La Nation Bénin...
Du 24 mai au 23 août 2026,
Romuald Wadagni a franchi ses 90 premiers jours à la tête du Bénin. Après une
première phase consacrée à l’installation du pouvoir, les deuxième et troisième
mois ont été marqués par une série de décisions sociales, agricoles, administratives,
culturelles et économiques. De la gratuité scolaire pour les filles à la grâce
accordée à 369 détenus, de l’indemnisation de producteurs à la prise en charge
de la Gaani, le nouveau pouvoir commence à donner un contenu concret aux
engagements annoncés lors de l’investiture.
Le 24 mai 2026, Romuald
Wadagni prêtait serment au Palais des Congrès de Cotonou et ouvrait
officiellement le septennat 2026-2033. Dans son discours d’investiture, le
nouveau président fixait une ligne claire : faire en sorte que la puissance
retrouvée de l’État se traduise dans la vie quotidienne des familles. Santé,
eau potable, électricité, logement, emploi des jeunes, revenus des
producteurs…les attentes étaient nombreuses.
Les premières semaines ont surtout été consacrées à l’installation de la nouvelle équipe et à la définition de sa méthode. Le Conseil des ministres inaugural du 28 mai a posé les exigences d’exemplarité, de sobriété, d’intégrité et de solidarité. Mais c’est surtout à partir du deuxième mois que le rythme s’accélère
Le 3 juin, l’exécutif transmet
à l’Assemblée nationale un projet de loi de finances rectificative portant le
budget 2026 à 4 086,620 milliards de F Cfa, contre 3 783,984 milliards dans la
loi de finances initiale, soit une hausse de 8 %. Les dépenses d’investissement
progressent de 8,5 %. Le gouvernement présente cette révision comme l’une des
premières traductions budgétaires des nouvelles orientations présidentielles.
Deuxième mois : les promesses
sociales entrent dans les budgets
Le tournant de juin est particulièrement visible dans l’éducation. À partir de la rentrée 2026-2027, le gouvernement décide la gratuité des frais de scolarité pour toutes les filles de l’enseignement secondaire général et technique public. Une enveloppe de 20 milliards de F Cfa est parallèlement prévue pour accélérer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements publics qui en sont dépourvus.
La santé figure dans la même
architecture. Les crédits d’investissement sont consolidés pour les hôpitaux et
dispensaires, tandis que le dispositif d’assurance maladie obligatoire et le
programme de supplémentation nutritionnelle des 1 000 premiers jours sont
renforcés.
Dans l’agriculture, l’exécutif
introduit des mécanismes de primes destinés à encourager production et
transformation locales. Pour le coton, une prime exceptionnelle de 10 F Cfa par
kilogramme est prévue au-delà de 700 000 tonnes de production nationale. Pour
l’anacarde, le soja et le riz, le mécanisme vise à encourager la satisfaction
des capacités de transformation installées.
Le mois de juin est aussi celui d’une offensive diplomatique régionale. Le président multiplie les échanges avec les pays voisins, notamment autour de la sécurité, de l’intégration régionale et de la coopération économique.
Mais si juin installe les instruments, juillet et août permettent davantage d’observer l’action sur le terrainTroisième mois : des décisions
aux bénéficiaires
Juillet voit apparaître des mesures directement perceptibles. Dans les marchés urbains et régionaux, le gouvernement annonce une baisse de 15 à 30 % des redevances appliquées aux commerçants. La mesure vise notamment à alléger les charges pesant sur les petits opérateurs économiques.
Dans la santé, le transfert de la gestion des agents contractuels aux communes devient effectif. La réforme concerne les 77 communes et prévoit notamment le paiement des salaires au plus tard le 20 de chaque mois ainsi que la prise en compte des obligations liées à la protection sociale.
L’agriculture offre ensuite l’un des exemples les plus concrets du passage à l’acte. En août, 561,8 millions de F Cfa d’indemnisations sont remis à des producteurs de riz et de coton ayant subi des pertes de rendement dans le cadre de l’assurance agricole indicielle multirisque. Ici, le bilan ne repose plus sur une annonce. Des bénéficiaires reçoivent effectivement une compensation.
