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Nouvelles

Fort portugais : une marque indélébile de la traite négrière
C’est connu de tous ! Le Fort portugais de Ouidah est l’un des vestiges les plus en vue au Bénin et sur le continent noir s’agissant de la traite négrière. L’histoire douloureuse de l’esclavage renseigne que ce fort a été construit en 1721 par le capitaine de vaisseau Joseph de Torres, originaire du Brésil. A l’époque, le fort portait le nom de São-João-Batista-de-Ajuda. Au cours de la traite transatlantique, le joyau a servi d’administration coloniale pour les Portugais. Il fut une étape importante de la traite négrière qui s’est déroulée sur les côtes du Golfe de Guinée. De 1721 à 1759, le Fort portugais était constitué d’un corps de garde, d’une église, d’une poudrière, de la maison des officiers, d’une armurerie, d’une captiverie et d’une citerne pour servir aux fins militaires qui lui étaient conférées. En 1865, la caserne, la maison du gouverneur et un cimetière furent intégrés au site. Contrôlé par les Portugais, le fort permettait à ceux-ci de maintenir leurs relations diplomatiques et commerciales avec le pouvoir local du Danxomè. Sa fonction évoluait au gré des changements sur les plans social, religieux et commercial. Après la proclamation de l’indépendance, la République du Dahomey invite les étrangers à libérer des territoires sous leur tutelle. C’est ainsi que dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1961, les administrateurs portugais ont mis le feu au fort avant de plier bagages. Ils ont ainsi détruit l’intégralité des documents qui renseignent sur leurs activités. Le 13 novembre 1964, le gouvernement du Bénin par le décret n°266/Pc-Menc classe le Fort portugais dans le patrimoine historique national. Il entame la reconstruction du site, qui prendra fin le 6 novembre 1967. Avant la réhabilitation effectuée par le régime de la Rupture, deux autres travaux de restauration ont été réalisés. La première a eu lieu de 1984 à 1986 grâce à la coopération française. La seconde fut l’œuvre de la fondation portugaise Calouste Gulbenkian, de 1988 à 1990. Actualités 10 nov. 2021


Fort portugais de Ouidah : des retombées pour l’économie de Ouidah
Les autorités de la cité des Kpassè se frottent les mains au regard du projet de réhabilitation du Fort portugais et des autres projets en cours ou à venir dans la ville, vu que ces derniers vont générer de la plus-value et donc des ressources supplémentaires pour la commune. Le maire Christian Mawugnon Houétchénou apprécie l’action du gouvernement, et énumère les retombées desdits projets pour sa ville. Presque aucun dirigeant de la commune de Ouidah n’a eu l’occasion de vivre, pendant qu’il était encore en fonction, la révolution silencieuse en cours à Ouidah. Celle de la valorisation, au plan mondial, des potentialités touristiques, cultuelles et culturelles de la commune. Les autorités actuelles de la mairie se disent très chanceuses. Elles félicitent le chef de l’Etat, Patrice Talon, pour sa noble vision. « Je salue le président de la République, Patrice Talon, pour sa vision magnifique et sa capacité à pouvoir mobiliser les ressources financières nécessaires. Ce n’est pas chose aisée et il est en train de réussir sur toute la ligne. On ne peut que le féliciter pour tout cela », souligne Christian Mawugnon Houétchénou, maire de la cité des Kpassè. Une fois les sites ouverts au public, Ouidah va drainer des centaines de milliers de touristes et s’en mettra alors plein les poches. « Je pense qu’on n’a pas besoin de faire un dessin avant qu’on le sache. De façon directe, pour les filles et fils de Ouidah, qu’ils soient restaurateurs, artisans, guides touristiques, promoteurs d’hôtel, etc., ils vont voir leurs chiffres d’affaires s’accroitre. Sur le plan du foncier, Ouidah va connaître des avancées énormes et les recettes de la ville vont s’accroitre en un temps record », note le premier citoyen de Ouidah. Edmond Toli, directeur général de l’Anpt, confirme cette analyse du maire Christian M. Houétchénou, et sur le plan national, ajoute-t-il, la contribution du secteur touristique au Pib du Bénin connaîtra également une amélioration. A l’hôtel de ville de Ouidah, les autorités ne comptent pas rester les bras croisés pour observer l’Etat central à l’œuvre. Le maire assure que son administration met déjà les petits plats dans les grands pour accompagner le gouvernement dans l’atteinte de l’objectif fixé. « Nous avons défini un plan de gestion de la ville qui permet à la commune de se mettre aux normes, de voir les problèmes que nous devons résoudre et qui ne sont pas forcément de la responsabilité du gouvernement. Nous avons notamment les rues et ruelles touristiques sur lesquelles nous travaillons. Nous allons sensibiliser les populations parce qu’accueillir des milliers de touristes, ce sont des habitudes qui vont changer. Et donc, nous devons veiller à la propreté de la ville. Il ne faudrait pas que des moutons, des poulets et autres animaux soient en divagation sur ces sites touristiques de classe mondiale. Donc, tout cela est de notre responsabilité, et nous sommes en train de travailler là-dessus », rassure l’autorité communale. Les questions liées à la sécurité foncière et à la sécurité des personnes et des biens font aussi partie des préoccupations du conseil communal. « Nous allons également faire en sorte que le foncier soit définitivement sécurisé à Ouidah afin que les hommes d’affaires viennent investir dans la ville sans crainte. Nous devons aussi assurer la sécurité dans la ville, nous assurer que les rues et ruelles sont électrifiées pour que chaque touriste qui vient, se sente à l’aise et en sécurité. Autrement dit, nous allons travailler à ce que la ville soit calme et apaisée. Cela nous amène à mettre en place un dispositif pour accompagner la Police républicaine. Nous sommes en train de structurer ce dispositif avec l’aide du gouvernement », renseigne-t-il Actualités 10 nov. 2021


Fort portugais de Ouidah : Vestiges réhabilités à l’identique
