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Plus de 5 700 personnes ont été tuées ou blessées en Haïti depuis le début de l’année, tandis que les gangs étendent leur emprise à de nouveaux territoires. Devant le Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à renforcer la réponse sécuritaire tout en s’attaquant aux racines politiques, économiques et sociales de la crise. L’expert de l’Onu William O’Neill plaide notamment pour la création d’un « corps de jeunesse » destiné à offrir aux jeunes Haïtiens une alternative aux gangs.
À Port-au-Prince, le recul des gangs dans certains secteurs ne signifie pas la fin de leur emprise. Ils changent de terrain, réarment leurs réseaux et cherchent de nouvelles voies d’expansion. Les attaques récentes ainsi que la progression de leur présence dans le département du Sud-Est, témoignent, selon Volker Türk, d’une stratégie visant à conquérir de nouveaux territoires et à contrôler des axes de transport essentiels. «Les gangs continuent de s’adapter et de s’étendre», a averti le Haut-Commissaire de l’Onu lors d’une mise à jour consacrée à la situation des droits humains en Haïti, présentée au Conseil des droits de l’homme, à Genève. Les premières opérations de la Gang Suppression Force, la force internationale autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies, constituent, selon lui, «une étape attendue depuis longtemps» vers un retour à davantage de sécurité. Mais cette force reste très en deçà des effectifs nécessaires.
De nombreuses victimes
Entre le 1er janvier et le 11 septembre, l’Onu a recensé au moins 5 700 personnes tuées ou blessées par les gangs ou lors d’opérations de sécurité, ainsi que plus de 230 enlèvements et 1 000 viols de femmes et de filles. Ces chiffres seraient en deçà de la réalité.
Plus de la moitié des victimes ont été enregistrées lors d’opérations de sécurité, notamment du fait de balles perdues et de drones explosifs. Si les exécutions sommaires imputées à des unités spécialisées de la police ont presque diminué de moitié par rapport à 2025, elles persistent, tandis que les groupes d’autodéfense ont tué ou blessé quelque 280 personnes.
Pour Volker Türk, ces violences montrent que la crise ne peut être résolue par la seule force; elle plonge ses racines dans l’impunité et des réseaux d’intérêts qui dépassent les frontières haïtiennes.
Une société prise dans l’étau
La violence désorganise l’ensemble de la société haïtienne, paralysant l’économie et l’accès aux écoles, aux hôpitaux et aux services essentiels. Plus de la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire aiguë, 40 % n’ont pas accès aux soins de base et près de 1,5 million de personnes ont été déplacées. Les prisons, qui fonctionnent à plus de trois fois leur capacité, ont enregistré au moins 125 décès depuis le début de l’année. Les enfants sont particulièrement exposés. Ils représenteraient 30 à 50 % des membres des gangs, tandis que leur recrutement et leur utilisation ont presque triplé en 2025. Exploités, victimes de traite et de violences, ils disposent encore de trop peu de dispositifs de protection et de réinsertion.
Le risque d’une génération sacrifiée
William O’Neill veut faire de la jeunesse un axe majeur de la réponse à la crise. Lors de ses missions en Haïti, il a rencontré des enfants recrutés par les gangs, mais aussi des victimes de violences dont les aspirations restent intactes. L’expert propose la création d’un « corps de jeunesse » associant autorités, société civile, secteur privé et communauté internationale pour offrir aux jeunes, notamment aux anciens membres de gangs et aux victimes, des formations, des emplois et un salaire. Agriculture, environnement, reconstruction ou encore technologies pourraient constituer autant de débouchés. Pour O’Neill, donner aux jeunes « des choix autres que mourir de faim ou rejoindre un gang » est essentiel pour briser le cycle de la violence.
Sanctions, armes et diaspora
Volker Türk appelle à une réponse qui dépasse le seul volet sécuritaire. Il demande d’abord d’élargir les sanctions aux acteurs qui financent et soutiennent les réseaux criminels, et de renforcer leur portée par des mécanismes de justice en Haïti. Il exhorte également les Etats à faire respecter l’embargo sur les armes et à tarir les trafics à leur source. Le Haut-Commissaire alerte par ailleurs sur les retours forcés. Plus de 220 000 personnes, dont près de 20 000 enfants, ont été renvoyées vers Haïti en 2026, alors que près de cinq milliards de dollars de transferts de la diaspora contribuent chaque année à l’économie du pays. Il appelle au respect du principe de non-refoulement. Enfin, il plaide pour le déploiement complet de la Gang Suppression Force dans le respect des droits humains et pour le renforcement de la justice. Deux unités spécialisées, soutenues par l’Onu, doivent notamment enquêter sur les atrocités de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers.
Des élections encore incertaines
Pour Volker Türk, des élections libres et équitables sont indispensables au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Mais, compte tenu de l’insécurité persistante, il juge difficile de réunir les conditions d’un scrutin crédible d’ici à la fin de l’année et estime que les auteurs de graves violations des droits humains ne devraient pas pouvoir se présenter. D’après l’Onu, la réponse ne peut toutefois se limiter à la sécurité. La lutte contre la pauvreté, les inégalités, la corruption et l’impunité, ainsi que le renforcement de l’Etat de droit, sont indispensables pour s’attaquer aux causes profondes de la crise. L’expert William O’Neill insiste, lui, sur l’urgence d’offrir aux jeunes des alternatives aux gangs, notamment par la formation et l’emploi. Malgré la violence, rappelle Volker Türk, des enfants continuent chaque matin de prendre le chemin de l’école. « Nous devons contribuer à rapprocher le jour où l’espoir, et non la peur, les accompagnera sur ce chemin».
Des membres appartenant à un gang sillonnent un quartier de la capitale haïtienne, Port-au-Prince