La Nation Bénin...
Quelques jours avant de tourner la page de 12 années à la tête de l'Union interparlementaire (Uip), Martin Chungong a reçu un doctorat honoris causa en relations internationales de la Geneva School of Diplomacy and international relations (Gsd). Une distinction qui salue plus de 30 ans consacrés au renforcement des institutions parlementaires, à la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et à une diplomatie parlementaire devenue un pilier discret, mais essentiel, du multilatéralisme contemporain.
Le symbole est fort. Alors que Martin Chungong s'apprêtait à transmettre les rênes de l'organisation qu'il a profondément transformée, cette reconnaissance académique a mis en lumière une forme de diplomatie souvent moins visible que les négociations intergouvernementales : celle exercée par les parlements. Dans un monde marqué par les conflits, les fractures géopolitiques et l'affaiblissement du dialogue entre États, les diplomaties parlementaires apparaissent désormais comme des espaces privilégiés de concertation et de recherche de compromis.
Fondée à Genève en 2003, la Geneva School of Diplomacy and international relations forme diplomates, responsables publics et dirigeants internationaux aux grands enjeux de la gouvernance mondiale. Depuis sa création, l'institution distingue régulièrement des personnalités ayant marqué les relations internationales, parmi lesquelles des chefs d'État, des ministres, des dirigeants d'organisations internationales et un lauréat du prix Nobel de la paix.
La distinction décernée à Martin Chungong récompense un engagement exceptionnel en faveur de la diplomatie parlementaire, du renforcement des institutions démocratiques, de l'égalité des genres et de la participation des jeunes à la vie politique.
Premier Africain à diriger l'Uip
Originaire du Cameroun, Martin Chungong rejoint l'Union interparlementaire en 1993. Il participe alors aux programmes destinés à accompagner les parlements des pays en transition démocratique ou sortant de conflits.
Au fil des années, il gravit les échelons de cette institution. Après avoir dirigé les programmes consacrés à la promotion de la démocratie puis l'ensemble des programmes de coopération, il est nommé secrétaire général adjoint avant d'être élu secrétaire général en 2014.
Cette élection constitue un moment historique : Martin Chungong devient le premier Africain et le premier responsable non européen à prendre la tête de l'organisation en 125 ans d'existence. En 2017, les parlements membres lui renouvellent leur confiance lors de l'Assemblée de Dacca. Sous son mandat, l'Uip élargit considérablement son champ d'action. Aux missions traditionnelles de coopération parlementaire s'ajoutent les grands défis internationaux: développement durable, changement climatique, paix et sécurité, droits humains, égalité entre les femmes et les hommes, intelligence artificielle, participation des jeunes et gouvernance démocratique.
Faire entendre la voix des parlements
L'une des principales contributions de Martin Chungong aura été de renforcer la place des parlements dans la gouvernance mondiale.
Convaincu que les réponses aux défis globaux ne peuvent relever des seuls gouvernements, il a constamment plaidé pour une implication accrue des représentants élus dans les processus internationaux de décision. Sous son impulsion, l'UIp a renforcé ses partenariats avec les Nations unies et les principales organisations internationales basées à Genève, faisant de la diplomatie parlementaire un complément indispensable à la diplomatie classique.
Dans un contexte marqué par le retour des rivalités entre grandes puissances, cette approche a permis de maintenir des canaux de dialogue entre parlementaires, même lorsque les relations diplomatiques entre États se détérioraient.
Une gouvernance plus inclusive
Au-delà des questions institutionnelles, Martin Chungong s’est imposé comme l’un des principaux défenseurs d’une représentation politique plus inclusive.
Son mandat a été marqué par des avancées importantes en faveur de la participation des femmes aux institutions parlementaires, de l’engagement des jeunes générations et du renforcement de la transparence démocratique. Président du Conseil mondial de l’initiative International Gender Champions entre 2020 et 2026, il s’est également engagé aux côtés des Nations Unies dans la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits. Il siège par ailleurs au sein de plusieurs instances internationales consacrées à la gouvernance mondiale, au développement durable et au suivi des Objectifs de développement durable, illustrant la place croissante des parlements dans l’architecture du multilatéralisme.
Une femme débute un nouveau chapitre de l’histoire de l’Uip
Le 1er juillet 2026, une nouvelle voie s’est ouverte pour l’Union interparlementaire avec l’entrée en fonctions d’Anda Filip comme 10e secrétaire générale de l’organisation.
Élue lors de la 152e Assemblée de l’Uip à Istanbul (Turquie), en avril 2026, elle a obtenu 72% des suffrages dès le premier tour, à l’issue d’un scrutin auquel ont participé des centaines de parlementaires représentant les membres de l’organisation. Cette large victoire témoigne de la confiance accordée à une personnalité qui connaît parfaitement l’institution.
Son élection revêt une portée historique. Anda Filip devient la première femme et la première personnalité originaire d’Europe orientale à diriger l’Union interparlementaire depuis sa création, il y a 137 ans. Cette nomination constitue l’évolution naturelle d’une organisation qui n’a cessé de promouvoir une représentation plus équilibrée des femmes dans la vie politique mondiale.
L’Uip, pionnière du multilatéralisme
Fondée en 1889, l’Union interparlementaire est reconnue comme la première organisation politique multilatérale au monde. Créée bien avant la Société des Nations puis les Nations unies, elle avait pour ambition de favoriser le dialogue et la coopération entre les peuples par l’intermédiaire de leurs représentants élus. Aujourd’hui, l’Uip rassemble 183 parlements nationaux ainsi que 15 organisations parlementaires régionales, constituant le principal forum mondial de diplomatie parlementaire. Son action couvre aussi bien la promotion de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit que les grands enjeux contemporains tels que le climat, la santé mondiale, le numérique, l’égalité des genres ou la paix.
Une distinction qui dépasse une carrière
En décernant un doctorat honoris causa à Martin Chungong au moment où il quitte ses fonctions, la Geneva School of Diplomacy ne rend pas seulement hommage à une carrière exceptionnelle. Elle souligne également l'importance croissante de la diplomatie parlementaire dans un système international confronté à des crises multiples. Elle rappelle aussi que le multilatéralisme ne repose pas uniquement sur les gouvernements, mais également sur les représentants des peuples, dont les parlements demeurent des acteurs essentiels de la gouvernance internationale.