La Nation Bénin...

Femmes et filles d’ascendance africaine : célébrer les avancées, combattre les discriminations persistantes

International

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine, célébrée le 25 juillet, les Nations Unies mettent en lumière les contributions exceptionnelles de millions de femmes d’origine africaine à travers le monde, tout en attirant l’attention sur les discriminations structurelles auxquelles elles continuent d’être confrontées. C’est aussi l’occasion de reconnaître leur rôle majeur dans les domaines politique, économique, social, scientifique et culturel, mais aussi de rappeler la nécessité d’intensifier les efforts pour éliminer les inégalités persistantes liées à l’intersection du racisme et du sexisme.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 24 juil. 2026 à 16h25 Durée 3 min.
#Nations Unies

En août 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution (78/323) proclamant le 25 juillet Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine, afin de saluer leurs contributions et de réaffirmer la lutte contre le racisme, la discrimination et le sexisme. Cette décision s’inscrit dans la continuité des mobilisations afrodescendantes et panafricaines pour la reconnaissance, la justice et la dignité des femmes noires à travers le monde.

Un leadership africain féminin de plus en plus visible au sein du système des Nations Unies

Cette célébration intervient dans un contexte marqué par une présence croissante de femmes d’ascendance africaine aux plus hauts niveaux de la gouvernance internationale. Leur parcours illustre les progrès accomplis en matière de représentation, tout en rappelant l’importance de poursuivre les efforts en faveur d’une participation plus inclusive.

Parmi ces figures emblématiques figure la Secrétaire générale adjointe des Nations Unies, Amina J. Mohammed, originaire du Nigéria, qui occupe un rôle central dans la coordination des priorités de l’Organisation, notamment dans les domaines du développement durable, de la lutte contre les inégalités et de la coopération internationale.

À Genève (Suisse), capitale du multilatéralisme, plusieurs femmes d’ascendance africaine occupent également des fonctions stratégiques au sein d’organisations internationales majeures.

Dans le domaine du commerce au service du développement, la Jamaïcaine Pamela Coke-Hamilton dirige depuis 2020 le Centre International de Commerce (ITC), où elle œuvre notamment à renforcer l’intégration des petites et moyennes entreprises, en particulier celles dirigées par des femmes, dans les échanges internationaux.

La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala dirige depuis 2021 l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), devenant la première femme et la première personnalité africaine à accéder à ce poste. Son mandat représente une avancée historique dans la représentation du continent africain au sein des institutions économiques internationales.

Depuis la fin de l’année 2024, une autre personnalité jamaïcaine occupe une fonction stratégique dans le système des Nations Unies : Michelle Gyles-McDonnough a été nommée Directrice exécutive de l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR).

Plus récemment, en février 2026, la nomination de la Gambienne Awa Dabo au poste de Directrice adjointe du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a marqué une nouvelle étape dans la représentation des femmes africaines dans les instances internationales de défense des droits humains.

Ces nominations successives témoignent d’une évolution significative dans la présence des femmes d’ascendance africaine au sein des institutions multilatérales. Elles constituent également un signal fort pour les jeunes générations, en démontrant que les plus hautes responsabilités internationales sont accessibles à toutes et tous.

«Les femmes d’ascendance africaine transforment chaque jour des idées en entreprises»

À l'occasion de cette Journée internationale, la Directrice exécutive du Centre du commerce international (ITC), Pamela Coke-Hamilton, a rendu hommage au dynamisme entrepreneurial des femmes d'ascendance africaine, qu'elle considère comme des actrices essentielles de la croissance économique mondiale.

« Chaque jour, les femmes d’ascendance africaine transforment des idées en entreprises, stimulent la croissance économique et surmontent les obstacles avec résilience. Pour libérer pleinement leur potentiel, nous devons supprimer les barrières systémiques qui limitent leur accès au financement et aux postes de responsabilité. »

Pour la responsable jamaïcaine, leur capacité d'innovation et leur résilience ne suffisent pas à compenser les inégalités persistantes qui limitent encore leur accès au crédit, aux réseaux d'influence et aux fonctions dirigeantes. Lever ces obstacles constitue, selon elle, une condition indispensable pour permettre à ces entrepreneures de contribuer pleinement au développement durable et à une croissance plus inclusive.

