique héritée

 

 Hounnon-gan Kpodjiou Widé Min attribue la découverte du Thron Kpeto Deka Alafia à Mama Seydou, tandis que l’instauration du Léa Gbô serait liée à Hounnon-gan Hossou Tchedji Dandan.

 Selon la tradition, l’esprit Thron serait apparu en rêve à Hossou Tchedji Dandan et lui aurait demandé d’observer le jeûne. Cet épisode aurait conduit à l’instauration progressive du Léa Gbô.

 La tradition rapporte également que, bien que le Thron soit issu d’un environnement musulman, il aurait été délaissé à une certaine époque par une partie des musulmans. Les Tchedji auraient alors contribué à sa préservation et à sa transmission.

 Le Léa Gbô ne répond toutefois pas à un calendrier unique. Chaque prêtre et ses fidèles peuvent choisir le moment de l’accomplir, après le jeûne, à l’occasion de la Tabaski ou à une autre période de l’année. Pour beaucoup, la Tabaski musulmane reste néanmoins le moment privilégié, en raison des liens historiques entre les deux traditions.

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Des influences visibles dans les temples

 

 L’héritage musulman apparaît également dans certains gestes et symboles. Avant d’entrer dans un temple Thron, les fidèles se déchaussent et peuvent saluer par la formule « Assalamou alaykoum ». La lune et le soleil, parfois représentés sur la loge abritant la divinité, figurent également parmi les symboles associés au culte.

 La bougie, le parfum, la noix de cola et la poudre occupent par ailleurs une place importante dans les rites.

 Ces pratiques ne sont cependant pas identiques dans tous les courants du Thron. Les adeptes du Thron Goka Awoudja et du Kpeto Vé, par exemple, ne jeûnent pas avec les musulmans et ne célèbrent pas nécessairement le Léa Gbô à la période de la Tabaski.

 « Nous pratiquons le même Thron, seulement avec des pratiques différentes », souligne Hounnon-gan Kpodjiou Widé Min, comparant cette diversité à celle observée entre différentes confessions religieuses.

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Une proximité qui se renforce

 

 Au-delà des rites, le lien entre le Thron Kpeto Deka Alafia et l’islam semble connaître un regain d’intérêt. Selon Hounnon Tokan Alphonse Aigbe, de plus en plus de musulmans pratiquent aujourd’hui à la fois l’islam et le Thron, sans considérer cette double pratique comme contradictoire.

 Cette proximité contribuerait notamment à expliquer la présence importante de temples Kpeto Deka Alafia dans le nord du Bénin, région où l’islam est fortement implanté.

 Ainsi, loin d’être figé dans une seule tradition, le Thron Kpeto Deka Alafia apparaît comme un culte où se rencontrent héritage musulman et pratiques vodun, témoignant de la complexité et de la diversité du paysage religieux béninois.

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