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L’ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, originaire d’Afrique du Sud, a été récompensée pour son engagement en faveur de la paix et du droit international, à l’heure où les institutions judiciaires internationales sont soumises à de fortes pressions.
À 85 ans, Navanethem (Navi) Pillay reçoit le prix Nobel de la Paix au terme d’une carrière consacrée à la défense des droits humains et à la lutte contre l’impunité. Née en Afrique du Sud, cette juriste a traversé les combats contre l’apartheid, siégé dans plusieurs juridictions internationales et dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme de 2008 à 2014. Le comité Nobel norvégien a salué ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international, dans un contexte marqué par les attaques contre l’ordre juridique international et ses institutions.
L’annonce a été accueillie comme un hommage à l’ensemble du mouvement mondial des droits humains par Volker Türk, actuel Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. « C’est un moment de fierté pour le mouvement mondial des droits humains », a-t-il déclaré devant les correspondants accrédités à l’ONU à Genève, avant de féliciter chaleureusement Navi Pillay, estimant que dire que cette distinction était méritée relevait de l’euphémisme. « À une époque où les droits humains sont attaqués sur de nombreux fronts, y compris par ceux qui détiennent un pouvoir considérable, cette récompense prend une résonance particulière », a-t-il souligné. Selon lui, le prix s’adresse également à toutes celles et ceux qui, à travers le monde, consacrent leur vie à la défense des droits fondamentaux, souvent au péril de leur sécurité.
Une carrière au service de la justice
La trajectoire de Navi Pillay est étroitement liée aux grandes étapes de la construction de la justice internationale contemporaine. En 1967, elle devient la première femme à ouvrir un cabinet d’avocats dans la province sud-africaine du Natal, ainsi que la première femme non blanche à siéger à la Haute Cour d’Afrique du Sud.
Sous l’apartheid, elle défend notamment Nelson Mandela et d’autres militants engagés contre le régime ségrégationniste. Cette expérience nourrit une conception de la justice qui dépasse les frontières nationales et place la protection des victimes au cœur de l’État de droit.
Sa carrière la conduit ensuite au Tribunal pénal international pour le Rwanda, où elle exerce les fonctions de juge, puis à la Cour pénale internationale (CPI). Elle devient également Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (2008-2014), avant de poursuivre son engagement dans différentes instances internationales, dont la Cour internationale de Justice (CIJ).
Pour Volker Türk, elle incarne le droit international. Ses responsabilités successives dans les institutions judiciaires sud-africaines et internationales témoignent, selon lui, d’un engagement constant en faveur de la justice et de la responsabilité des auteurs de violations. « Elle continue de nous inspirer, ainsi que des millions d’autres personnes », a-t-il déclaré au nom de ses collègues du Haut-Commissariat, avant de conclure : « Nous l’emporterons. »
Le comité Nobel a, lui aussi, insisté sur la cohérence de cet itinéraire. Dans son argumentaire, il a salué la capacité de Navi Pillay à demander des comptes aux États et aux dirigeants, tout en redonnant espoir aux victimes de violences et de conflits. Sa carrière, a-t-il relevé, est guidée par une boussole morale constante, depuis ses premiers combats contre l’apartheid jusqu’à son travail au sein de juridictions internationales.
Gaza, au cœur des tensions autour du droit international
La distinction intervient alors que le droit international fait l’objet de contestations croissantes. Le comité Nobel a notamment souligné que son système était soumis à une pression considérable et que ses institutions étaient attaquées. Il a présenté le prix comme un rappel de l’importance de préserver un ordre international fondé sur des règles communes.
Le parcours récent de Navi Pillay donne à cette déclaration une résonance particulière. Elle a présidé la Commission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël. Dans un rapport publié en septembre 2025, cette commission a conclu qu’Israël avait commis un génocide dans la bande de Gaza et que des dirigeants israéliens avaient incité à sa commission. Ces conclusions ont été fermement rejetées par Israël, qui conteste les accusations et a refusé de coopérer avec la commission.
À Nuremberg, en Allemagne, où elle participait à un forum consacré à la justice et au droit, Navi Pillay a appris la nouvelle de son prix. Le comité Nobel avait tenté de la joindre sans succès avant l’annonce publique. Accueillie par une ovation debout, elle a remercié son auditoire, soulignant que les applaudissements du public avaient une valeur particulière à ses yeux. Avec l’humour d’une juriste habituée à examiner les faits, elle a ajouté qu’en tant qu’avocate et juge, elle souhaitait encore vérifier l’information.
Interrogée sur Gaza, elle a réaffirmé sa position : « Ce qui s’y passe est un génocide. » Cette déclaration s’inscrit dans la continuité de son travail à la tête de la commission d’enquête, mais aussi dans un débat international où les conclusions des mécanismes onusiens sont contestées par les autorités israéliennes.
La réaction du ministère israélien des affaires étrangères a été particulièrement virulente. Dans un communiqué, il a dénoncé une distinction qu’il considère comme une instrumentalisation politique du prix Nobel et une légitimation de ce qu’il qualifie de haine et de préjugés antisémites. À l’inverse, un haut responsable du Hamas, Bassem Naim, a salué un message d’espoir pour les Palestiniens, notamment à Gaza, estimant que la justice internationale continuait de susciter un soutien.
Un prix à portée internationale
Le choix du comité Nobel intervient également dans un contexte de tensions entre Washington et les juridictions internationales. Le président américain, Donald Trump, mène une campagne contre la Cour pénale internationale, qui a notamment délivré des mandats d’arrêt visant des dirigeants israéliens. Les États-Unis ont imposé des sanctions ciblées contre plusieurs responsables de la Cour et envisagent d’autres mesures. Donald Trump et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, ont également vivement critiqué les institutions judiciaires internationales.
Le Nobel décerné à Navi Pillay ne constitue pas une décision judiciaire sur les accusations portées contre Israël. Il récompense son engagement en faveur de la paix et du droit international, tout en mettant en lumière les tensions qui entourent aujourd’hui les mécanismes de responsabilité internationale.
Pour le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, le travail de la juriste sud-africaine représente une source d’espoir et d’inspiration pour celles et ceux qui cherchent à bâtir un monde plus pacifique. En honorant Navi Pillay, le comité entend rappeler que le respect du droit, la justice et la responsabilité ne sont pas des objectifs secondaires, mais des conditions essentielles à la paix et à la sécurité.
C’est également le message défendu par Volker Türk : les droits humains, l’État de droit, la justice et la lutte contre l’impunité sont indissociables de la paix, de la sécurité et de la prospérité. Dans un environnement international où les institutions sont fragilisées et les principes juridiques ouvertement contestés, le prix Nobel de Navi Pillay entend réaffirmer leur portée universelle.