La Nation Bénin...
"Ça n’est pas une question d’ingérence, mais
d‘humanité". C'est la clarification du député européen
Christophe Gomart, initiateur de la résolution du parlement
européen du 12 mars 2026 exigeant la libération immédiate du chef de l’État
nigérien élu, Mohamed Bazoum. Il a été destitué et
séquestré avec son épouse depuis le 26 juillet 2023 par la
junte actuelle au pouvoir. Cette clarification est celle que serait
en droit de faire tout démocrate épris de justice et de liberté. Éric Topona.
Il faut d’emblée faire un retour vers le contexte de ce coup d’État du 26
juillet 2023 et cette privation arbitraire de liberté dont est victime
Mohamed Bazoum et son épouse Hadiza Ben Mabrouk Bazoum, pour relever
l’indignation légitime que continue de susciter ce drame personnel qui est
aussi un drame de la démocratie au Niger et dans l’Afrique tout entière.
En effet, c’est au terme d’une élection libre quoique contestée à
l'époque par l'opposition que Mohamed Bazoum est élu à la magistrature
suprême en 2021. Il succède alors à son
prédécesseur Mahamadou Issoufou qui avait pris
l’engagement solennel de ne pas se représenter pour se conformer ainsi à la
constitution du Niger qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels.
Joignant la parole aux actes, le président Issoufou inaugurait ainsi au
Niger une tradition démocratique et républicaine vertueuse. Elle aura été
d’autant plus saluée qu’en Afrique subsaharienne francophone notamment, la mode
était et demeure au tripatouillage des lois fondamentales afin de prolonger un
bail au sommet de l’État, vidant ainsi de sa substance le sacro-saint principe
de l’alternance démocratique.
C’est dire que l’accession au pouvoir de Mohamed Bazoum venait ainsi
inscrire le Niger dans une tradition démocratique véritable et pérenne. Cette
alternance était d’autant plus à saluer que le Niger, depuis son accession à la
souveraineté internationale, a connu comme nombre de pays africains de nombreux
changements de régimes par la force.
Détention arbitraire et injuste
La seconde aberration du coup d’Etat contre Mohamed Bazoum réside dans ses
conditions de détention et la suppression de toute garantie de justice, pour
répondre devant les juridictions de son pays des chefs d’accusation
initialement portés contre lui et quelques membres de son entourage proche.
Fait rare en Afrique dans la longue histoire des coups d’État qu’a connu
ce continent, Mohamed Bazoum était initialement détenu avec son épouse et son jeune
fils. Salem Mohamed Bazoum sera libéré en janvier
2024. Plus détestable, l’ancien chef de l’État et
son épouse sont toujours reclus dans une annexe de la
présidence de la République, à un jeu de pierre de là où
réside l’actuel chef de la
junte, le général Abdourahamane Tiani.
En clair, il a fait de son prédécesseur dont il fut par ailleurs le
chef de la garde présidentielle avant le coup d'État du 26 juillet
2023 un bouclier, voire une monnaie d’échange pour se prémunir de toute
action contre son pouvoir. C’est inédit en Afrique.
Un « saut dans l'inconnu »
La résolution du parlement européen a été adoptée dans un
contexte où depuis le renversement de Mohamed Bazoum, le Niger s’enfonce chaque
jour davantage dans une crise politique, sécuritaire, économique et sociale
inédite. Pourtant, la junte après son coup de force a
promis le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du territoire
national, l’annihilation des groupes terroristes qui portent des atteintes
croissantes aux personnes et aux biens est loin d’être satisfaite. Tout au
contraire, la sécurité ne cesse de se détériorer. Ni la création précipitée de
l’Alliance des États du Sahel (le 16 septembre 2023) avec ses
voisins du Burkina Faso et du Mali et la sortie rocambolesque de
la Communauté économique des États de l'Afrique de
l'Ouest (CEDEAO), encore moins le recours aux paramilitaires russes,
n’ont inversé cette tendance dramatique. Les terroristes djihadistes ne cessent
de gagner du terrain et l’État central de perdre le contrôle de pans
significatifs du territoire national.
Au plan économique et social, la junte en est arrivée à décider de la
réquisition des personnes et des biens, comme contribution
"citoyenne" à l’effort de guerre, tandis que dans le même temps, les
salaires des agents de l’État sont laborieusement versés. Il serait fastidieux
de s’étendre davantage sur l’écart béant entre les promesses du coup d’État de
2023 et la situation actuelle du Niger.
Promotion du discours propagandiste
Bien évidemment, comme c’est de mode dans un certain discours
prétendument panafricaniste en Afrique quoiqu’en perte de crédibilité, l’Europe
et notamment la France sont les bouc-émissaires tout trouvés. Mais hélas pour
la junte au pouvoir, les faits sont têtus.
Pour l’Union européenne, cette résolution dont il faut saluer la
fermeté et la cohérence avec ses valeurs arrive à point nommé. Pour les
opinions publiques africaines, notamment les défenseurs des valeurs de
démocratie et de liberté sur le continent, elle apporte la preuve qu’une
communauté d’intérêts et de destin avec l’Afrique demeure possible.
Dans un contexte international où ces valeurs communes sont mises à mal par
des acteurs nouveaux qui se pressent en Afrique pour y vendre du vent, preuve
est faite que la relation Europe et Afrique repose sur un socle commun qui peut
résister aux convulsions actuelles de la scène internationale.
Le 2 avril 2026 marquera le cinquième anniversaire de la prestation de
serment et de l'investiture de Mohamed Bazoum. Gageons que les militaires au
premier rang desquels le général Abdourahamane Tiani saisissent
cette accroche pour lui rendre sa liberté, ainsi qu'à sa tendre
épouse Hadiza Ben Mabrouk Bazoum. Vivement.
Mohamed Bazoum