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Encore embryonnaire mais prometteuse, la filière hévéa s’impose comme un nouveau levier de diversification agricole au Bénin. Soutenue par l’Etat, elle pourrait générer des revenus durables en milieu rural et renforcer la place du pays sur le marché africain du caoutchouc naturel.
Introduite au Bénin dans les années 1950, notamment dans les départements du Mono et de l’Atlantique, la culture hévéicole n’a jamais atteint un niveau de développement comparable à celui observé dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. La filière reste à un stade embryonnaire, mais attire de plus en plus l’attention des pouvoirs publics, en raison de son rendement durable, de la régularité mensuelle des revenus qu’elle génère et de son potentiel de création de valeur locale.
Cultivé pour son latex, matière première du caoutchouc naturel, l’hévéa (Hevea brasiliensis) est présenté comme la seule culture au monde dont le revenu est mensuel et peut durer au moins cinquante ans. Sa culture se concentre majoritairement dans la partie sud du pays, avec une extension progressive vers le centre. Les principales zones de production sont situées dans les départements du Plateau, du Zou, de l’Atlantique, des Collines, de l’Ouémé et du Borgou.
Selon les données de l’Observatoire du commerce, de l’industrie et des services (Ocis), le pays compte 54 planteurs d’hévéa, dont 48 % dans le département du Plateau. La filière reste largement masculine, avec 87 % d’hommes contre 13 % de femmes. La superficie totale emblavée est estimée à 605 hectares, dont près de la moitié située dans le Plateau.
Pour mieux structurer l’organisation des acteurs, l’Association des producteurs d’hévéa au Bénin a été mise en place fin décembre 2023. Elle regroupe les planteurs engagés dans la dynamique de développement de la filière.
Capacité industrielle avérée
Pour l’Ocis, la filière hévéa représente une opportunité de diversification des exportations agricoles du Bénin, encore largement dominées par le coton et l’anacarde. Sa montée en puissance pourrait générer des revenus plus stables pour les producteurs, créer des emplois ruraux durables et renforcer la résilience de l’économie nationale.
Le caoutchouc naturel issu de l’hévéa est indispensable à de nombreux secteurs : pneumatiques, équipements médicaux (gants, cathéters), chaussures, construction, isolation, pièces industrielles et autres articles de consommation courante. A ces usages s’ajoute la valorisation du bois d’hévéa, notamment dans la fabrication de panneaux de fibres à densité moyenne (panneaux Mdf) et de lamellés-collés.
Sur le plan environnemental, l’hévéa présente également des atouts : il produit 6,3 fois plus d’oxygène que de dioxyde de carbone et peut éliminer jusqu’à 60 % de certaines toxines de l’air, contribuant ainsi à l’amélioration de la qualité de l’air.
A l’échelle mondiale, la production de caoutchouc naturel avoisine 14,4 millions de tonnes, tandis que la consommation atteint près de 15 millions de tonnes, traduisant une demande soutenue.
En Afrique, la Côte d’Ivoire s’impose comme le leader, avec 1,7 million de tonnes produites en 2023, soit une hausse de 25 % en un an. Le caoutchouc naturel est devenu le deuxième produit agricole d’exportation ivoirien, générant 495 milliards F Cfa de chiffre d’affaires en 2018, dont 100 milliards au profit des producteurs. Un modèle dont le Bénin entend progressivement s’inspirer.
L’Etat à la manœuvre
Dans le cadre du Programme d’action du gouvernement (Pag) 2021-2026, l’hévéa a été retenu comme culture prioritaire. Une superficie de 20 000 hectares est dédiée à son développement à l’échelle nationale. L’Etat s’engage à fournir des semences certifiées, des espaces agricoles, ainsi qu’un accompagnement technique à toutes les étapes de la chaîne de valeur, avec l’appui de l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab).
Le Centre de recherches agricoles sur les plantes pérennes (Cra-Pp) de Pobè a été mandaté pour développer des clones performants, avec déjà cinq variétés importées de Côte d’Ivoire en cours de multiplication pour la production de matériel végétal de qualité.
Un tournant a été franchi en octobre 2024, avec la signature d’un accord de partenariat entre le ministère en charge de l’Agriculture et le groupe ivoirien AgroSources, leader régional de la filière hévéa. Ce partenariat vise le renforcement des capacités des producteurs, le préfinancement des équipements, l’accès au crédit et aux intrants, ainsi qu’un accompagnement allant de la plantation à la commercialisation.
A terme, il est question de créer une industrie locale de transformation en vue de l’émergence d’un label « caoutchouc béninois» reconnu sur les marchés internationaux. Pour faire de l’hévéa une véritable filière d’avenir, la poursuite des actions engagées devra s’appuyer sur la formation des planteurs, l’extension des plantations, le soutien à la recherche variétale et le financement de la transformation locale.