La première phase des travaux de réhabilitation du Fort portugais de Ouidah est achevée. Les derniers réglages sont en cours pour accueillir, au cours du premier semestre de l’année 2022, l’exposition temporaire des 26 œuvres restituées par la France. Notre équipe de reportage y a fait un tour, ce vendredi 5 novembre. Une réhabilitation à l’identique a été souhaitée pour le Fort portugais chargé de raconter l’histoire et de faire revivre la mémoire collective sur la traite des Noirs au Dahomey. Clôture surélevée avec une tourelle équipée de canons installée aux quatre coins du site, corps de garde à l’entrée, bref, pour qui connaît le Fort portugais de Ouidah, il constatera que ses principaux constituants ont été maintenus et modernisés. En effet, trois entrées donnent accès à l’esplanade extérieure du fort. Il y a l’entrée principale ouverte sur Ouidah et deux entrées latérales. La première située à gauche, s’ouvre sur l’esplanade à partir d’un parking de dix places. La seconde débouche au même endroit depuis le parking des visiteurs situé à gauche, en contrebas. Pour rejoindre l’esplanade extérieure via ce parking, le visiteur emprunte des escaliers recouverts de palettes. La balustrade au milieu est faite de branches d’arbres sèches vernissées reliées les unes aux autres par des vices en fer forgé, tandis que celles situées aux deux extrémités sont faites à partir du granite béninois. Le passage dans ces escaliers rappelle bien la période douloureuse de l’esclavage où le granite, les branches d’arbres, les chaînes en fer noir et autres ferrailles sont abondamment utilisés pour maintenir en captivité les esclaves et prisonniers. Sur l’esplanade extérieure, le visiteur est séduit par le paysage pittoresque et verdoyant qui l’accueille. Le gazon toujours vert, les fleurs provenant de pépinières locales et les orangers sur lesquels pendent déjà de nombreux fruits mûrs, sont taillés avec minutie. Le vent doux qui y souffle, fait de ce parterre un endroit agréable qui s’intègre dans le tissu urbain local. En face, les murs d’enceinte du fort, qui s’étaient affaissés avec le temps ont été réhabilités et rehaussés. Ils mesurent en moyenne 4,5 mètres. La douve a été reconstituée en partie, et pour des raisons écologiques, elle est privée d’eau. Comme toujours, le corps de garde, un bloc de type R+1, donne accès à l’enceinte du fort. Le rez-de-chaussée est désormais transformé en service accueil et billetterie. Les locaux à l’étage sont réservés au service administratif du musée. Après avoir franchi l’accueil, le visiteur se retrouve sur la cour intérieure du fort. Elle est baptisée « promenade patrimoniale », informe notre guide circonstanciel, Nathalie Blanc Chékété, coordinatrice du Projet de compétitivité du Tourisme transfrontalier (Pctt) à l’Agence nationale de promotion des Patrimoines et de développement du Tourisme (Anpt). Dans la cour, à droite, se trouve la maison du gouverneur. C’est elle qui accueillera, courant mai 2022, les 26 œuvres restituées par la France en attendant la fin des travaux de construction du musée de l’épopée des Amazones et des rois du Danxomè. Ce bâtiment de type R+1 est remarquable par son architecture afro-brésilienne. Il est réhabilité à l’identique pour recevoir des expositions temporaires majeures. Hospice Houngbèmè, directeur des travaux sur la phase 1 du projet, énumère les nouvelles caractéristiques de l’édifice. « C’est un très vieux bâtiment colonial historique de 280 m2 que nous avons conservé dans son entièreté. Il a été renforcé du point de vue structure compte tenu du fait qu’il est maintenant destiné à accueillir un plus large public. La dalle a donc été redimensionnée pour recevoir des charges en exploitation allant jusqu’à 800 g par m2 », explique-t-il. Depuis quelque temps, l’accès à la maison du gouverneur est restreint. « Pour le moment, il y a des règles à respecter. Seuls quelques ouvriers peuvent y entrer pour des touches de finition », indique Nathalie Blanc Chékété. Elle ajoutera que le bâtiment a fait l’objet d’une mise aux normes en matière de régulation thermique afin de respecter le niveau d’hygrométrie qui permettra d’exposer les 26 œuvres dans des conditions optimales, étant donné que les conditions climatiques au Bénin sont différentes de celles de la France où les œuvres sont restées pendant 130 ans. Un peu plus au nord dans l’enceinte du musée, il y a la chapelle que les populations pourront continuer par utiliser. « On veut vraiment que cet espace soit ouvert à la population », insiste notre guide circonstanciel. Derrière cette chapelle se trouve le Musée international de la mémoire de l’esclavage (Mime). Edmond Toli, directeur général de l’Anpt, précise que le Mime permettra de raconter l’histoire douloureuse de la traite négrière au Bénin en particulier et dans les Amériques de façon globale, sans occulter ses conséquences ou impacts sur les continents impliqués de même que les luttes qui ont conduit à son abolition. Caserne et captiverie Dans la cour, « promenade patrimoniale », se trouve également la caserne où vivaient les officiers portugais. Ce bâtiment de trois pièces et la maison du gouverneur se font face. La caserne est aussi réhabilitée à l’identique. Elle couvre une superficie de 300 m2. « D’abord, explique Nathalie Blanc Chékété, vous avez l’armurerie qui est l’espace où les officiers portugais rangeaient leurs armes. Ensuite, suit le mess qui était leur espace de vie. A l’intérieur des salles, le visiteur verra exactement ce qu’étaient une armurerie et un mess des officiers au temps fort de la traite négrière. Nous avons installé des éléments scénographiques qui les a reconstitués à l’identique », détaille la coordinatrice du Pctt à l’Anpt. Une salle pouvant accueillir 30 à 40 personnes pour des conférences internationales sur les sujets liés à la traite négrière, complète ce bâtiment. Ce dernier, comme l’ensemble du site, a été réhabilité suivant les standards internationaux que doivent respecter les lieux ayant vocation à recevoir du public y compris les personnes à mobilité réduite qui profiteront de rampes d’accès Pmr. Derrière la caserne, se trouve un espace singulier : la captiverie. Il s’agit d’un petit hangar sous lequel prévalaient constamment peur, angoisse, crainte, peine et tristesse. Nathalie Blanc Chékété précise que c’est là que les captifs étaient entassés comme du bétail avant de prendre la route de l’esclave. Toujours dans l’enceinte du musée, un préau de 75 m2 est nouvellement construit. Il est destiné à accueillir les groupes scolaires en visite dans le fort. Pour faire vivre l’espace muséal, une zone commerciale est érigée à l’intérieur. On y verra une boutique-souvenirs, des ateliers d’artistes et un snack bar où les visiteurs pourront se restaurer. Promouvoir Ouidah et la destination Bénin La réhabilitation du Fort portugais