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Accès à l’eau potable à Djidja: Une mission de terrain pour rétablir les faits

Société

Face à la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux évoquant des difficultés d’accès à l’eau potable dans le village de Bassiahoué, à Djidja, une mission conjointe de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural “Anaepmr” et des autorités communales s’est rendue sur le terrain le 24 avril dernier. Cette descente a permis de clarifier la situation, de rappeler les responsabilités de gestion des ouvrages hydrauliques et de faire le point sur les importants investissements en cours dans la commune pour améliorer durablement la desserte en eau potable.

 

Par   Isidore GOZO, le 29 avr. 2026 à 15h05 Durée 2 min.
#accès à l’eau potable

Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux a récemment suscité de vives réactions autour de l’accès à l’eau potable à Bassiahoué, dans la commune de Djidja. Face à cette polémique, les autorités communales et techniques sont descendues sur le terrain pour faire toute la lumière sur la situation réelle et rappeler les nombreux chantiers en cours visant à moderniser durablement le service public de l’eau dans la commune. À Bassiahoué, le Secrétaire exécutif de la mairie de Djidja, Blaise Akpotrossou, a apporté des précisions. Selon lui, cette localité d’environ 243 habitants dispose de deux pompes à motricité humaine gérées par la commune, dont une encore fonctionnelle et installée dans l’enceinte de l’école. Il a expliqué que les difficultés observées sont principalement liées à l’insuffisance des contributions des usagers, nécessaires pour assurer la maintenance régulière des équipements. Cette charge incombe à la commune dans le cadre des dispositions en vigueur. Le responsable communal a également rappelé que la gestion des adductions d’eau villageoise (Aev) a été confiée à des fermiers régionaux dans le cadre du processus d’affermage, tandis que les communes restent compétentes pour les pompes à motricité humaine. Pour lui, les alertes relatives aux pannes devraient être adressées en priorité aux autorités locales compétentes afin de garantir des interventions rapides, mieux structurées et techniquement adaptées.

Au-delà des situations ponctuelles, la politique publique de l’eau à Djidja repose sur une dynamique de transformation en profondeur du système d’approvisionnement. La commune bénéficie actuellement de sept Systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages (SAEPmV). L’un est déjà opérationnel à Zounko, quatre sont en cours de construction dans les arrondissements de Sétto et Gobaix, et deux autres sont encore en phase d’étude. Parallèlement, d’anciens systèmes d’adduction d’eau villageoise font l’objet de travaux de réhabilitation et de mise aux normes. Ces ouvrages devraient être réceptionnés d’ici fin juin 2026, avec pour objectif de renforcer la continuité du service dans plusieurs localités. Selon les données disponibles, à fin décembre 2025, la commune de Djidja comptait 666 points d’eau toutes catégories confondues. Parmi eux, 552 étaient fonctionnels contre 114 en panne, soit un taux de fonctionnalité global de 82,9 %. Ce parc est constitué majoritairement de forages équipés de pompes à motricité humaine, de systèmes d’adduction d’eau potable avec bornes-fontaines et de postes d’eau autonomes.

Montée en puissance des infrastructures

Sur le terrain, plusieurs chantiers témoignent de cette dynamique de modernisation. À Agouna, les travaux de réhabilitation des anciennes adductions d’eau villageoise sont en cours. Selon l’ingénieur travaux hydraulique Eddy Agossou, les interventions portent notamment sur les équipements électromécaniques et les réseaux de canalisation. Plusieurs pompes, groupes électrogènes et coffrets électriques ont déjà été remplacés ou remis en état, avec des extensions de réseau en cours pour desservir de nouveaux quartiers. Les chantiers de Sétto 1, Sétto 2, Sétto 3 et Gobaix constituent le cœur du dispositif actuel. À Sétto 3, le chantier en cours concerne un château d’eau de 200 m³, installé à 18 mètres sous cuve. L’ouvrage, déjà exécuté à environ 68 %, prévoit un réseau de 30 kilomètres destiné à alimenter 14 bornes-fontaines et plusieurs localités dont Kassehlo, Alakpatagon et Saloudji. Il devrait bénéficier à près de 8 000 habitants à court terme, avec une capacité d’extension estimée jusqu’à 15 000 personnes à l’horizon 2044. À Sétto 1, les travaux portent sur un château d’eau de 80 m³, un réseau de 36,6 kilomètres et huit bornes-fontaines. Le forage réalisé affiche un débit de 22 m³/heure, avec une zone de desserte couvrant notamment Gbadagba, les camps peuls et Tinoué. À Gobaix, un système encore plus structurant est en cours de réalisation avec un château d’eau de 150 m³, un réseau de plus de 65 kilomètres et 16 bornes-fontaines. Trois forages ont été réalisés pour sécuriser l’alimentation en eau de l’ensemble de l’arrondissement, qui compte plus de 8 000 habitants.

Pour les acteurs techniques, ces investissements traduisent un changement de paradigme dans la politique d’accès à l’eau potable en milieu rural. Les anciennes pompes isolées, souvent confrontées à des difficultés de maintenance et de disponibilité des pièces de rechange, cèdent progressivement la place à des systèmes intégrés et mutualisés. Les SAEPmV permettent non seulement d’élargir la couverture géographique, mais aussi d’améliorer la qualité du service et de professionnaliser la gestion à travers des mécanismes d’affermage confiés à des opérateurs spécialisés. Au terme de la mission, les autorités communales et techniques ont appelé les populations à une meilleure appropriation des efforts engagés par l’État dans le secteur de l’eau potable. Elles ont insisté sur la nécessité de renforcer la communication locale afin d’éviter les incompréhensions et les interprétations erronées issues des réseaux sociaux. Elles ont également rappelé que la durabilité des infrastructures dépend fortement de l’implication des communautés dans leur entretien et leur protection. Avec les chantiers en cours à Sétto et Gobaix, les réhabilitations à Agouna, ainsi que les projets en perspective à Dohouimè et Oungbégamè, la commune de Djidja s’inscrit progressivement dans une nouvelle dynamique. Celle d’un accès plus fiable, plus durable et mieux structuré à l’eau potable, au bénéfice des populations.