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Egalité souveraine: Le principe qui fait basculer la gouvernance mondiale

International
L’égalité souveraine ouvre la porte non seulement à une gouvernance pacifique, mais surtout à une prospérité partagée L’égalité souveraine ouvre la porte non seulement à une gouvernance pacifique, mais surtout à une prospérité partagée

Parmi les cinq principes de l’Initiative mondiale pour la Gouvernance, il en est un qui porte en lui la charge la plus transformatrice, l'égalité souveraine. Le respect de ce principe ouvre la porte non seulement à une gouvernance pacifique, mais surtout à une prospérité partagée.

 

Par   Anselme Pascal AGUEHOUNDE, le 22 sept. 2026 à 16h22 Durée 2 min.
#Gouvernance mondiale

A première vue, le principe de l'égalité souveraine n'est pas nouveau. L’on pourrait penser que le président Xi Jinping en l’évoquant comme l’un des piliers fondamentaux de l’Initiative pour la Gouvernance mondiale, reprend simplement un principe de droit international, qui est d’ailleurs inscrit dans la Charte des Nations Unies. Mais l'insistance avec laquelle il est remis au centre des discours, à Tianjin puis à Bichkek, révèle un diagnostic lucide. La crise de la gouvernance mondiale est une crise de légitimité, de partialité. Et cette crise de légitimité vient du sentiment, largement partagé, que les règles sont universelles en théorie mais sélectives en pratique. C’est dire que ce principe, pourtant inscrit dans la Charte des Nations Unies, est souvent foulé aux pieds, sous l’œil impuissant des institutions internationales.

Quand le discours de Tianjin dénonce le deux poids, deux mesures et le fait d'imposer les règles domestiques de quelques pays comme règles internationales, il met le doigt sur une pratique qui a miné la confiance. Sanctions à portée extraterritoriale, conditionnalités politiques fluctuantes, instrumentalisation des monnaies et des technologies. A telle enseigne que des pays se sont retirés des mécanismes judiciaires et cadres institutionnels internationaux. Et de nombreux autres Etats brandissent la menace de s’affranchir des institutions et normes internationales jugées intransigeantes pour les pays du Sud, mais favorables et aveuglément tolérantes à l’égard de certaines puissances. Dans ce contexte, comment demander une mobilisation collective sur l’environnement ou sur l'intelligence artificielle si une grande partie du monde a le sentiment que ces règles sont édictées par les plus forts pour les plus faibles.

La proposition qui émerge de Bichkek va plus loin. Elle établit un lien direct entre égalité souveraine et avènement du monde multipolaire. Le renforcement du Sud global n'est pas présenté comme une faveur, mais comme un fait historique majeur qui conduit à un réajustement en profondeur des rapports de forces. Un monde multipolaire, dans cette lecture, n'est pas un monde où chaque pôle fait sa loi. C'est un monde où chaque pays jouit de l'égalité des droits, des chances et des règles, et où les affaires du monde sont gérées par tous à travers des consultations d’égal à égal.

La force de cette approche

Confiance mutuelle, bénéfice mutuel, égalité, respect de la diversité des civilisations, recherche du développement commun. L’ambition semble irréelle ou trop belle pour se concrétiser. Et pourtant le nouvel ordre mondial impose cette voie de gouvernance où chacun a voix au chapitre, avec des décisions qui sont prises par consensus. Etant entendu que le consensus ne signifie pas l’unanimité mais l’évidence d’une décision favorable à tous et dirigée vers l’intérêt général. C'est plus lent, c'est plus complexe, mais c'est ce qui rend la gouvernance acceptable pour des pays aux histoires et aux systèmes si différents. La force de cette approche est aussi de donner un contenu économique à l'égalité, à travers des projets communs de coopération dans l'énergie, les industries vertes et l'économie numérique, l'innovation, l'enseignement supérieur et la formation professionnelle, selon des termes justes et équitables pour toutes les parties prenantes. Il faudra accepter que la démocratisation des relations internationales implique un partage réel du pouvoir dans les institutions de gouvernance politique et financière, et pas seulement des déclarations d'intention. Les institutions internationales comme l’Onu ne doivent plus être des espaces d’influence et de dissuasion mais des creusets de consultations. La Chine est également appelée à démontrer que l'égalité qu'elle défend se traduit par la transparence, une écoute constante des préoccupations environnementales et une collaboration égale mais franche avec ses partenaires, y compris les partenaires hégémoniques. C'est à ce prix que le principe le plus simple deviendra le plus crédible.