de Ouidah de même que les autres chantiers en cours ou à venir sont l’expression matérielle de la vision du président Patrice Talon pour le secteur du tourisme béninois. Ils s’inscrivent dans le volet Tourisme du Programme d’action du gouvernement qui entend reconstruire la cité historique de Ouidah à l’identique. L’objectif affiché est de faire de cette ville côtière la destination phare du tourisme mémoriel en Afrique et dans le monde, de renforcer son potentiel touristique et de préserver la mémoire sur le sujet de la traite. « L’investissement effectué au niveau du Fort portugais s’inscrit dans le cadre d’un financement global d’environ 50 millions de dollars Us (à peu près 27 milliards Cfa) alloués par la Banque mondiale. Il couvre non seulement les travaux au fort mais également un certain nombre de travaux tels que la rénovation de la place aux enchères, de la porte du non-retour, le mémorial de Zoungbodji, l’aménagement autour de l’arbre de l’oubli. Ce financement couvre également d’autres aspects pour améliorer la compétitivité du Tourisme, le travail qu’on fait avec l’Organisation mondiale du Tourisme pour la formation des guides touristiques, les licences touristiques, etc. », renseigne le directeur général de l’Anpt, Edmond Toli. Ce vendredi 5 novembre, le président du comité sur la Coopération muséale et patrimoniale entre la France et le Bénin, professeur Nouréini Tidjani Serpos, a également effectué une visite sur le site pour voir le niveau d’avancement des travaux. Il constate avec satisfaction que la première phase des travaux. L’ancien sous-directeur général de l’Unesco chargé de l’Afrique félicite alors l’équipe qui est à l’œuvre et se dit confiant pour la suite. « Il y a une équipe de professionnels dévoués sur le chantier. Ils sont en train de faire du bon travail. Avec ce que j’ai vu et tout ce qui est en train d’être préparé, les œuvres seront accueillies», a-t-il déclaré. Sur la capacité du Bénin à conserver les œuvres restituées, le professeur Nouréini Tidjani Serpos martèle qu’il n’y a aucun doute à se faire au regard des investissements consentis. Actualités 10 nov. 2021


Dr Aliou Djialiri au sujet de l’Intelligence artificielle : « Les pays qui louperont le coche de cette révolution auront tort »
Tout le monde en parle et toutes les entreprises veulent être au rendez-vous de la quatrième révolution industrielle : l’Intelligence artificielle (Ia). Celle-ci couvre tous les secteurs d’activités et demeure un processus qui permet de booster les capacités de production à travers, entre autres, l’automatisation des tâches excessivement complexes ou répétitives. Dr Aliou Djialiri, médecin et acteur de l’Ia, revient ici sur l’importance et les enjeux de cette discipline pour le développement.
La Nation : De nos jours on parle de plus en plus de l'Intelligence artificielle (Ia). Qu'est-ce que c'est, et à quoi cela sert concrètement ?
Dr Aliou Djialiri : L'intelligence artificielle (Ia) est un processus d'imitation de l'intelligence humaine qui repose sur la création et l'application d'algorithmes exécutés dans un environnement informatique dynamique. En termes clairs, c’est la discipline qui regroupe l'ensemble des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables d'imiter l'intelligence humaine. Le but de cette discipline, c’est d’abord l’augmentation de la capacité de production de l’homme et ensuite l’amélioration du confort et de l’environnement de ce dernier.
Quels sont les champs d'application de l'Ia, ses branches ou ses métiers ?
L'intelligence artificielle est une discipline transversale qui peut s’appliquer à tous les domaines et à tous les secteurs d’activités :
l’agriculture, la médecine, la mécanique, les finances, la communication, l’armée, la littérature, etc. Les branches de l’Ia sont, entre autres, le Machine leraning, le Deep learning, la Robotique, la Domotique, l’Electronique embarquée. Je ne voudrais pas prendre le risque de me mettre à dresser une liste des métiers de l’intelligence artificielle parce que c’est une discipline qui est en pleine évolution et dont personne ne saisit encore exactement les contours. Il y a quelques années, l’on se limitait aux data analysts, data scientists, data architects, concepteurs de robots intelligents et autres mais aujourd’hui, les métiers de l’Ia vont au-delà de ça puisque ce ne sont là que des métiers liés au volet technique de la discipline. Il y a bien d’autres dimensions qu’il est désormais important, voire nécessaire de prendre en compte. On parle aujourd’hui d’analyste financier en Ia, de juriste en Ia, et que sais-je encore ? En réalité, il faut le concours de tous ces spécialistes pour la réussite d’un projet Ia.
En quoi l'Ia constitue une opportunité pour les pays en voie de développement comme le Bénin ?
L’avènement de l’Intelligence artificielle est ce qu’on peut considérer aujourd’hui comme la quatrième révolution industrielle. Elle s’annonce plus foudroyante que toutes les trois autres réunies. Tous les pays qui, aujourd’hui, vont louper le coche de cette révolution, auront tort demain. Car, ils auront raté la dernière chance pour le développement. La bonne nouvelle est que contrairement aux précédentes, cette révolution est à la portée de tous les pays, étant donné qu’elle est basée essentiellement sur l’exploitation des données. Que vous soyez au Bénin, en Chine ou aux Etats-Unis, vous avez la possibilité de mieux vous découvrir, d’améliorer votre quotidien et d’accroître vos capacités de production… tout cela à partir de l’analyse des données qui vous sont propres. En partant du même principe, nous pouvons penser et concevoir des produits de l’Intelligence artificielle adaptés à nos propres réalités et à nos besoins qui, faut-il le rappeler, ne sont pas ceux des autres. Tous les pays peuvent tirer parti des opportunités que présente l’Ia. Grâce à elle, on peut développer des applications pour accroître le rendement des cultures agricoles ou assurer leur commercialisation. Ce sont autant de choses qui pourraient nous permettre de confirmer notre indépendance et de rattraper notre retard en matière de développement, comme il existe déjà des systèmes de tutorat alimentés par l’Intelligence artificielle qui aident de jeunes étudiants à rattraper des cours dans plusieurs pays africains.
Certains estiment que l'Ia vient mettre fin à certains métiers, et par conséquent entraînera des milliers de chômeurs. Êtes-vous du même avis ?