Le secteur culturel connaît
également une accélération. Le Festival des Masques de Porto-Novo, organisé les
25 et 26 juillet, met le patrimoine Vodun au centre d’une manifestation
associant acteurs culturels, chercheurs, touristes et populations. La culture
est ainsi présentée comme un levier de transmission, d’attractivité et de
rayonnement international.
Cette volonté de renouvellement se manifeste aussi dans la reconnaissance des personnalités qui ont contribué au rayonnement du pays. Le 31 juillet, à la veille de la fête nationale, le gouvernement organise la première Cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire. Dans la catégorie « Racines et Couleurs », Romuald Hazoumè, Julien Sinzogan, Georges Adéagbo et Edwige Akplogan sont distingués.
La catégorie « Les Voix
éternelles du Bénin » rend hommage à onze grandes figures de la musique
nationale : Danialou Sagbohan, Nel Oliver, Séna Joy, Angélique Kidjo, Bluky
D’Almeida, Isbath Madou, Kiri Kanta, Alèkpéhanhou, Vincent Ahehehinnou, Wally
Badarou et Yves Gontran Valette.
Au-delà des distinctions,
l’initiative marque une inflexion. Il s’agit de faire entrer la mémoire
artistique dans le cérémonial républicain et reconnaître les créateurs pour
leur contribution au rayonnement du Bénin.
Quelques heures plus tard, un autre geste donne à la fête de l’Indépendance une dimension sociale et judiciaire. Par le décret n°2026-546 du 31 juillet, 369 personnes condamnées et détenues bénéficient d’une grâce présidentielle. Les opérations de mise en liberté commencent le 1er août. La mesure concerne la peine privative de liberté restant à exécuter, sans effacer les condamnations ni les obligations civiles et financières.
Cette grâce présidentielle,
accordée à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, inscrit la
clémence et la seconde chance parmi les actes symboliques du début de mandat.
Gaani, territoires et culture
: l’acte II du nouveau mandat
Le mois d’août donne surtout
une visibilité particulière à la promesse de territorialisation du
développement avec la Gaani à Nikki.
Pour l’édition 2026, le gouvernement décide de prendre directement en charge l’organisation de cette grande fête traditionnelle. La démarche accompagne les investissements réalisés à Nikki, notamment la nouvelle arène et les aménagements liés au parcours rituel. L’objectif est de structurer davantage la manifestation, de tester les infrastructures et de renforcer son potentiel touristique.
La Gaani prend son envol à Nikki depuis le 25 août et met un terme à ses activités ce 27 août. Cette édition permet d’apprécier la mise en service des nouvelles infrastructures et la capacité des pouvoirs publics à organiser un rendez-vous culturel et royal d’envergure, tout en préservant sa dimension rituelle et patrimoniale. La prise en charge directe par l’État apparaît ainsi comme un acte de territorialisation, mais aussi comme un engagement dont la portée devra être évaluée au-delà de la seule réussite de l’événement.
Autour de la manifestation, la Foire régionale de l’artisanat de la zone Nord a également installé à Nikki un espace de promotion des savoir-faire locaux. Le rapprochement entre la Gaani, l’artisanat et les animations culturelles illustre une politique qui cherche à relier patrimoine, tourisme et économie territoriale, même si les retombées concrètes pour les acteurs locaux devront encore être mesurées.
Dans le même esprit de valorisation de la jeunesse, la Ligue nationale scolaire entre en scène à Abomey, avec l’ambition de détecter et de promouvoir les jeunes talents sportifs.
Au terme de cette période, le bilan appelle donc une lecture à plusieurs niveaux. Certaines promesses sont devenues des décisions : gratuité scolaire, soutien agricole, mesures sociales et baisse des redevances. D’autres ont franchi l’étape du financement ou de la mise en œuvre : infrastructures, santé, formation et modernisation administrative. D’autres, comme la réduction durable de la pauvreté, la territorialisation de la croissance ou l’amélioration des revenus, devront encore être jugées sur leurs résultats.
Du 24 mai au 23 août, Romuald Wadagni n’a pas encore livré le bilan d’un septennat. Mais le rythme observé au cours des deuxième et troisième mois montre un passage progressif des promesses aux dispositifs, puis des dispositifs aux premières actions concrètes.
Le véritable test commence
désormais : faire durer ces impulsions et transformer les décisions prises en
résultats mesurables dans la vie quotidienne des Béninois.
90 jours de Romuald Wadagni