Awa Dabo : « La représentation est essentielle »

Nommée récemment Directrice adjointe du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, la Gambienne Awa Dabo estime que la lutte contre les discriminations ne peut être dissociée de la question de la représentation au sein des institutions.

S'appuyant sur son propre parcours et sur l'expérience vécue par sa famille, elle rappelle que le racisme et les discriminations continuent de marquer profondément la vie de nombreuses personnes. Elle estime que l’accès d’un plus grand nombre de femmes et de personnes d’ascendance africaine aux fonctions de direction est un élément déterminant pour promouvoir l’égalité des chances et bâtir des institutions plus représentatives de la diversité des sociétés.

 « La représentation est essentielle. Il est crucial que les jeunes puissent voir des femmes et des personnes d’ascendance africaine occuper des postes de direction, car cela confirme que ces fonctions sont accessibles à toutes et tous et favorise un sentiment d’inclusion et de possibilité. »

Au-delà de la visibilité, Awa Dabo appelle les gouvernements et les institutions internationales à maintenir leurs efforts afin d'éliminer les discriminations et de faire progresser une égalité véritable, fondée sur des changements concrets plutôt que sur des engagements de principe.

Les Nations Unies dénoncent des inégalités qui perdurent

Dans une déclaration commune publiée à l'occasion de cette journée, les mécanismes des Nations Unies chargés de la lutte contre le racisme, ainsi que le Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles, saluent les contributions des femmes et des filles d'ascendance africaine tout en alertant sur les profondes inégalités qui continuent d'entraver l'exercice de leurs droits fondamentaux.

« Aujourd’hui, nous rendons hommage au leadership, à la résilience et aux contributions des femmes et des filles d’ascendance africaine dans le monde entier. Nous attirons également l’attention sur les inégalités persistantes liées à la race et au genre qui compromettent leur droit à la santé et d’autres droits humains fondamentaux. »

Les experts rappellent également que les disparités trouvent leurs racines dans l'héritage de l'esclavage et du colonialisme, dont les effets continuent de se refléter dans les politiques publiques, les structures sociales et certains systèmes institutionnels. Les conséquences sont particulièrement visibles dans le domaine de la santé maternelle, où les femmes d'ascendance africaine demeurent, dans de nombreux pays, davantage exposées aux risques de mortalité en raison de préjugés, de discriminations systémiques et d'un accès inégal à des soins de qualité.

Mieux mesurer les inégalités pour mieux les combattre

Pour les experts des Nations Unies, l'un des principaux obstacles à l'élaboration de politiques efficaces réside dans le manque de données fiables permettant d'évaluer précisément les discriminations auxquelles sont confrontées les femmes et les filles d'ascendance africaine.

Ils estiment que la collecte de données désagrégées, réalisée dans le respect des droits humains, est indispensable pour rendre ces inégalités visibles, mesurer les progrès accomplis et renforcer la responsabilité des États. Ils plaident également pour un renforcement des cadres juridiques et des politiques publiques, un investissement accru dans des solutions développées avec les communautés concernées, ainsi qu'une participation pleine et entière des femmes d'ascendance africaine à l'élaboration des politiques qui les touchent directement. Les experts rappellent enfin que la réduction de ces inégalités passe aussi par une réflexion sur les réparations liées aux injustices historiques dont les effets continuent de se faire sentir aujourd'hui.


Une nouvelle génération de dirigeantes inspirantes

Alors que la communauté internationale poursuit la Deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine et s'apprête à marquer le 25ème  anniversaire de la Déclaration et du Programme d'action de Durban, cette journée constitue un appel à accélérer les efforts contre le racisme systémique et les discriminations fondées sur le genre.

Elle met également en lumière l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeantes qui occupent désormais des postes stratégiques au sein des Nations Unies et des organisations internationales.

Leur parcours dépasse la seule portée symbolique. Il démontre que les plus hautes responsabilités internationales sont désormais accessibles à des femmes d'ascendance africaine dont les compétences contribuent chaque jour à façonner le multilatéralisme contemporain. Pour les jeunes générations, leur présence constitue un message d'espoir et de confiance : la diversité au sein des instances de décision n'est pas seulement une question de représentation, mais un facteur essentiel d'efficacité, de justice et de crédibilité pour les institutions internationales.