La Nation Bénin...
L’Union
africaine a annoncé que son thème pour 2026 : « Assurer la disponibilité
durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les
objectifs de l’Agenda 2063 ». Dans cette tribune, le président de la Commission
de l’Ua, Mahmoud Ali Youssouf, explore l’engagement renouvelé du continent en
faveur de la protection et de la gestion de ses ressources en eau vitales.
Lorsque
les chefs d'État et de gouvernement africains se sont réunis à Addis-Abeba le
14 février 2026 pour la 39e session ordinaire de l'Union africaine, ils ont
fait plus qu'adopter une nouvelle résolution. Ils ont fait un choix: placer au
centre de l'ordre du jour la ressource la plus essentielle, vitale et
stratégique dont dispose notre continent : l'eau.
Le
thème adopté par nos dirigeants, « Assurer la disponibilité durable de l'eau et
des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda
2063 », n'est pas une formalité bureaucratique. Il s'agit d'une déclaration
d'intention. Il reflète une vérité simple mais profonde : sans sécurité
hydrique, il ne peut y avoir ni sécurité alimentaire, ni industrialisation, ni
santé publique, ni paix ni prospérité durables.
L'ampleur
du défi auquel nous sommes confrontés reste considérable. Partout en Afrique,
la rareté de l'eau et l'insuffisance des services d'assainissement continuent
de nuire à la croissance économique et à la dignité humaine. Les maladies
d'origine hydrique restent l'une des principales causes de mortalité dans de
nombreuses régions du continent. Des millions d'Africains, en particulier des
femmes et des filles vivant dans les communautés rurales, continuent de
parcourir chaque jour de longues distances pour aller chercher de l'eau au lieu
d'aller à l'école, de gagner leur vie ou de participer pleinement à la vie de
leur communauté.
Il
ne s'agit pas seulement d'un inconvénient. C'est une injustice. C'est également
un frein aux ambitions que nous nous sommes fixées dans l'Agenda 2063, le plan
d'action collectif de l'Afrique pour une croissance inclusive, un développement
durable et une prospérité partagée.
L'année
2026 doit donc marquer un tournant : le moment où nous passerons résolument du
diagnostic à la concrétisation.
Le
département de l'agriculture, du développement rural, de l'économie bleue et de
l'environnement durable de la Commission de l'Union africaine a été chargé de
faire avancer cet agenda. Cependant, la responsabilité ne peut incomber à un
seul département ou à la Commission seule. Assurer la sécurité hydrique exigera
une collaboration soutenue entre les États membres, les organisations
régionales, la société civile, le secteur privé et, surtout, les communautés
africaines elles-mêmes.
L'urgence
de cette tâche est accentuée par l'accélération de la crise climatique.
L'Afrique connaît déjà des sécheresses plus fréquentes et des inondations
dévastatrices. L'évolution des régimes pluviométriques assèche les rivières,
les lacs et les réservoirs dans certaines régions, tandis que d'autres sont
touchées par des inondations destructrices. Ces perturbations menacent les
moyens de subsistance de millions d'Africains qui dépendent de l'agriculture et
du pastoralisme.
La
gestion durable de l'eau n'est donc pas seulement une priorité en matière de
développement, c'est aussi un impératif de résilience.
L'eau
nous rappelle également que la coopération n'est pas facultative. Près de 60 %
des ressources en eau douce de l'Afrique sont partagées au-delà des frontières
nationales. Des fleuves tels que le Nil, le Niger, le Congo, le Zambèze et la
Volta relient des pays et des communautés au sein de systèmes hydrologiques
complexes qui transcendent les frontières politiques.
Ces
eaux partagées peuvent devenir soit des sources de coopération, soit des
sources de tension. Le choix nous appartient. Le renforcement des cadres de
collaboration pour une gestion équitable et durable des ressources en eau
transfrontalières doit être une priorité pour notre continent. Après tout,
l'eau ne connaît pas de frontières.
L’assainissement
appelle le même degré d’urgence. Un assainissement sûr n'est pas un luxe, il
est fondamental pour la dignité humaine, la santé publique et la productivité
économique. Pourtant, des millions d'Africains, en particulier dans les
communautés rurales et les zones urbaines en pleine expansion, n'ont toujours
pas accès à des installations sanitaires de base. Au XXIe siècle, cette réalité
est inacceptable.