L’Intelligence artificielle est une science qui draine dans son sillage des enjeux économiques et sécuritaires importants. Il y a généralement deux inquiétudes que soulève l’avènement de cette science : le risque de la destruction de l’espèce humaine et celui de la destruction des emplois. C’est pour éviter le premier risque que l’Ia n’est pas et ne doit pas être l’affaire uniquement des mathématiciens, des informaticiens, des data scientists et autres techniciens. Pour la seconde inquiétude, il est clair que l’Intelligence artificielle va supprimer certains types d’emplois mais dans le même temps, en créera d’autres.
On entend dire que les programmeurs et informaticiens vont disparaître
Dans le cas des programmeurs et informaticiens, l’Ia  ne vient pas mettre fin à leur règne. Au contraire, elle va renforcer peut-être davantage leur présence parce que la programmation et l’informatique sont dans une certaine mesure les bases de l’Ia. En définitive, ce que l’Ia fera, c’est tout au plus, changer le paysage des emplois en remplaçant des anciens métiers par des nouveaux. Une étude réalisée par le cabinet britannique Pwc estime, par exemple, à 7 millions le nombre de jobs que va faire disparaître l’Ia, dans l’espace Union européenne, à l’horizon 2030 et à 7,2 millions le nombre de nouveaux emplois qui seront créés dans la même zone. Il faut déjà que les jeunes sachent orienter leurs études en tenant compte des nouveaux paradigmes du marché de l’emploi modelé par cette science qu’est l’Intelligence artificielle.
Sous d'autres cieux, l'Ia fait partie du programme scolaire national. Le Bénin a-t-il les atouts et moyens nécessaires pour vraiment promouvoir l'Ia dans les écoles ? Si oui, citez-nous quelques-uns de ces atouts et moyens 
La définition du contenu des programmes scolaires est une question de politique. Il en est de même pour l’introduction de  l’Ia dans l’enseignement. Si l’Etat béninois a la volonté d’insérer l’enseignement de l’intelligence artificielle dans le programme scolaire national, il y arrivera. Et on sent que le gouvernement du président Patrice Talon est animé par cette volonté. L’initiative du programme Learn en est l’expression manifeste. Quant aux moyens, il existe sans doute des centaines d'ingénieurs, de techniciens en informatique et des titulaires de licence en mathématiques formés dans les différentes universités publiques comme privées. Certes, ils ne sont déjà pas tous spécialisés en Ia, mais ils ont déjà les bases en mathématiques et en programmation. Il faut les solliciter et les soumettre à un programme intensif de formation en Ia. Cette formation des formateurs pourra donc donner les ressources humaines nécessaires  (professeurs d'Ia des lycées et collèges) pour le programme scolaire. C’est le plus important : la disponibilité des ressources humaines. Le reste (matériels et connexion internet, notamment) suivra. La société civile a également un rôle important à jouer en matière d’incitation et d’accompagnement de l’Etat. L’organisation, courant juillet-août 2021 dernier, de la première édition de l’Ecole d’été sur l’intelligence artificielle (Eeia) par la Fondation Vallet et l’Ong Bénin Excellence s’inscrit dans cette logique.
Il ne suffit pas d'intégrer l'Ia dans le programme scolaire pour que le rêve soit réalisé. Selon vous, quelle stratégie le Bénin pourrait-il mettre en place pour aiguiser l'appétit de ses apprenants afin qu'ils deviennent des indomptables en Ia, ce qui permettra au pays de faire partie des meilleurs en Afrique dans le domaine d'ici quelques années ?
L’Etat, ce sont des hommes, des techniciens et des spécialistes de toutes sortes de questions et donc de l’Ia aussi. L’Etat béninois envisage certainement  l’élaboration de sa propre stratégie Ia avec le ministère du Numérique et certains acteurs de la société civile. Nous pouvons faire des propositions qui pourraient inspirer en temps opportun. Il faut déjà que le gouvernement continue sur la lancée de la digitalisation du pays. Ensuite, il faut créer un environnement économique et juridique favorable aux start-up intervenant dans des projets d’application liés à l’Ia. Créer les conditions favorables à leur développement (réduction des taxes, exonération partielle ou complète des impôts sur les achats d’équipements et de matériels). Créer ou encourager la création des incubateurs de start-ups. Cela permettra de mettre en synergie les ressources. Pour passer à une dimension plus importante, il faudra faire la promotion des métiers du numérique et de l’Ia en leur réservant une place de choix au cours des recrutements.
Education 10 nov. 2021


Entretien avec Dr Emery Patrick Effiboley, historien de l’art : « C’est un grand événement historique »
Après près de 130 ans, les trésors royaux retournent au Bénin, leur terre d’origine. Dans cet entretien, Dr Emery Patrick Effiboley, historien de l’art, muséologue et chef du département d’histoire à l’Université d’Abomey-Calavi, évoque la nature des objets, le contexte de leur enlèvement, les démarches politiques et administratives ayant conduit à leur restitution et comment les valoriser au mieux. La Nation : Le Bénin rapatrie ce jour des objets royaux. De quoi s’agit-il concrètement ? Dr Emery Patrick Effiboley : Ce sont 26 objets royaux, notamment des trônes, des statues zoo-anthropomorphes, des récades et autres partis du Bénin le 13 novembre 1893. Soit quelques jours après la chute du royaume de Danxomè. Ils sont partis comme trésors royaux et ils reviennent come patrimoine de la République du Bénin. Ces objets font partie du patrimoine culturel et artistique d’Abomey et de toute la République du Bénin. D’ailleurs, il y a certains de ces objets qui ne reviennent peut-être pas aujourd’hui mais dont les gens à Abomey ont oublié la technique de fabrication. Faire revenir ces objets, c’est permettre de réintroduire dans les pratiques contemporaines des savoirs artistiques du Bénin qui ont été perdus. Dans quel contexte ces objets royaux qui appartiennent pourtant au Bénin avaient été emportés ? A la chute du royaume du Danxomè, quand Béhanzin s’était rendu à Dodds, il n’était plus propriétaire de son royaume. Le corps expéditionnaire a pris d’assaut tout ce qu’il y avait dans le palais royal. Il y a même le chercheur Marlène Biton qui a raconté comment cela s’était passé. Ils étaient rentrés dans le palais et chacun avait ramassé ce qu’il pouvait. Et c’est le colonel Dodds qui a reçu son titre de général à la faveur de l’exploit contre le royaume du Danxomè, qui a retourné au Trocadéro le butin de guerre. Puisque dans les pratiques de guerre, lorsqu’on vous envoie, vous devez donner la preuve que votre mission est concluante. Le colonel Dodds a rendu donc ces objets. Mais certains des militaires du corps expéditionnaire ont gardé des objets dans leurs maisons. Des objets dont leurs héritiers ne se servent pas. En dehors de la France, des biens royaux béninois se retrouvent-ils dans d’autres pays ? En dehors de la France, il y a des objets béninois ailleurs. Le partage de l’Afrique, tel qu’il a été fait au 18e siècle, c’était de scinder toutes les continuités culturelles qu’il y avait. C’est le cas par exemple de ceux qu’on appelle les Mina au Bénin et Ewé au Togo. Ils ont cassé les continuités