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Situations de crise en Mer rouge et en Mer noire: Perturbations exceptionnelles du transport maritime mondial

International
Jan Hoffmann, Chef du service de la logistique  commerciale à la Cnuced Jan Hoffmann, Chef du service de la logistique commerciale à la Cnuced

L’organisme des Nations Unies chargé du Commerce et du Développement (Cnuced) a récemment publié une étude liée aux attaques croissantes contre les navires en mer Rouge, les perturbations dans la mer Noire, causées par la guerre en Ukraine, et les sécheresses impactant le Canal de Panama. Jan Hoffmann, Chef du service de la logistique commerciale à la Cnuced, a répondu à nos questions pour nous permettre de mieux comprendre la situation du commerce maritime dans le monde.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 29 févr. 2024 à 02h09 Durée 4 min.
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L’étude de la Cnuced, intitulée « Naviguer en eaux troubles: l'impact sur le commerce mondial de la perturbation des routes maritimes de la mer Rouge, de la mer Noire et du Canal de Panama », met en lumière les conséquences des différentes perturbations qui touchent le commerce maritime mondial, en particulier, l’augmentation des attaques menées par les Houthis depuis novembre 2023.

Quelles précisions pouvez-vous nous fournir ?

Cette conjonction de crises a entraîné une baisse significative du nombre de navires transitant par ces voies maritimes. En 2023, environ 22 % du commerce mondial de conteneurs passait par le Canal de Suez, passage le plus court pour lier l'Europe à l'Asie. Aujourd’hui, plus de 20 % des navires n’empruntent plus le Canal.

Cette situation vous inquiète-t-elle particulièrement ?

La crise en mer Rouge a le potentiel de perturber les chaînes d'approvisionnement des industries telles que la construction, l'automobile, les produits chimiques et les machines, qui dépendent des importations intermédiaires en provenance de la région Asie-Pacifique. L'approvisionnement énergétique, la sécurité alimentaire et la durabilité environnementale peuvent être affectés. On constate déjà des hausses des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, ce qui augmente les risques d'inflation.

Depuis novembre 2023, quelle est la hausse des taux de fret spot moyens pour les conteneurs ?

La plus forte augmentation hebdomadaire jamais enregistrée, soit 500 dollars Us, l’a été au cours de la dernière semaine de décembre 2023. Cette tendance s'est poursuivie depuis lors. Les taux spot moyens de transport de conteneurs au départ de Shanghai ont plus que doublé depuis le début du mois de décembre (+122 %). Ils ont été multipliés par trois vers l'Europe (+256 %) et sont même supérieurs à la moyenne (+162 %) vers la côte ouest des États-Unis, bien que les navires ne passent pas par Suez.

Selon les experts, la sécheresse extrême, dans la région du Canal de Panama, exacerbée par le phénomène El Niño semble susceptible de se prolonger jusqu'en mai.

Est-ce que cela vous inquiète aussi ?

La situation nous préoccupe plus que celle du Canal de Suez. Le Canal de Panama enregistrait normalement plus de 13.000 transits par an et représente près de 5 % du commerce mondial. Depuis deux ans, à cause de la sécheresse, les niveaux d'eau sont bas. Raison pour laquelle l'Autorité de gestion a décidé de réduire le nombre de navires pouvant transiter par ce passage (près de 40 % comparé à janvier 2023).

Quels sont les pays dont le commerce est particulièrement affecté par la réduction de ces transits ?

Les États-Unis sont le plus grand client du Canal. En 2021, ils représentaient 72 % du volume de marchandises. Le deuxième utilisateur le plus important est la Chine avec 22,5 % des volumes de marchandises. Cela représente, en tonnes, 3 % des exportations et 1,5 % des importations, ainsi qu'un total de 1,7 % de l’ensemble du commerce extérieur chinois.

La crise en mer Rouge aurait entraîné une chute de 40 % des revenus du Canal de Suez. Pouvez-vous nous donner des détails sur la manière dont est touchée l’Egypte ?

Le Canal de Suez constitue une importante source de revenus en devises étrangères pour l'Égypte. Il contribuait à hauteur de 9,4 milliards de dollars lors de l'exercice fiscal précédent, soit l'équivalent de 2,3 % du Pib en 2023.

Est-ce que cette détérioration pourrait avoir des effets néfastes sur d’autres pays africains ?

Le commerce extérieur de plusieurs pays d'Afrique de l'Est dépend fortement du Canal de Suez. Environ 31 % du commerce extérieur en volume pour Djibouti transite par le Canal de Suez (6 % des exportations et 31 % des importations du pays). Les parts équivalentes pour le Kenya et la République-Unie de Tanzanie sont respectivement d'environ 15 % (12 % des exportations et plus de 15 % des importations) et de 10 % (8 % des exportations et 11 % des importations). Parmi les pays d'Afrique de l'Est, le commerce extérieur du Soudan dépend le plus du Canal car environ 34 % du volume commercial passe par le canal (28 % des exportations et près de 36 % des importations).

Comme les routes empruntées par les navires sont plus longues, on imagine que la consommation de carburant est plus importante…

Le détournement des navires par des routes plus longues, entraîne aussi une augmentation des vitesses de navigation. Le contournement du Canal de Suez par le Cap de Bonne-Espérance, par exemple, implique une augmentation de plus de 70 %, par trajet, des émissions de gaz à effet de serre pour un trajet aller-retour de Singapour à l'Europe du Nord.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Il est important de maintenir la surveillance de l’évolution des conséquences de la combinaison de ces trois crises (mer Noire, Canal de Panama et de Suez) qui modifie de manière exceptionnelle la géographie du transport maritime et du commerce.