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Nouvel enjeu de la coopération sino-béninoise Bâtir ensemble l'ère de la transformation

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La nouvelle ambition est de transformer la coopération sino-béninoise en un espace de transfert de technologies et de compétences, de création de valeur ajoutée La nouvelle ambition est de transformer la coopération sino-béninoise en un espace de transfert de technologies et de compétences, de création de valeur ajoutée

Après plusieurs décennies marquées par de grands projets d’infrastructures, des échanges commerciaux en hausse et des investissements dans des secteurs vitaux, la coopération entre la Chine et le Bénin est appelée à entrer dans une nouvelle phase. Elle s’appréciera à la compétence qu'elle crée sur le sol béninois : entreprises concurrentielles, produits transformés, innovations technologiques, emplois qualifiés… Les attentes évoluent et invitent à repenser les contours d’une relation devenue stratégique. La nouvelle ambition est celle-ci : comment transformer ce partenariat en davantage de valeur ajoutée, de transfert de technologies et de compétences ? 

Par   Anselme Pascal AGUEHOUNDE, le 08 oct. 2026 à 11h18 Durée 3 min.
#coopération Chine-Bénin

Permettre au Bénin de passer de marché de consommation vers un plein espace de transformation, un vivier de compétences, d’innovations et de création de valeurs. C’est sur cet indicateur que se mesurera la réussite de la nouvelle phase de la coopération sino-béninoise.

Pendant longtemps, l’image de la coopération entre la Chine et l’Afrique de façon générale s’est construite autour de grands projets de routes, de ponts, de chemins de fer, de barrages, de bâtiments publics et autres grands ouvrages. Ces réalisations ont profondément modifié le paysage de nombreux pays africains et contribué à rapprocher Pékin des capitales du continent. De plus en plus, cette coopération s’élargit à travers les nombreuses initiatives du président Xi Jinping. Au Bénin, les échanges sino-béninois ont atteint environ 1,1 milliard de dollars en 2024 et continuent de se renforcer. La coopération sino-béninoise porte des fruits dans plusieurs domaines essentiels de développement. Peu de coopérations peuvent se prévaloir d'une telle constance. Mais une nouvelle question s’impose aujourd’hui : que doit produire la prochaine étape de cette relation ? Pour le Bénin, et les pays de l’Afrique sans doute, le défi est non seulement de disposer d’infrastructures modernes, mais surtout d’utiliser ces infrastructures et le savoir-faire pour produire davantage, transformer localement les matières premières, créer des emplois qualifiés et faire émerger des entreprises capables de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales.

Une nouvelle étape : de l'infrastructure à la production

Le bilan du partenariat entre la Chine et le Bénin mérite d'être salué sans réserve. La coopération est prospère. Et c’est précisément parce que cette base est solide que l'on peut envisager regarder plus loin. Une route ne crée pas, à elle seule, une industrie. Un port équipé ne garantit pas que les produits exportés soient transformés sur place. Comment renforcer les capacités de production des entreprises béninoises et booster la dynamique de transformation sur place des produits destinés à l’exportation ?

Lors du séminaire consacré au 105e anniversaire du Parti communiste chinois et au 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et l'Afrique, Simon-Pierre Adovèlandé, ancien ambassadeur du Bénin en Chine, a appelé à « une refondation ambitieuse du partenariat entre le Bénin et la Chine, en le recentrant sur la transformation économique et le renforcement des capacités productives nationales ». Le message est clair : faire passer le Bénin d'une économie de consommation à un espace de production, de transformation et d'exportation. Appeler à cette refondation n'est pas remettre en cause la fécondité du partenariat. C'est lui donner l'ambition de ses propres succès.

Le tarif zéro : une ouverture 

L'initiative chinoise d'exemption de droits de douane pour les produits africains est une opportunité majeure, et le Bénin peut la saisir pleinement. Mais pour en tirer profit, il faut des volumes suffisants, des produits conformes aux normes sanitaires et de qualité du marché, une logistique fiable et des entreprises capables d'honorer des commandes régulières. Le tarif zéro récompensera donc la transformation. Le travail se fait d'abord à Cotonou, dans les unités de production et de transformation, à Glo-Djigbé…, avant de se jouer à Pékin. La coopération doit alors se renforcer autour de l’industrialisation, la formation technique, le transfert de technologies, la montée en puissance dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi que la collaboration scientifique et logistique. Le Forum sur la Coopération Afrique-Chine (Focac), l’Initiative de la Ceinture et de la Route, les quatre initiatives mondiales ne doivent pas être des lignes de consommation mais des leviers pour le transfert de compétences et la construction effective d’un espace de transformation locale des produits.

Du potentiel, le Bénin peut s’en prévaloir. Qu’il s’agisse du coton, cajou, soja, karité, ananas, le Bénin doit transformer, conditionner, créer des marques et conquérir des marchés plutôt qu'exporter en vrac. Le groupe textile cotonnier n°1 de Wuxi, spécialisé de longue date dans la fabrication de fils et d’étoffes haut de gamme, et la Société de développement des technologies agricoles Jiangzhou du Jiangsu, unité nationale clé de la coopération agricole avec l’étranger axée sur le développement de l’agriculture moderne en Afrique, peuvent constituer des partenaires du Bénin dans ce sens. Pour soutenir l’industrialisation, il faudra également consentir à des efforts supplémentaires dans le domaine de l’énergie, renforcer les capacités locales de production énergétique pour rendre l’électricité plus fiable et accessible. Un partage d’expertise et de technologie est possible dans ce cadre avec le Parc d’innovation scientifique et technologique vert et bas-carbone de Yancheng, situé dans la zone de haute technologie de Yannan, qui est spécialisé en énergie éolienne, photovoltaïque, hydrogène et en stockage de l’énergie. Dans le domaine du numérique et de l’intelligence artificielle, il faudra former une nouvelle génération de talents capables de concevoir et d'adapter, d’innover, pas seulement d'utiliser. La formation technique et professionnelle est aussi un chantier déterminant dans cette nouvelle approche. Depuis quelques années, le Bénin a pris une option visionnaire d’investir dans ce domaine afin de préparer des techniciens pour les métiers d’aujourd’hui et de demain. En appui à cette vision, la coopération sino-béninoise doit permettre un partage d’expertise.