culturelles. Ce qui faisait que chacun d’eux prenait ce qu’il retrouvait dans la partie qui lui est revenue comme territoire. Ce qui fait qu’en Grande-Bretagne, on peut bien retrouver des objets qui sont yoruba et qui appartiennent à la nation historique yoruba. Après cette séquence historique, vers la fin du 19e siècle, par exemple, on a retrouvé un très grand objet du Danxomè aux Etats-Unis d’Amérique. Donc il y a bel et bien des objets royaux du Danxomè un peu partout, au-delà de la France, en Allemagne, etc. Parlez-nous des démarches qui ont conduit à la restitution de ces oeuvres. Pour que les objets reviennent et que nous soyons en liesse comme nous le sommes aujourd’hui, il a fallu une longue démarche. Si nous parlons de restitution aujourd’hui, il faut rendre hommage à l’ancien ministre Roger Ahoyo qui est un petit-fils du roi Béhanzin de par sa mère. C’est lui qui, pendant de longues années, a travaillé pour réunir la documentation pour préparer minutieusement ce processus. Quand il a réuni la documentation, il a travaillé avec le Conseil des représentations africaines noires de France (Cran) dont le président était Patrick Lozès qui est Béninois. Puis quand Patrick Lozès a passé le témoin à Louis-Georges Tin, il était au Bénin l’année dernière pour faire encore bouger les choses. Après cette dimension Société civile du projet de restitution qui a duré plusieurs années, il y a eu la circonstance favorable de l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon. A son accession au pouvoir, le projet a été introduit au ministre des Affaires étrangères Aurélien Agbénonci qui y a été très sensible. Dès qu’il en a compris les tenants et les aboutissants, il l’a porté au gouvernement qui l’a missionné pour faire une lettre à son homologue français Jean-Marc Ayrault le 26 août 2016. En décembre 2016, la France a donné une fin de non-recevoir à cette demande estimant que ces biens sont rentrés dans le patrimoine culturel français et sont frappés du sceau de l’inaliénabilité. Donc qu’il n’était pas possible que la France rétrocède les biens qui n’étaient pas les siens mais qui le sont devenus par la force de l’histoire. On en était là quand Emmanuel Macron a été élu président de la République française. Rappelez-vous qu’il est jeune, donc sa relation avec la colonisation, avec l’histoire est différente. L’autre avantage, c’est que Macron a été élève de l’Ecole nationale d’administration de France. Et dans ce cadre, il avait fait son stage au Nigeria. En ce moment, il venait souvent au Bénin en tant que jeune étudiant et parcourait entre autres les musées. Tous ces faits vécus lors de ses passages l’ont sensibilisé à considérer la démarche faite par la République du Bénin. Il a donc pris la décision d’agir. Le point fort de cette décision, c’est le discours mémorable qu’il a fait à Ouagadougou au Burkina Faso où il disait trouver indécent que le patrimoine africain se retrouve ailleurs qu’en Afrique et qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour que les filles et fils africains puissent avoir accès au patrimoine de leur continent. Evidemment, cette déclaration n’a pas été appréciée par l’élite culturelle française et européenne. Il a alors commis deux universitaires que sont Felwine Sarr et Bénédicte Savoy pour lui faire le rapport sur les biens culturels africains en France. Après un an de travail, ces deux universitaires ont déposé leur rapport en novembre 2018. Rapport dans lequel ils ont expliqué les circonstances dans lesquelles les objets étaient partis et proposaient qu’on rende un certain nombre de pièces au Bénin qui en a fait la demande. C’est à la suite de cette recommandation qu’il a été décidé de rendre 26 œuvres au Bénin. Mais puisque les biens étaient frappés du sceau de l’inaliénabilité, il fallait que le gouvernement français puisse avoir l’autorisation de l’Assemblée nationale et du Sénat français pour cette extraction de ces biens du patrimoine français. C’est après cette gymnastique légale et administrative qu’une loi a été votée et prend en compte les 26 œuvres du Bénin et le sabre d’El hadj Omar pour le Sénégal. La loi a été votée avec des conditions telles que le Bénin devrait faire dans les douze mois qui suivent tout ce qui était en son possible du point de vue des infrastructures et du contexte juridique afin que les conditions soient réunies pour qu’on lui rende les biens culturels. Le Bénin ayant déjà mis en place un comité de coopération muséale sous la présidence du professeur Nouréini Serpos, a travaillé également à réfléchir aux conditions objectives pour que les objets puissent revenir. Il a fallu regarder l’arsenal juridique, voir si le Bénin a signé toutes les conventions de l’Unesco, créer les cadres dans lesquels doivent être exposés les objets selon les standards internationaux, etc. Puisque le président Patrice Talon avait dit, à l’entame de son mandat, qu’il veut faire du tourisme un axe fort de sa politique de développement, il a lancé le projet de construction de plusieurs musées dont le musée de l’épopée des rois d’Abomey. Mais, ce dernier n’est pas encore construit. Il a fallu pour le moment restaurer le Fort portugais de Ouidah qui va accueillir les objets après la cérémonie qui se déroulera au palais de la présidence. Les objets resteront au Fort portugais deux ou trois ans, le temps que le musée d’Abomey soit réalisé. Voilà le parcours qui a conduit à la restitution qui nous plonge dans une liesse populaire aujourd’hui. Effectivement, nous avons raison d’être contents car c’est un grand événement historique. Les œuvres sont là. Comment les valoriser au mieux ? Les œuvres qui reviennent vont compléter l’existant. En dehors du tourisme qui sera favorisé, il y a une dimension pédagogique. Ces œuvres d’art sont originellement de Danxomè. Mais Danxomè en tant qu’entité politique n’existe plus. La République du Bénin est donc héritière des entités politiques comme celles des royaumes de Danxomè, Kétou, Nikki, etc. Elle a donc l’obligation de faire perpétuer ces biens culturels. C’est pourquoi le Bénin, à travers le président de la République, a pris le devant pour faire revenir ces biens. Puisqu’ils sont là, nous avons l’obligation de faire en sorte que ce patrimoine soit partagé. Pas seulement pour les touristes. Mais il faut qu’on puisse transmettre ce patrimoine à tous les jeunes béninois pour qu’ils se sentent propriétaires de ces biens. C’est d’ailleurs à juste titre que ces objets vont passer par le palais de la République pour une cérémonie symbolique de nationalisation. Une manière de faire en sorte que tous les Béninois se sentent concernés et se sentent propriétaires de ces biens culturels. Après cette formalité festive, il faudrait dans les programmes pédagogiques construire des supports pour introduire ces objets d’art afin que les jeunes puissent se les approprier. C’est là le véritable défi. Il s’agit de faire en sorte que l’importance de ces œuvres soit partagée et enseignée dans nos écoles et universités. Quand on l’aurait fait, on se serait assuré de la pérennité de ces biens culturels. Actualités 10 nov. 2021


Allocution du président Patrice Talon à l'occasion de la restitution des 26 œuvres : « Désormais, l'espoir est permis... »
Monsieur le président, Merci.
