La Nation Bénin...
Dans une analyse consacrée à
l’avenir des systèmes de santé, Pascal Donohoe, Directeur général et directeur
de la gestion des connaissances du Groupe de la Banque mondiale, défend une
conviction : correctement pensée et intégrée aux réformes sanitaires, la
transformation numérique peut simultanément améliorer l’accès aux soins et
contribuer à créer des emplois.
Et si la révolution numérique permettait de répondre en même temps à la crise sanitaire et à celle de l’emploi ? C’est le pari défendu par Pascal Donohoe dans son opinion intitulée « Développer l’e-santé et doper l’emploi ». Face au vieillissement des populations, à la progression des maladies chroniques et au manque de spécialistes, le Directeur général et directeur de la gestion des connaissances du Groupe de la Banque mondiale considère que les technologies numériques peuvent permettre aux systèmes de santé de toucher davantage de patients, notamment ceux éloignés des grands centres médicaux.
Mais l’enjeu, selon lui,
dépasse largement le domaine médical. La santé pourrait également devenir un
important réservoir d’emplois, à condition que les investissements numériques
soient accompagnés de politiques nationales cohérentes.
Le raisonnement de Pascal
Donohoe part d’un constat mondial : les systèmes de santé doivent aujourd’hui «
faire plus avec moins ». Dans de nombreux pays, l’offre de spécialistes ne suit
pas la croissance de la demande, tandis que la distance continue de déterminer,
pour une partie de la population, la possibilité d’accéder rapidement à des
soins de qualité.
Parallèlement, une importante crise de l’emploi se profile. L’auteur rappelle que 1,2 milliard de jeunes des pays en développement devraient atteindre l’âge de travailler au cours des dix à quinze prochaines années, alors que les trajectoires actuelles ne prévoient qu’environ 400 millions de créations d’emplois.
Pour Pascal Donohoe, le
secteur de la santé constitue précisément l’un des domaines où ces deux défis
peuvent être traités ensemble. « La santé est l’un des secteurs où les pays
peuvent répondre à ces deux enjeux à la fois : élargir l’accès aux soins essentiels
tout en créant des emplois productifs et gratifiants », écrit-il.
L’e-santé offre plusieurs pistes : télémédecine, consultations à distance, dossiers médicaux électroniques, systèmes d’information sanitaire, surveillance des maladies ou encore soins à domicile.
L’expérience de l’Arabie
saoudite occupe une place importante dans l’analyse. L’hôpital virtuel Saha,
développé dans le cadre de la stratégie Vision 2030, connecte plus de 240
établissements hospitaliers et peut prendre en charge plus de 597 000 patients
par an, indique l’auteur. Son dispositif a également permis d’apporter une
assistance médicale à distance après les séismes ayant frappé la Turquie et la
Syrie. L’exemple du Yémen montre, quant à lui, que le numérique peut conserver
toute son utilité dans des contextes de crise. Un système d’information
sanitaire déployé dans près de 4 800 établissements a contribué, selon
l’auteur, à des services ayant bénéficié à plus de 11 millions de personnes
entre 2021 et 2023.
Pascal Donohoe se montre toutefois prudent face à l’enthousiasme que suscite la transformation numérique. Pour lui, l’e-santé ne doit pas devenir un substitut aux réformes structurelles du secteur sanitaire. « Les soins virtuels ne sont pas un raccourci permettant de faire l’économie de réformes plus profondes du secteur de la santé », prévient-il. Autrement dit, une plateforme numérique ne saurait compenser l’absence de médecins, d’infirmiers ou de techniciens qualifiés. Elle ne peut davantage fonctionner durablement sans infrastructures fiables, réglementation adaptée, gouvernance des données et confiance des patients.
Cette mise en garde prend une importance particulière à l'heure où l'intelligence artificielle commence à transformer les pratiques médicales. L’Ia peut contribuer à l’analyse de données, à l’aide au diagnostic, au suivi des patients ou à l’optimisation des ressources. Mais elle nécessite elle aussi des professionnels compétents, des données fiables et un cadre éthique et juridique solide.
Pour les pays africains, l’enseignement majeur de cette réflexion réside peut-être dans la nécessité de ne pas simplement importer des modèles technologiques conçus ailleurs. Pascal Donohoe insiste sur ce point : « Un modèle de santé numérique conçu avec un pays ne peut pas être copié-collé tel quel dans un autre. » Il préconise plutôt l’évaluation, l’adaptation et la transposition des expériences en fonction des réalités nationales.
La Tunisie et la Jordanie sont
ainsi citées comme des exemples de pays où le Groupe de la Banque mondiale
accompagne différentes dimensions de la transformation numérique des systèmes
de santé, de la télémédecine aux dossiers médicaux électroniques en passant par
la gouvernance des données.
Pour le Bénin, un enjeu
sanitaire… et économique.
Cette réflexion interpelle
directement les pays africains engagés dans leur transformation numérique. Pour
le Bénin, l’enjeu pourrait être double : réduire les inégalités d’accès aux
soins et faire émerger un écosystème national de compétences et d’emplois
autour de la santé numérique. Mais cela suppose de dépasser la simple
acquisition d’équipements ou la multiplication des plateformes. Il faudra
former les professionnels, sécuriser les données médicales, garantir
l’interopérabilité des systèmes et créer un environnement favorable à
l’innovation locale. Car, au fond, le message de Pascal Donohoe est moins une
invitation à « numériser la santé » qu’à penser autrement la politique
sanitaire et la politique de l’emploi. « Les technologies numériques peuvent être
un levier puissant pour atteindre cet objectif, mais à condition seulement
d’être adossées à des stratégies nationales pour l’emploi », conclut-il.
Une conviction qui ouvre une
perspective majeure pour les pays en développement, particulièrement pour le
Bénin : l’hôpital de demain ne sera peut-être plus seulement un lieu où l’on
soigne, mais aussi un espace où se rencontrent médecine, données, intelligence
artificielle, innovation et nouveaux métiers.
L’e-santé offre plusieurs pistes : télémédecine, consultations à distance, dossiers médicaux électroniques, systèmes d’information sanitaire, surveillance des maladies ou encore soins à domicile.