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Lewis Tape, ingénieur IA: « 93 % des métiers seront transformés par l’Ia, mais pas supprimés »

Numérique
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Capable de produire du texte, des images ou encore du code informatique en quelques secondes, l’intelligence artificielle générative s’impose progressivement comme un outil incontournable dans les entreprises et les métiers du numérique. Dans cet entretien, l’ingénieur en intelligence artificielle Lewis Tape, explique les usages concrets de cette technologie, les compétences essentielles à développer et les transformations attendues dans les années à venir.

 

Par   Isidore GOZO, le 22 avr. 2026 à 09h30 Durée 2 min.
#Intelligence artificielle

La Nation : Qu'est-ce que l'intelligence artificielle générative et à quoi sert-elle concrètement ?

Lewis Tape : L'intelligence artificielle générative est une technologie capable de créer du contenu

nouveau : du texte, des images, de la musique ou encore du code informatique. Lorsque vous utilisez un outil comme ChatGPT pour rédiger un e-mail, il s’agit d’un exemple d’Ia générative. Contrairement aux programmes classiques qui suivent des règles fixes, elle apprend à partir de milliards d'exemples et peut produire quelque chose d’original. Aujourd'hui, elle est utilisée dans la vie quotidienne pour résumer des documents, traduire des textes ou aider à la rédaction. En entreprise, elle permet de répondre aux clients, de générer des rapports et d’aider les développeurs à coder plus rapidement. Dans le domaine de la création, elle peut produire des visuels publicitaires ou des maquettes en quelques secondes. Elle est devenue un véritable assistant universel qui touche pratiquement tous les métiers.

Quels sont les usages qui apportent le plus de valeur aux entreprises du numérique ?

Le service client arrive en tête. Aujourd’hui, lorsque vous contactez une entreprise par messagerie instantanée, il y a de fortes chances que ce soit une intelligence artificielle qui vous réponde en premier. Elle traite les demandes simples instantanément, 24 heures sur 24, ce qui libère les équipes humaines pour les cas plus complexes. Ensuite, il y a l’aide au développement logiciel. Les programmeurs utilisent désormais des assistants intelligents qui leur suggèrent du code en temps réel. Cela accélère leur travail de 30 à 50 %, selon plusieurs études. Enfin, l’exploitation des données internes représente un usage majeur. Les entreprises accumulent d’énormes volumes d’informations dans leurs systèmes. L’Ia générative permet désormais de poser des questions en langage naturel et d’obtenir des synthèses exploitables, sans être expert en informatique. En moyenne, pour 1 000 francs investis dans ces outils, certaines entreprises peuvent en récupérer près de 4 000 en valeur ajoutée.

Quelles compétences conseillez-vous aux jeunes professionnels ?

La première compétence consiste à apprendre à bien dialoguer avec ces outils. Cela peut paraître simple, mais savoir poser la bonne question à une intelligence artificielle pour obtenir un résultat utile est une véritable compétence. On appelle cela le « prompt engineering », et cela devient aussi important que savoir utiliser un logiciel comme Microsoft Word il y a une vingtaine d’années. Ensuite, il est essentiel de conserver un esprit critique. L’Ia peut se tromper, inventer des informations ou reproduire des biais. Il faut donc savoir vérifier, questionner et ne pas tout accepter sans analyse. Mais surtout, je dirais qu’il faut rester adaptable. Les outils évoluent tous les six mois. Ce qui compte réellement, c’est la capacité à apprendre rapidement et à comprendre comment l’Ia peut aider concrètement dans son métier. Aujourd’hui, les entreprises recherchent moins des experts d’un outil précis que des profils capables de s’adapter et d’identifier de nouvelles opportunités.

Quel impact sur les métiers du numérique dans les prochaines années ?

On parle souvent de remplacement des emplois, mais la réalité est davantage une transformation. Les études montrent que près de 93 % des métiers seront touchés, mais cela ne signifie pas qu’ils disparaîtront. Le développeur, par exemple, ne disparaîtra pas. Il deviendra davantage un superviseur qui améliore et valide le code généré par l’intelligence artificielle, plutôt que quelqu’un qui écrit tout ligne par ligne. Le designer pourra créer des prototypes dix fois plus rapidement. L’analyste passera moins de temps à extraire des données et davantage à les interpréter. Ce qui change réellement, c’est l’arrivée des « agents IA ». Ce sont des systèmes qui ne se contentent plus de répondre, mais qui agissent. Ils peuvent réserver des services, modifier une commande, lancer une analyse ou enchaîner plusieurs tâches automatiquement. Cela va profondément transformer l’organisation du travail. Pour l’Afrique, il s’agit d’une opportunité majeure. Le continent peut adopter ces technologies sans subir le poids des anciens systèmes, former une nouvelle génération de talents et développer des solutions adaptées aux réalités locales.