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A ceux qui imputent aux mairies la responsabilité de la disparition des quotas administratifs, Franck Hessouh, conseiller communal d’Abomey-Calavi, rétorque que c’est aux géomètres qu’il faut demander des comptes. « En matière de terre, la première personne à viser, c’est le géomètre. Il sait le nombre de parcelles qu’il y a sur le terrain. L’administration communale ne peut s’approprier un domaine si elle n’en est pas informé », soutient-il. A en croire certains techniciens du foncier, il ne s'agit là que d'un faux procès. Si la mission de l’urbaniste est de tracer les voies et de fixer les zones d’infrastructures sociocommunautaires, le géomètre expert, pour sa part, applique ces tracés sur le terrain et rend compte de son travail à la mairie qui se charge à son tour de le concrétiser. « Le géomètre ne modifie rien sans le travail préalable de l’urbaniste et l’autorisation de la mairie. La faute revient à la mairie si des réserves disparaissent aujourd’hui. C’est à elle de sécuriser ses domaines », se défend Alexandre Zougban, géomètre et ancien collaborateur du cabinet Djinadou, rejetant le tort sur la mairie.
Wilfrid Capo, architecte-urbaniste, s’offusque de ces reproches. Estimant faire un travail de bureau et donc intellectuel, il jure que l’urbaniste n’a aucun pouvoir pour empêcher les irrégularités foncières notées à Abomey-Calavi. Toutefois, il souligne la faiblesse de ses collègues urbanistes dans les zones de Togoudo, de Godomey et Tankpè pour avoir mal évalué le coefficient de réduction ou pour avoir accepté de se faire dicter le coefficient de réduction de 33 % par la population. « Au finish, on ne dispose plus de réserves », se désole-t-il. Pour autant, le géomètre ne saurait être hors de cause. Il pointe du doigt le Cabinet Djinadou. Lequel a exécuté le plus gros lot du lotissement d’Abomey-Calavi, sans que les conditions de cette mission soient réunies. « Si vous demandez son arrêté d’approbation, vous ne l’aurez pas ; aucun urbaniste n’est intervenu sur l’opération de manière continue pour qu’on puisse mieux l’apprécier », soutient-il. Alexandre Zoungban, accepte les accusations portées à l'encontre du cabinet où il avait travaillé. Mais il relativise en indiquant que Djinadou n’est qu’un complice et que le mauvais fonctionnement de la mairie reste le fond du problème.
Pis, il y avait un conflit entre le cabinet Djinadou et la Mairie. Les travaux furent suspendus tout au long de cette querelle. «Mais pendant ce temps, des géomètres allaient travailler frauduleusement sur le terrain», fait-il observer. Mais d’autres acteurs expliquent autrement le manque de réserves administratives. «Tant qu’il y aura des sinistrés, il n’y aura pas de réserves parce que c’est la somme des coefficients de réduction opérés sur chaque parcelle qui permet de disposer des réserves. S’il y a des sinistrés, on coupe les réserves pour les satisfaire », tranche Frétus Aguiar, président du comité de lotissement local de Cocotomey. Gélase Hounguè, directeur à l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme à la mairie d’Abomey-Calavi, renchérit : «C’est lorsqu’on a fini de recaser tout le monde, qu’on parle de réserve. Si le dernier acquéreur ne trouve pas sa place, le thème réserve devient un non-sens ».
Jeu mathématique de pseudo-géomètres
L’insuffisance de réserves relève également d’un jeu mathématique des pseudo géomètres. Avec les faux calculs, les gens qui n’avaient pas de parcelles au départ, surgissent de nulle part et se retrouvent subitement avec des parcelles. Nestor Avononmandégbé, président de l’Observatoire pour la gestion transparente d’Abomey-Calavi (Ogt-Ac), qui affirme avoir mené le combat de la transparence dans le domaine de l’immobilier dans la commune, atteste de cette réalité : «Les réserves administratives sont très mal gérées dans notre pays. Nous assistons à des soi-disant dédommagements entre conseillers, maire, personnalités alors qu’il existe un arrêté préfectoral qui interdit formellement ces actes», se plaint-il. Il n’est donc pas étonnant qu’à Abomey-Calavi centre, les travaux de remembrement urbain piétinent.
C’est depuis 1999 que les travaux de lotissement ont démarré dans la zone de Cocotomey par exemple. Ils n’ont pu être achevés en raison des nombreuses suspensions. Et nul ne sait quand ils seront repris. Pourtant, aucune des difficultés actuelles n’a sa raison d’être car il existe un plan de référence d’aménagement du plateau d’Abomey-Calavi. Ledit plan avait prévu des grands axes sur la base d’un taux de prélèvement que chaque acquéreur devrait donner pour l’effectivité de ce projet. Au démarrage de l’opération, ce taux n’a plus été respecté parce que les populations se sont opposées au coefficient de réduction de 33 %. Martial Atchou, autochtone de Calavi et victime des irrégularités commises dans le cadre des opérations de remembrement urbain, pense que l’Etat doit ériger des plaques sur tous les domaines réservés aux infrastructures sociocommunautaires pour décourager les personnes indélicates. Mais cette option ne marche pas à tous les coups. Elle engendre d’autres désordres. « Les gens implantent des plaques portant de faux noms d’autorités juste pour distraire les populations », confie Augustin Houétinou, propriétaire terrien à Zogbadjè. Le casse-tête demeure donc entier.
Société
05 févr. 2020