Merci à vous personnellement.
Merci au Parlement et au peuple français, pour ce geste combien symbolique et inespéré, avec toute sa charge d’émotions et de polémiques.
Par ma voix, c’est le peuple béninois tout entier qui vous exprime sa gratitude et ses
félicitations pour votre clairvoyance et votre courage qui ont permis de franchir le cap du tabou de la restitution.
Bravo, bravo Monsieur le président !
Mais, Monsieur le président, cher Président, convenez avec moi, que la restitution de vingt-six (26) œuvres que nous consacrons aujourd’hui, n’est qu’une étape dans le processus ambitieux d’équité et de restitution des patrimoines mémoriels, extorqués jadis aux royaumes du territoire du Bénin, par la France.
Monsieur le président,
Il est regrettable que cet acte de restitution, si pourtant appréciable, ne soit pas de portée à nous donner entièrement satisfaction.
En effet, comment voulez-vous, qu’à mon départ d’ici avec les 26 œuvres, mon enthousiasme soit total pendant que le dieu Gou, œuvre emblématique représentant le dieu des métaux et de la forge, la tablette du fâ, œuvre mythique de divination du célèbre devin Guèdègbé, et beaucoup d’autres, continuent d’être retenus ici en France, au grand dam de leurs ayants droit ?
Mais, est-ce que désormais l’espoir n’est pas permis ?
Si, Monsieur le président.
L’espoir de leur retour au pays, eux aussi, ces œuvres que je viens de citer, et les autres, l’espoir de leur retour au pays est désormais permis grâce à vous. C’est extraordinaire.
Pourquoi n’allons-nous pas nous congratuler franchement pour ce tout premier épisode, en attendant de nous retrouver à nouveau bientôt, sur ce même écran, pour la suite ? Je n’ai pas de doute.
Vous savez, l’émotion qui m’étreint ce matin est dévastatrice parce que j’ai espéré, j’ai désespéré, je me suis accroché et j’ai prié tous les dieux, tous nos ancêtres pour que vous soyez bien inspiré et ils l’ont fait. Vous aurez, monsieur le président, le retour. Vous le verrez bientôt, vous-même. Et la France aura toute la grâce qu’elle mérite par cet acte si élogieux qui permet à ces œuvres, si je ne voudrais pas utiliser le mot « symboliques» simplement, parce que les mots qu’elles m’inspirent, vous ne les comprendrez pas. Tout à l’heure j’ai entendu le maître de cérémonie dire les biens culturels du royaume d’Abomey, mais c’est beaucoup plus que ça, c’est notre âme, Monsieur le président.
Je voudrais donc par ce remerciement vous dire combien ce qui, pour nous, relève de notre patrimoine génétique profond, combien le fait de leur permettre de retourner chez eux, parmi les leurs, pour notre bien, pour notre tranquillité, pour notre sérénité désormais, combien ces patrimoines seront de toute grâce pour vous, pour la France. Parce que j’ai l’assurance que ça ne va pas s’arrêter là. J’ai l’assurance que très bientôt, puisque vous avez instruit les travaux législatifs pour définir un cadre plus général de restitution, j’ai donc l’assurance que par ce fait là, le reste connaîtra le même sort que les 26 œuvres que j’emporte avec moi.
A Cotonou demain à leur arrivée, elles seront célébrées, mais vous aussi. La France sera célébrée aussi parce que nous n’avons plus de doute que la suite viendra.
Merci.
