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Balayer la nuit : Une interdiction coutumière afro-caribéenne aux multiples significations

Société
Balayer la nuit Balayer la nuit

Dans un passé récent, et encore de nos jours, plusieurs superstitions continuent de se transmettre de bouche à oreille, notamment par les personnes âgées. Parmi elles, figure celle selon laquelle il ne faut pas balayer la nuit.

Par   Christelle DJOMAMOU (Coll.), le 28 sept. 2026 à 11h35 Durée 4 min.
#Balayer la nuit

Selon la croyance populaire, balayer après la tombée de la nuit attirerait la malchance et éloignerait les bénédictions de la maison. « Les ancêtres refusent que l’on balaie la nuit, car la terre elle-même est une divinité, Sakpata Aïhossou, qu’il convient de respecter», affirme Mme Agonhouanton, mère de famille et personne ressource rencontrée dans les rues de Bohicon. À l’en croire, balayer la nuit reviendrait à chasser sa chance et sa prospérité.

Le balai ne se contente pas d’enlever la poussière. Il emporterait aussi la prospérité, les bonnes nouvelles et même la protection des ancêtres.

 

Dans certaines régions, cette pratique est également associée aux esprits. Balayer après la tombée de la nuit risquerait de les réveiller ou de les irriter.

« La nuit est porteuse de mystère et de nombreux esprits y circulent », confie cette mère de famille. La légende veut que les humains vivent le jour, tandis que les esprits vivent la nuit. Tout comme nous nous consacrons à nos activités durant la journée, les esprits, eux, exerceraient les leurs une fois la nuit tombée.

Dans les villages, balayer la nuit peut aussi susciter des soupçons, comme si l’on cherchait à dissimuler des objets ou des pratiques douteuses, tels que des poudres mystiques ou des gris-gris liés à la sorcellerie.

Par ailleurs, dans certaines familles, le chef de ménage enterre de puissants gris-gris pour assurer la sécurité du foyer. Ces objets, appelés houelili, sont consacrés et sacralisés. Balayer la nuit pourrait en perturber le fonctionnement.

À l’ère moderne


Malgré la modernisation et l’influence des religions importées, ces pratiques demeurent vivaces, surtout dans les villages.

« Non, ce n’est pas une fausse croyance. On ne peut pas la négliger. Ce sont les traditions que nos ancêtres ont respectées et qui leur ont permis de perdurer sur cette terre », soutient Mme Agonhouanton. Selon elle, le non-respect de ces prescriptions serait à l’origine de nombreuses difficultés chez les jeunes. « Beaucoup se plaignent de ne pas trouver d’emploi ni de conjoint, alors qu’ils ne respectent pas la nature », déplore-t-elle. Elle invite ainsi chacun à honorer l’ordre du divin et à ne pas banaliser ce qui est interdit.

« Ce sont parfois des gestes qui paraissent insignifiants, mais qui nous bloquent souvent dans la vie », conclut-elle, appelant à davantage de respect des interdits et des traditions.