La Nation Bénin...
Dans un contexte où l’autonomie et la créativité deviennent des compétences essentielles, encourager l’esprit d’initiative chez l’enfant apparaît comme un levier puissant d’éducation. Consultante en parentalité et experte en développement des compétences psychosociales, Joanita Bocossa éclaire les parents sur les signes, les bonnes pratiques et les valeurs à transmettre pour accompagner les enfants vers une posture entrepreneuriale, sans pression ni dérive.
Quels signes montrent qu’un enfant a déjà l’initiative d’entreprendre ?
Un enfant qui entreprend ne parle pas forcément de “business”. Mais il montre déjà des réflexes révélateurs : il aime proposer des idées (“Et si je vendais mes dessins ?”), il cherche à résoudre des petits problèmes autour de lui, il organise spontanément des activités avec ses amis, il manifeste un intérêt pour l’argent, l’échange, la valeur des choses. Au Bénin, cela peut être un enfant qui vend discrètement de l’eau glacée dans la cour, qui fabrique des bracelets, ou qui aide à écouler les produits de sa maman. Ce sont des signaux précieux, à prendre au sérieux.
Comment les parents peuvent-ils encourager les idées de projet de leurs enfants ?
La première richesse à offrir à un enfant, c’est l’écoute. Plutôt que de minimiser (“ce sont des bêtises d’enfant”), il faut valoriser : poser des questions : “Comment tu veux t’y prendre ?”, montrer de l’intérêt réel, éviter de comparer avec d’autres enfants, autoriser l’expérimentation, même imparfaite. Dans nos contextes, où la sécurité financière est une préoccupation forte, les parents ont parfois tendance à freiner. Pourtant, encourager ne signifie pas financer à tout prix, mais donner de la considération.
Comment aider un enfant à transformer une idée en un projet concret ?
Il faut simplifier au maximum. Un enfant n’a pas besoin d’un business plan.
On peut l’accompagner en 4 étapes simples : clarifier l’idée : Qu’est-ce que tu veux faire ? Tester petit : À qui tu veux proposer ? (Famille, voisins, école). Organiser : De quoi as-tu besoin ? Agir : lancer une première tentative.
Exemple concret au Bénin : vendre des jus naturels, tresser des perles, proposer de petites prestations (courses, aide). L’objectif n’est pas la perfection, mais le passage à l’action.
Jusqu’où les parents doivent-ils s’impliquer ?
Le parent est un guide, pas le porteur du projet. Il doit sécuriser (éviter les risques), conseiller, encourager. Mais éviter de diriger à la place de l’enfant, d’imposer ses propres idées, de transformer le projet en pression de performance. Un enfant doit rester dans une logique d’apprentissage, pas de rentabilité.
Quelles valeurs ou compétences faut-il développer ?
Au-delà de l’argent, l’entrepreneuriat chez l’enfant développe des piliers essentiels : la responsabilité (assumer ses engagements), la persévérance (continuer malgré les difficultés), la créativité (trouver des solutions), la confiance en soi, le sens de l’effort. Dans le contexte béninois, on peut aussi insister sur la solidarité, le respect du client, l’honnêteté dans les échanges.
Comment aider un enfant à tirer des leçons d’un échec ?
Il faut dédramatiser très tôt. Un enfant doit comprendre que : échouer ne signifie pas être incapable. Après un échec, le rôle du parent est de poser les bonnes questions : Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Qu’est-ce que tu ferais autrement ? Qu’est-ce que tu as appris ? Éviter les jugements ou les moqueries, surtout dans un environnement où l’échec est souvent mal perçu socialement.
Comment concilier entrepreneuriat, école et équilibre de l’enfant ?
L’école reste prioritaire. L’initiative entrepreneuriale doit rester un complément éducatif. Quelques repères : limiter le temps consacré au projet, privilégier les périodes adaptées (week-ends, vacances), éviter toute pression financière, maintenir les temps de jeu et de repos. Un enfant équilibré apprend mieux… et entreprend mieux.
Quelles activités peuvent stimuler l’esprit d’initiative ?
Pas besoin de moyens importants. Ce sont souvent les activités simples qui développent le plus : jeux de rôle (marché, vente, gestion), bricolage et création (objets, bijoux, dessins), participation aux activités familiales (vente, cuisine, organisation), défis créatifs (“Comment gagner 1000 francs en une semaine ?”).
Au Bénin, le marché, la rue, la vie quotidienne sont déjà des terrains d’apprentissage extraordinaires.
Pourquoi est-il important d’encourager l’entrepreneuriat dès le jeune âge ?
Parce que cela prépare des adultes autonomes, créatifs et responsables.
Dans un contexte où les opportunités d’emploi sont limitées, développer l’esprit d’initiative dès l’enfance permet de sortir de la dépendance au “diplôme = emploi”, de valoriser les talents, de construire une génération capable de créer, pas seulement de chercher. Mais surtout, cela permet à chaque enfant de comprendre très tôt : “Je peux créer de la valeur avec ce que j’ain”
Joanita Bocossa consultante en parentalité et experte en développement des compétences psychosociales