Actualités 10 nov. 2021


Djibouti # Algérie : Un quatuor béninois au sifflet
L'arbitrage béninois sera à l'honneur au Caire lors du match Djibouti-Algérie comptant pour la 5e journée des éliminatoires de la Coupe du Monde 2022. L'arbitre Louis Houngnandandé est désigné par l'instance faîtière  pour officier le match entre Djibouti et Algérie, vendredi 12 novembre dernier, au stade international du Caire. Il sera assisté par ses compatriotes Éric Ayimavo, premier assistant, Narcisse Kouton, deuxième assistant et Mouhamed Issa, arbitre de réserve.     Sports 09 nov. 2021


Prise en charge des malades mentaux : l’Etat béninois soutient la cause
L’expérience de l’association Saint Camille de Lellis semble faire des émules. Depuis 2019, l’Etat béninois, à travers ses structures compétentes, organise dans certaines grandes villes du pays, la recherche et la prise en charge des malades mentaux errants. De 2004 à ce jour, plusieurs autorités de la République se sont rendues dans les centres d’accueil des malades mentaux de l’association Saint Camille pour s’imprégner du travail qui s’y fait et encourager les divers acteurs qui y interviennent. Ces centres qui ne vivent que de dons ne rechigneraient pas à recevoir une aide de l’Etat. A en croire le directeur du centre d’Avrankou, Innocent Amadji, les factures d’électricité des centres sont payées par l’Etat. Pour la prise en charge des malades, le centre d’Avrankou reçoit chaque année de l’hôpital de zone, un don de vivres et de matériels de soins. Par ailleurs, l’association a signé avec l’Etat béninois, un accord de siège qui lui permet de bénéficier de certaines exonérations. Depuis 2019, c’est un nouveau type de relation qui lie les centres Saint Camille à l’Etat béninois qui a entrepris de libérer les grandes villes du pays des malades mentaux errants. Dans le cadre de cette oprération, le ministère des Affaires sociales et de la Microfinance, à travers le Fonds d'appui à la solidarité nationale, a noué un partenariat avec plusieurs centres de traitement dont l'association Saint Camille de Lellis avec ses centres de Tokan, Avrankou, Bohicon et Djougou. Au titre de ce partenariat, les centres de traitement de l’association ont reçu et soigné en 2020, 53 malades contre 105 l’année précédente, au dire du promoteur Grégoire Ahongbonon. Des explications d'Alphonse Sogadji, directeur général du Fonds d’appui à la solidarité nationale, il ressort que « l’opération prise en charge des malades mentaux errants dans les villes a pour objectif principal de restaurer la dignité humaine des personnes atteintes de troubles psychiatriques, abandonnées par leur famille et la société ». Il s’agit d’une activité exécutée en synergie avec les forces de sécurité publique, les sapeurs-pompiers, les mairies, les préfectures et les centres de promotion sociale. Elle a permis d’offrir un traitement à ces malades et de travailler à leur réinsertion en famille ou sur le plan socioprofessionnel après leur stabilisation. « La durée du traitement est normalement de trois mois et le financement est assuré par le Fonds d'appui à la Solidarité nationale », précise Alphonse Sogadji. Au-delà du problème de santé, cette opération contribue à régler d’autres problèmes étant donné que l'errance des malades mentaux est, selon lui, une source d'insécurité et donne une image négative des villes en pleine urbanisation. « L'objectif final, c'est d'avoir zéro malade mental dans les grandes villes tout au moins. Nous y parviendrons dans la durée », rassure-t-il. Société 09 nov. 2021


Prise en charge des malades mentaux : la réinsertion comme thérapie
Il n’est pas rare de voir déambuler dans les rues des villes et campagnes du Bénin, des personnes souffrant de troubles mentaux, cherchant leur pitance sur des tas d’immondices. On les reconnait assez facilement, parfois nus, sales, parlant souvent seuls et faisant des choses jugées anormales. Généralement ignorés par les passants, certains malades mentaux sont récupérés par des associations pour être pris en charge. Au centre de réinsertion professionnelle d’Avrankou, à sept kilomètres de Porto-Novo, il est onze heures ce mercredi du mois d’octobre. Dans la section boulangerie, tout se met en place pour démarrer le pétrissage. Quelques dizaines de pains sucrés sortis du four tôt le matin trônent encore dans des bacs et paniers en attendant les derniers clients. De l’autre côté, les tisserands et couturiers aussi sont affairés. Tous les pensionnaires de ce centre sont des anciens malades mentaux qui ont retrouvé la joie de vivre grâce à l’association Saint Camille de Lellis. Premier centre de l’association Saint Camille de Lellis au Bénin, le centre d’Avrankou accueille depuis 2004, des centaines de malades mentaux et des personnes en détresse de tous horizons. Cette organisation s’est illustrée dans la zone par la recherche active de malades mentaux errants qui sont pris en charge dans le centre. A ce jour, l’association compte au Bénin quatre centres de traitement des malades mentaux à Avrankou, Bohicon, Djougou et Tokan. Dans lesdits centres, explique Innocent Amadji, directeur du centre d’Avrankou, le patient qui vient à la consultation repart avec un lot de médicaments pour un mois et paie s'il le peut, 2 000 francs Cfa comme frais de participation. Si c’est un cas à interner, le malade paye 5 000 francs Cfa pour toute la durée de son séjour dans le centre. Au-delà des soins médicaux dont bénéficient ces malades, issus pour la plupart de milieux défavorisés, ils sont nourris, logés et habillés durant leur séjour dans le centre et tout ceci, gratuitement, étant donné que beaucoup ont perdu les repères et sont souvent incapables de donner une quelconque indication sur leur famille ou milieu de provenance. Cette approche vise à redonner aux malades, leur dignité et pour y parvenir, l’association a mis en place un système assez innovant : permettre aux malades rétablis de se faire former au besoin, d’exercer un métier et s’occuper de leurs semblables. Des anciens malades à la manœuvre Une des particularités des centres Saint-Camille est que le personnel est constitué majoritairement de malades mentaux rétablis. A Avrankou, trois quarts du personnel est constitué d’anciens malades rétablis. A Tokan, confie le promoteur Grégoire Ahongbonon, « tous les infirmiers sont des anciens malades rétablis qui ont été formés pour s’occuper de leurs frères. Actuellement, sept personnes sont en formation à l’école d’infirmier au Burkina Faso et reviendront pour servir dans nos centres. C’est une main d’œuvre très importante à ne pas négliger». Innocent Amadji explique que les traitements et soins sont prodigués aux malades sous la supervision de médecins psychiatres expatriés saisonniers. Une fois rétablis, la majorité des malades réussit à se faire réinsérer en famille, d’autres n’y arrivent pas. Certains sont victimes de stigmatisation et de discrimination parfois au sein de leur propre famille. Rejetés ou dans l’incapacité de poursuivre les traitements, faute de soutien, ils renouent avec la maladie et se retrouvent à nouveau internés dans le centre. Face à cette difficulté, l’association offre à ceux qui le désirent, l’opportunité de se faire former et de travailler. Cette approche constitue, selon les bénéficiaires, la vraie thérapie qui leur permet d’avoir une vie tout à fait normale. A en croire Innocent Amadji, les formations octroyées aux malades rétablis