La Nation Bénin...
En dix années de gouvernance, le président Patrice Talon a profondément transformé le paysage numérique béninois. Modernisation des infrastructures Internet, digitalisation des services publics, réforme de l’administration fiscale et renforcement de la cybersécurité ont progressivement fait du numérique l’un des piliers majeurs du développement du pays. Retour sur une décennie de mutation technologique qui a redéfini les rapports entre l’État, les citoyens et l’économie.
Il y a dix ans, le numérique béninois avançait à pas lents. L’accès à Internet demeurait limité dans plusieurs régions du pays, les procédures administratives étaient majoritairement manuelles et les services publics accusaient un important retard technologique. Très tôt, le gouvernement a fait du digital un axe stratégique du Programme d’action du gouvernement (Pag), avec l’ambition de moderniser l’État, de renforcer la transparence administrative et de stimuler la croissance économique. Cette volonté politique s’est traduite par des investissements massifs dans les infrastructures technologiques. Entre le premier et le second quinquennat, les budgets consacrés au numérique ont connu une forte progression. Plus de 346 milliards de francs Cfa ont été mobilisés dans le cadre du Pag 2021-2026 afin d’accélérer la transformation digitale du pays.
Le chantier le plus emblématique de cette décennie reste sans doute le déploiement du backbone national en fibre optique. Le réseau a été modernisé et étendu afin de favoriser l’accès au haut débit sur l’ensemble du territoire national. Plus de 2 500 kilomètres de fibre optique ont ainsi été déployés, permettant d’interconnecter les communes, les administrations publiques ainsi que plusieurs infrastructures stratégiques. Grâce à ces investissements, le Bénin a considérablement amélioré sa connectivité. Le taux de pénétration d’Internet, qui tournait autour de 20 % avant 2016, a fortement progressé au fil des années pour atteindre près de 80 %. Dans plusieurs localités autrefois mal desservies, l’accès à Internet s’est nettement amélioré, ouvrant de nouvelles perspectives dans les domaines de l’éducation, du commerce, de l’administration et des services financiers. Le développement des infrastructures numériques a également permis l’essor des usages digitaux au sein de la population. Mobile money, plateformes numériques, services en ligne et commerce électronique connaissent désormais une progression continue, portée par une meilleure couverture Internet et une démocratisation progressive des smartphones.
L’autre grande transformation opérée sous le régime Talon concerne la digitalisation des services publics. Désormais, plusieurs démarches administratives peuvent être effectuées en ligne, notamment les demandes d’actes administratifs, les formalités fiscales, la création d’entreprises, le paiement de certaines taxes, les concours administratifs ou encore les procédures liées à l’état civil. Cette transformation a profondément modifié les relations entre les citoyens et l’administration. Le gouvernement a aussi mis en place le Réseau numérique de l’administration, une infrastructure destinée à interconnecter plusieurs structures publiques à travers le pays. Ce système facilite les échanges de données entre administrations et améliore la circulation de l’information au sein de l’appareil étatique.
Les finances à l’heure du digital
L’un des secteurs où la transformation numérique a produit les résultats les plus visibles reste celui des finances publiques. Depuis 2016, le ministère de l’Économie et des Finances a engagé une vaste modernisation de ses services afin de simplifier les démarches administratives et d’améliorer la mobilisation des recettes publiques. Aujourd’hui, plus de la moitié des services proposés par le ministère sont dématérialisés. Les usagers peuvent désormais effectuer plusieurs opérations en ligne sans se déplacer : déclarations fiscales, paiements d’impôts, obtention d’attestations administratives ou encore consultation de documents fiscaux.
La Direction générale des Impôts a progressivement développé des téléservices destinés à simplifier les obligations fiscales des contribuables. Le portail de télédéclaration et de télépaiement permet aujourd’hui aux entreprises comme aux particuliers de régler leurs obligations fiscales à distance. Plusieurs documents administratifs peuvent également être obtenus en ligne, notamment l’attestation de régularité fiscale, l’attestation de résidence fiscale ou encore certains certificats liés à la Taxe sur la valeur ajoutée. La digitalisation fiscale a aussi introduit des innovations majeures comme le système e-MECeF, qui permet aux entreprises d’émettre des factures électroniques normalisées tout en transmettant automatiquement les informations à l’administration fiscale.
Autre réforme marquante: la dématérialisation des timbres fiscaux et de plusieurs procédures d’enregistrement administratif. Les timbres électroniques ont progressivement remplacé les anciens supports physiques, réduisant ainsi les risques de fraude et simplifiant les démarches pour les citoyens. La modernisation numérique de l’administration fiscale a également produit des effets importants sur les finances publiques. Selon les données officielles, les recettes fiscales du Bénin ont connu une progression spectaculaire au cours de la dernière décennie. Entre 2017 et 2023, les recettes fiscales ont augmenté de près de 670 milliards de francs Cfa. Elles sont passées d’environ 381 milliards en 2016 à plus de 1 073 milliards de francs Cfa en 2023. Aujourd’hui, plus de 97 % des recettes fiscales sont collectées par voie électronique. Cette évolution traduit l’appropriation progressive des outils numériques par les contribuables, mais également l’amélioration de la traçabilité des opérations financières de l’État. Au-delà de l’augmentation des recettes, cette digitalisation contribue à renforcer la transparence dans la gestion publique en réduisant les manipulations manuelles et les risques de corruption.
Fluidifier les opérations
La digitalisation engagée sous Patrice Talon ne s’est pas limitée aux finances publiques. Plusieurs secteurs stratégiques ont progressivement intégré les outils numériques dans leur fonctionnement. Dans le domaine douanier, plusieurs procédures d’importation et d’exportation ont été automatisées afin de réduire les délais de traitement et de fluidifier les opérations commerciales. Le secteur foncier a également connu d’importantes évolutions grâce à la plateforme « e-Notaire», qui permet aux notaires d’effectuer en ligne certaines démarches liées aux mutations foncières et à l’enregistrement des actes. L’éducation, la santé et les collectivités locales ont aussi amorcé leur transition numérique à travers divers projets de digitalisation des services et des systèmes d’information.
Parallèlement, le gouvernement a voulu à faire du numérique un véritable levier économique. Des programmes ont été lancés pour soutenir les start-up, encourager l’innovation technologique et promouvoir les compétences numériques chez les jeunes. À l’heure où Patrice Talon s’apprête à quitter le pouvoir après dix années de gouvernance, le numérique apparaît comme l’un des domaines où son empreinte reste la plus visible. En une décennie, le Bénin a profondément changé de visage sur le plan technologique. De la fibre optique à la dématérialisation des services publics, en passant par la cybersécurité et la réforme des administrations financières, le pays a engagé une mutation numérique de grande ampleur. Si des défis subsistent encore, notamment en matière d’inclusion digitale, de réduction des inégalités d’accès et de formation aux compétences numériques, les bases d’un État plus connecté et plus moderne semblent désormais solidement posées. Le prochain pouvoir héritera ainsi d’un écosystème numérique en pleine évolution, avec la responsabilité de consolider les acquis et de poursuivre la transformation digitale engagée depuis 2016.