La question des compétences

C'est là que se joue l'essentiel. Le député Ake Natondé, lors du séminaire consacré au 105e anniversaire du Parti communiste chinois, évoque l'investissement dans le capital humain à travers des centres d'excellence destinés à préparer la jeunesse béninoise aux métiers d'avenir, comme une nécessité. Pour que cette ambition devienne réalité, chaque projet de coopération doit répondre à des questions précises. Combien de jeunes Béninois sont formés aux métiers liés au chantier ? Combien d'entreprises locales deviennent sous-traitantes ? Quelle part des équipements peut être produite ou assemblée sur place ? Comment les technologies introduites sont-elles adaptées aux réalités locales ? Ces questions déplacent le débat : on ne demande plus seulement ce que coûte un projet, mais ce qu'il laisse derrière lui en termes de capacités. Le défi est de faire en sorte que les projets de coopération s'accompagnent d'un développement des compétences locales.

La Chine, qui a connu en quelques décennies une transformation économique spectaculaire, possède une expérience rare en enseignement technique, en industrialisation et en montée en gamme technologique. C'est un atout considérable pour le Bénin, à condition que le transfert de compétences fasse des Béninois des acteurs et des coproducteurs des technologies installées dans leur pays.

La Chine peut devenir un partenaire de montée en capacité industrielle à travers l’appui à la transformation locale des matières premières et l’émergence d’entreprises béninoises capables de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales

Une responsabilité partagée

Comme toute relation de cette ampleur, le partenariat sino-africain suscite de plus en plus de débats liés à l’endettement, la dépendance, les déséquilibres commerciaux, la place des entreprises locales. Ces débats sont utiles. Ils rappellent qu'un partenariat durable repose sur des intérêts réciproques.

Le Bénin ne peut pas attendre de la Chine qu'elle construise seule son développement. Il lui revient de définir ses priorités, d'inscrire des exigences de formation et de contenu local dans ses accords, de renforcer ses institutions et son environnement des affaires, et d'accompagner ses entreprises dans leur montée en gamme. Ces dernières années, le Bénin a engagé d’importants investissements dans les infrastructures, la modernisation de son économie et le développement de ses capacités productives avec notamment la mise en place de la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Son ambition de devenir une plateforme régionale de production suppose justement de pouvoir transformer davantage les richesses produites localement. Dans ce contexte, la progression de la coopération avec la Chine est avenante.

Pour la Chine aussi, cette évolution ouvre de nouvelles possibilités. La Chine a tout intérêt à voir émerger des partenaires béninois solides, capables de participer durablement aux chaînes de valeur, plutôt qu'un simple marché de consommation. Dans cette perspective, la Chine peut être davantage qu’un marché, un financeur ou un constructeur : elle peut devenir un partenaire de montée en capacité industrielle.

En route pour le prochain chapitre

Et si le prochain grand projet Chine-Bénin n'était pas un pont, une route ou un bâtiment, mais une génération de femmes et d'hommes capables de concevoir, produire, innover et entreprendre ? L’impact de la coopération sino-béninoise n’est plus à démontrer. Les fruits sont concrets dans plusieurs domaines de la vie : éducation, santé, infrastructures, commerce... Les ouvrages bâtis hier sont la fierté du présent. Mais le succès de demain se mesurera au nombre de jeunes formés, d'entreprises béninoises devenues compétitives, de technologies maîtrisées localement et de produits béninois présents sur les marchés internationaux. Le défi est désormais de capter la technologie, d’aller vers un transfert de compétences. Transformer les infrastructures en outils de production, les investissements en emplois, les échanges en industrialisation et la coopération en transfert durable de compétences.

Une quête continentale (Encadré)

L’une des dimensions les plus prometteuses de la coopération sino-africaine pourrait se jouer dans les universités, les centres de formation et les entreprises. L’Afrique possède une population jeune qui représentera une part croissante de la main-d’œuvre mondiale. Transformer cette dynamique démographique en avantage économique exige cependant des investissements massifs dans les compétences. La Chine a elle-même connu, en quelques décennies, une transformation spectaculaire de son économie. Son expérience peut constituer une source d’inspiration. Mais le transfert de compétences ne devrait pas être conçu comme une simple transmission de connaissances. Il doit permettre aux Africains de devenir progressivement acteurs et coproducteurs des technologies et des activités économiques implantées sur le continent. C’est notamment vrai dans les secteurs d’avenir : intelligence artificielle, technologies numériques, énergies renouvelables, véhicules électriques, agriculture intelligente ou encore fabrication industrielle.

Pour l’Afrique, l’enjeu est de ne pas devenir uniquement un vaste marché pour les technologies produites ailleurs. Pour la Chine, l’enjeu est de contribuer à faire émerger des partenaires économiques africains capables de participer durablement à ces nouvelles chaînes de valeur. C’est peut-être à cette condition que le partenariat sino-africain pourra franchir une nouvelle étape : passer d’une relation centrée sur la construction des infrastructures à une relation davantage fondée sur la construction des capacités africaines.