se font dans divers centres : au centre Songhaï à Porto-Novo pour l’élevage, chez des maîtres artisans pour la soudure, la couture, le tissage et le travail du batik. Certaines de ces formations sont sanctionnées par le certificat de qualification professionnelle (CQP) qui est un examen organisé par l’Etat béninois. Pour ce qui concerne la boulangerie et le maraichage, ils ont été formés sur place par des professionnels. Pour la responsable du centre de réinsertion d’Avrankou, Léocadie Aïzonnou, tout semble aller pour le mieux. Par contre, l’avènement de la Covid-19 a quelque peu plombé les activités de tissage, de couture et de production de tissu batik : « nos clients sont constitués en majorité des visiteurs étrangers mais à cause de cette maladie, nous ne recevons plus beaucoup d’étrangers ». Des résultats édifiants En dehors des centres de traitement et des centres de réinsertion professionnelle des malades mentaux, l’association a mis en place 27 centres-relais. Ce sont des annexes des centres d’accueil où sont déposés des médicaments pour les malades déjà réinsérés en famille afin de réduire l’obstacle que constitue la distance. Dans ces centres opèrent des religieuses infirmières formées par l’association, qui assurent les services de soins et de distribution de médicaments. Le rapport 2020 de l’association renseigne à suffisance sur les activités menées en matière de prise en charge des malades mentaux au cours de cette année spéciale du fait de la Covid-19. Au total : 65 037 consultations ont été effectuées dont 4455 nouveaux cas ; 1 046 cas de rechute ont été enregistrés ; 83 malades ont été récupérés dans la rue ; 261 amenés par les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre ; 53 amenés par le ministère des Affaires sociales et de la Microfinance ; 5455 malades ont été internés ; 4352 sont sortis (4124 réinsérés en famille ; 52 dans les centres de réinsertion de l’association ; 176 cas de décès et évasions). « J’ai retrouvé une vie normale » (Témoignage de Raymond, chef boulanger) « J’ai été amené menotté dans le centre de traitement des malades mentaux d’Avrankou en 2007 par la gendarmerie. J’avais souffert de problèmes mentaux en 2004 et j’ai été soigné à Cotonou mais suite à une rechute, j’ai été amené dans le centre d’Avrankou. Au bout de quatre semaines de traitement, je me suis retrouvé. Le fondateur m’a demandé ce que j’ai appris comme métier et quand j’ai dit que je suis boulanger, il m’a demandé si je pouvais faire ce travail ici j’ai dit oui. J’ai constaté que dans le centre, les malades rétablis s’occupaient des nouveaux arrivants, j’ai décidé moi aussi d’aider le centre à former ceux qui veulent apprendre le métier de boulanger. Depuis 2007 à ce jour, j’ai déjà formé quatre boulangers qui travaillent dans d’autres centres de réinsertion de l’association et qui sont payés comme moi. Je suis arrivé ici célibataire, aujourd’hui, je suis marié et j’ai cinq enfants. Depuis que je suis là, je n’ai plus eu de rechute et je continue de suivre mon traitement. J’ai retrouvé une vie normale. On commence le travail à onze heures par le pétrissage de la pâte. Après 12 heures de temps, on passe à la cuisson vers 3 heures du matin et déjà à quatre heures, les dames qui sont nos clientes sont là pour prendre le pain. Je remercie le Tout-Puissant et ensuite celui qui a eu l’idée de créer ce centre car nous les malades mentaux, nous sommes des laissés-pour-compte, nous sommes ignorés alors qu’il suffit de nous soigner et quand nous sommes rétablis, nous pouvons travailler comme tout le monde. Alors, je demande à tous les malades mentaux qui ont recouvré leur santé de travailler car le travail libère l’homme. Je prie beaucoup pour le fondateur afin qu’il nous aide davantage. Les gens pensent que les malades mentaux n’ont plus d’espoir. Non; si on aide celui qui a recouvré sa santé, il va travailler ». Société 09 nov. 2021


7e revue annuelle des réformes et programmes de l’Uemoa : les efforts d’intégration du Bénin évalués
Experts du Bénin et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine procèdent à l’évaluation de la mise en œuvre des réformes et projets communautaires au Bénin. C’est dans le cadre de l’édition 2021 de la revue annuelle des réformes politiques, programmes et projets de l’Uemoa, ouverte hier lundi 8 novembre à Cotonou. Le Bénin accorde un grand intérêt à l’intégration régionale et cela passe par la prise en compte et la mise en œuvre des actes et programmes communautaires. La 7e revue annuelle des réformes politiques, programmes et projets de l’Union économique et monétaire ouest africaine en cours, va justement permettre d’évaluer les efforts d’intégration du Bénin. Les travaux se déroulent du 8 au 10 novembre avec une phase technique consacrée à l’évaluation de la mise en œuvre effective de 116 textes réglementaires ainsi que de huit projets communautaires pour un montant de près de 34 milliards de francs Cfa. A en croire Yawovi Batchassi, représentant résident de l’Uemoa au Bénin, il s’agira d’échanger sur la base de la grille de pondération retenue de commun accord afin de mettre en lumière les progrès faits par le Bénin dans la mise en œuvre des réformes politiques, programmes et projets communautaires. « Il est question de faire ensemble le point de la mise en œuvre des directives et programmes », a-t-il déclaré. Les experts du Bénin vont dans ce cadre, fournir à leurs homologues de l’Uemoa les éléments permettant de traduire et de certifier la transposition au plan national, des actes et directives de l’Union. A l’ouverture des travaux, Yawovi Batchassi a également exprimé la reconnaissance de l’Union aux autorités béninoises qui donnent la preuve de leur engagement et de leur adhésion. Un engagement réaffirmé par Hermann Takou, directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des Finances. Il précise d’ailleurs que cette revue est d’une grande importance pour le Bénin qui reste très attaché à l’intégration régionale. Hermann Takou a alors invité les experts à une prise en compte effective des progrès réalisés par le Bénin, pour une notation transparente. Au cours de ces assises, les participants vont évaluer la mise en œuvre au Bénin des réformes, programmes et projets communautaires en 2021 notamment au niveau de la gouvernance économique et de la convergence dans les domaines de la passation des marchés, de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ; au niveau des marchés communs notamment dans les domaines de la fiscalité intérieure, de l’union douanière… Ils se pencheront aussi sur le point d’avancement des programmes et projets dans les domaines de l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’environnement, l’eau, l’énergie, l’artisanat, le tourisme, l’industrie, les télécommunications, l’aménagement du territoire communautaire… Comme il est de coutume en de pareilles circonstances, les participants vont conclure leurs travaux par l’adoption et la signature d’un mémorandum. La revue annuelle, faut-il le rappeler, a été instituée par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa en octobre 2013 pour favoriser et faciliter l’accélération de la mise en œuvre des réformes et programmes communautaires. Les résultats des six précédentes éditions ont suscité l’engouement des pays membres et attestent de la nécessité d’une telle initiative. Economie 09 nov. 2021


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