Pour
relever ces défis, il faudra des investissements, de l'innovation et de la
volonté politique. Il faudra également changer notre façon de concevoir et de
mettre en œuvre les solutions. Le progrès durable ne peut être imposé d'en
haut. Les communautés doivent être impliquées dans la planification, la
construction et l'entretien des systèmes d'approvisionnement en eau et
d'assainissement. L'appropriation locale est essentielle pour que les
infrastructures soient durables et apportent de réels bénéfices.
L'Union
africaine élabore donc une stratégie de mise en œuvre complète pour soutenir le
thème de l'année. Cette stratégie favorisera les technologies innovantes pour
la purification de l'eau et la gestion efficace des ressources. Elle
encouragera le renforcement de la gouvernance de l'eau et élargira l'accès aux
infrastructures d'assainissement. Elle donnera également la priorité à la
participation des jeunes, des femmes et des communautés marginalisées, tout en
facilitant le partage des meilleures pratiques à travers notre continent.
L'innovation,
l'inclusion et la coopération doivent guider nos efforts collectifs.
Lorsque
je voyage à travers l'Afrique en ma qualité de président de la Commission de
l'Union africaine, je me rappelle sans cesse que l'eau n'est pas seulement une
question d'infrastructure ou de politique. C'est d’abord une question humaine.
Il
s'agit d'une mère qui n'a plus peur de perdre son enfant à cause d'une maladie
évitable causée par l'eau contaminée. Il s'agit d'une fille qui peut rester à
l'école parce que de l'eau potable arrive enfin dans son village. Il s'agit
d'un agriculteur qui peut irriguer ses cultures pendant les saisons sèches. Il
s'agit d'un entrepreneur dont l'activité peut se développer parce qu'un
approvisionnement fiable en eau soutient la production.
Ces
transformations quotidiennes constituent le véritable fondement du
développement de l'Afrique.
Le
thème de l'Union africaine pour 2026 est donc un appel clair aux gouvernements
à faire de l'eau et de l'assainissement une priorité dans leurs programmes de
développement nationaux. Parce que l’eau touche tous les secteurs, à savoir
l’agriculture, la santé, l’énergie, l’industrie et l’éducation, notre réponse
doit être tout aussi intégrée.
Les
pays africains doivent renforcer leur coopération, partager leur expertise et
mobiliser leurs ressources pour relever les défis communs. Les communautés
économiques régionales et les organismes de bassin fluvial ont un rôle crucial
à jouer dans le soutien à la gouvernance collaborative de l'eau. L'Union
africaine continuera à faciliter le dialogue et les partenariats qui favorisent
une gestion durable et équitable des ressources en eau partagées.
Mais
les gouvernements ne peuvent agir seuls. Les organisations de la société
civile, le secteur privé, les instituts de recherche et les partenaires de
développement doivent également apporter leur expertise et leurs ressources.
Les investissements dans les infrastructures hydrauliques, les systèmes
d'assainissement et la gestion de l'eau résiliente au climat sont des
investissements dans la stabilité, la prospérité et l'avenir de l'Afrique.
Les
enjeux sont considérables. D'ici 2050, la population africaine devrait doubler,
ce qui exercera une pression croissante sur les ressources en eau et les
infrastructures. Garantir aujourd'hui un accès durable à l'eau déterminera si
nos villes en pleine croissance pourront prospérer, si notre agriculture pourra
nourrir nos populations et si nos économies pourront réaliser leur plein
potentiel.
C'est
pourquoi le thème de l'année de l'Union africaine n'est pas un simple slogan.
Il s'agit d'un engagement continental.
Ensemble,
nous pouvons garantir à chaque Africain l'accès à l'eau potable et à des
services d'assainissement dignes. Ce faisant, nous protégerons non seulement
des vies et des moyens de subsistance, mais nous libérerons aussi l'immense
potentiel de développement durable de notre continent.
En
fin de compte, notre succès ne se mesurera pas à l'éloquence de nos
déclarations, mais à la réalité de l'eau qui coule aux robinets, des systèmes
d'assainissement qui fonctionnent et des millions de vies transformées
*S.E.
Mahmoud Ali Youssouf est le président de la Commission de l'Union africaine. Il
a pris ses fonctions en mars 2025 après avoir été élu par les chefs d'État et
de gouvernement de l'Union africaine
S.E. Mahmoud Ali Youssouf