La Nation Bénin...
Les contraintes sécuritaires aux frontières nord du Bénin, ont poussé African Parks Bénin à renforcer sa stratégie de surveillance et à développer des méthodes alternatives de conservation de la faune. L’organisation non gouvernementale mise également sur l’implication des communautés riveraines, la prévention des conflits homme-faune et la coopération régionale pour préserver les espèces menacées d’extinction.
La crise sécuritaire dans le nord du Bénin impose des ajustements dans la gestion des aires protégées. Pour African Parks Bénin, qui gère ces zones, l’enjeu est de poursuivre les missions de conservation tout en tenant compte des contraintes du terrain et des besoins des populations riveraines.
Répondant aux questions des professionnels des médias à la faveur d’une formation, Hugues Akpona, directeur régional Afrique de l’ouest d’African Parks, a expliqué les mesures engagées pour maintenir la dynamique. En plus du volet sécurité qui est du domaine de l’Etat, African Parks maintient la surveillance des parcs par des patrouilles terrestres et aériennes, en coordination avec les Forces armées béninoises, a expliqué Hugues Akpona. Cette présence permet de détecter les activités illégales et de protéger les espaces naturels, dans le respect des rôles définis entre les différentes parties. « La crise sécuritaire est à voir sur plusieurs volets. Le volet écologique, qui est le volet conservation que nous connaissons, mais aussi le volet social. Réduire la vulnérabilité des populations vis-à-vis de cette crise reste assez important», a-t-il souligné.
Au-delà des patrouilles, African Parks renforce ses liens avec les communautés. L’organisation s’appuie notamment sur des facilitateurs présents dans les villages pour rester en contact avec les habitants et recueillir leurs perceptions. Elle évalue chaque année leur regard sur le parc et transmet aux acteurs compétents les informations utiles à la gestion de la sécurité.
Cette approche s’accompagne de la stratégie 3E+, éducation, engagement communautaire et autonomisation. L’objectif étant de réduire la vulnérabilité des ménages qui dépendent des ressources naturelles et de consolider leur participation aux actions de conservation. L’emploi local constitue également un levier d’intégration. Selon le directeur régional, plus de 90 % du personnel de l’organisation est recruté localement.
Suivi de la faune
Les contraintes sécuritaires affectent le suivi écologique. Malgré ces difficultés, un dénombrement de la faune a été réalisé en 2024 dans les parcs de la Pendjari et du W, lequel montre que les parcs regorgent, entre autres, de 5000 têtes d’éléphants, de plus de 8400 buffles, de plus de 800 hippopotames, de 500 espèces d’oiseaux, et de 60 % des lions d’Afrique de l’ouest. Pour compléter ces données, African Parks suit mensuellement certains groupes d’éléphants équipés de colliers permettant de les localiser par télémétrie.
L’organisation envisage aussi de recourir à l’Adn environnemental pour mieux connaître la diversité animale à partir d’échantillons d’eau ou de sol. Des travaux menés avec des universitaires doivent contribuer à orienter la recherche vers les priorités de gestion. Et le suivi du léopard, réalisé en collaboration avec des universités, s’inscrit dans cette démarche. « Le contexte sécuritaire a un impact sur le suivi écologique, c’est clair. C’est pourquoi, pour avancer, nous essayons aussi d’apporter de nouveaux outils scientifiques comme l’Adn environnemental, afin de générer des statistiques plus fiables pour les aires protégées », a expliqué Hugues Akpona.
La protection des espèces les plus vulnérables reste aussi une priorité. Le directeur régional a indiqué qu’African Parks a mis en place un dispositif de gestion de la reproduction des damalisques dans un espace aménagé de 600 hectares, avec un suivi vétérinaire et des dénombrements réguliers. Pour les guépards, il a évoqué une population estimée à environ 25 individus dans les deux parcs nationaux du Bénin, une estimation qui souligne les enjeux liés à la préservation de cette espèce.
Conflits homme-faune
Les incursions d’animaux sauvages dans les espaces habités ou cultivés constituent un autre défi. African Parks Bénin combine des actions préventives, notamment la sensibilisation des communautés et la mise en place de dispositifs d’alerte, avec des mécanismes de constat et de compensation des dégâts. Des cultures de piment ont notamment été développées dans certaines zones sensibles autour de la Pendjari pour contribuer à éloigner les éléphants des espaces agricoles.
L’organisation cherche également à mieux comprendre les facteurs qui accentuent ces conflits. Pour Hugues Akpona, l’objectif n’est pas de supprimer tout risque, mais de prévenir les incidents et de préparer les communautés aux comportements à adopter face à la faune.
La stratégie d’African Parks Bénin en matière de conservation repose, enfin, sur la translocation d’herbivores de la Pendjari vers, par exemple, le ranch de Gbadagba. Cette option illustre la volonté de contribuer au repeuplement d’autres espaces. Ainsi, la multiplication des sites capables d’accueillir des populations viables d’espèces menacées permettrait de réduire les risques de disparition totale en cas de crise sur un site donné.
Concernant la reprise du tourisme réclamée par certains acteurs des parcs, Hugues Akpona a appelé à la retenue et rappelé que seul le gouvernement peut décider de la reprise des activités. Selon lui, l’organisation reste strictement soumise au cadre réglementaire national. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et écologiques, elle entend donc poursuivre ses missions en adaptant ses méthodes, tout en maintenant la coopération avec les autorités et les communautés.
African Parks Bénin mise sur de nouvelles stratégies pour conserver la faune