La Nation Bénin...
Comment mieux accompagner les
entrepreneurs si les structures chargées de les soutenir peinent elles-mêmes à
se professionnaliser, à se spécialiser ou à collaborer efficacement ? C’est
autour de cette question de fond que quinze Structures d’Accompagnement à
l’Entrepreneuriat (SAE) venues de plusieurs départements du Bénin se sont
retrouvées dans le cadre de BoostSAE, un programme de renforcement des
capacités et d’accompagnement institutionnel axé sur la performance, porté par
le projet IYBA-SEED, financé par l’Union européenne et mis en œuvre au Bénin
par SNV et Expertise France.
L’entrepreneuriat s’impose aujourd’hui
comme l’un des principaux leviers de développement économique et social au
Bénin. Chaque année, de nouveaux porteurs de projets, startups et Micro,
Petites et Moyennes Entreprises (MPME) émergent dans des secteurs variés et
contribuent à la création de richesse, d’emplois et d’opportunités à travers le
pays. Dans cette dynamique, les Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat
(SAE) jouent un rôle déterminant. Elles assurent la détection, la préparation
et l’encadrement des entrepreneurs en mettant à leur disposition des services
d’information, de formation, de mentorat, de coaching, de conseil et d’accès à
diverses ressources.
Cependant, alors même qu’elles sont
chargées d’accompagner la croissance des entreprises, de nombreuses SAE font
face à leurs propres défis. Faible structuration des offres de services,
insuffisante professionnalisation des accompagnements, manque d’orientation
vers le marché, modèles économiques fragiles, faible collaboration entre
acteurs et insuffisance des synergies figurent parmi les principales
difficultés rencontrées. Si certaines structures ont déjà obtenu le label OAE
(Organisation d’Appui à l’Entrepreneuriat) dans le cadre d’un processus
copiloté par l’ADPME et Sèmè City, et si d’autres ont été mobilisées dans
divers programmes d’appui aux MPME, plusieurs structures peinent encore à jouer
pleinement leur rôle dans l’écosystème entrepreneurial béninois.
C’est précisément pour répondre à ces
défis que le projet IYBA-SEED a lancé le présent programme baptisé «
BoostSAE - Plus loin ensemble. » L’initiative vise à renforcer les capacités
des Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat, à encourager leur
spécialisation, à améliorer leur positionnement sur le marché de
l’accompagnement entrepreneurial et à les préparer à l’obtention du label OAE
décerné par l’ADPME et Sèmè City. Au-delà du renforcement des compétences, le
programme ambitionne également de favoriser une saine émulation entre les
structures, d’encourager leur mise en réseau et de créer des cadres de
collaboration durables au service des entrepreneurs béninois.
Le bootcamp organisé récemment constitue
la première étape visible de ce parcours de transformation qui s’étendra sur
six mois. Structuré autour de deux bootcamps et d’un accompagnement
institutionnel de proximité, le programme poursuit plusieurs objectifs
spécifiques : renforcer les capacités organisationnelles, humaines et
méthodologiques des SAE ; structurer leurs offres de services au sein des
écosystèmes locaux et départementaux ; améliorer leur positionnement et leur
spécialisation afin de renforcer leur viabilité économique ; favoriser la
collaboration entre structures ; et offrir un appui institutionnel progressif,
technique, matériel ou financier, fondé sur l’atteinte d’objectifs de
performance.
Cette initiative trouve sa justification
dans les conclusions d’une cartographie de l’écosystème entrepreneurial
réalisée dans le cadre du projet. « Les analyses ont montré que les SAE, qui
sont chargées de fournir des services d’appui à l’entrepreneuriat, ont
elles-mêmes besoin d’être soutenues et renforcées, que ce soit au niveau micro,
méso ou macro, notamment sur les standards de qualité, la professionnalisation
et les synergies entre acteurs », explique Tchegoun Koba, Conseiller Global en
Employabilité et Entrepreneuriat des Jeunes à SNV. Pour lui, la territorialité
constitue également un levier essentiel pour renforcer l’impact des structures
d’accompagnement à travers le pays.
C’est dans cette logique qu’a été constituée une cohorte représentative de la diversité de l’écosystème entrepreneurial béninois. Selon Yves Aïkpe, Chargé de Suivi-Evaluation du projet IYBA-SEED, les structures sélectionnées sont présentes dans les départements du Borgou, de l’Atacora, du Zou, du Mono, de l’Atlantique et du Littoral. Elles interviennent dans des domaines aussi variés que l’incubation, l’accélération, le mentorat, le coaching, la formation, l’accès au financement, la digitalisation, le conseil en gestion, le suivi-évaluation, l’employabilité et l’innovation. Leurs secteurs d’intervention couvrent l’agriculture, l’agroalimentaire, le numérique, l’intelligence artificielle, l’économie sociale et solidaire, la finance, le commerce, l’environnement et le climat. « Cette diversité favorise la complémentarité des expertises, les synergies entre acteurs et une meilleure réponse aux besoins des entrepreneurs accompagnés à travers le pays », souligne-t-il.
Mais avant même d’aborder les contenus techniques, les organisateurs sous le leadership de Monsieur Olivier Noukpokinnou, Coordonnateur du Projet IYBA-SEED au Bénin, ont souhaité créer les conditions propices à la réussite du programme. Une première phase d’accueil, d’intégration et de socialisation a ainsi permis aux participants d’apprendre à se connaître, de partager leurs expériences et de créer un climat de confiance. « L’accueil a été excellent et a permis de créer une très bonne ambiance entre nous », témoigne Fulgence Elegbede. Un sentiment partagé par Andrée Akobe : « Nous accompagnons les entrepreneurs au quotidien, mais qui nous accompagne, nous ? Ce programme nous donne aussi l’occasion d’être écoutés, soutenus et renforcés. » Pour Franck Gnacadja, cette dynamique constitue déjà un acquis important : « Nous souhaitons améliorer notre offre afin de la rendre plus adaptée aux besoins de ceux que nous accompagnons. J’entrevois cette aventure comme une expérience particulièrement enrichissante. »
Au cours de ce bootcamp de kick-off, les travaux ont permis de mener une réflexion approfondie sur l'écosystème entrepreneurial béninois et le positionnement stratégique des SAE. Les participants ont analysé les parcours d’accompagnement existants, les complémentarités entre acteurs, les chevauchements observés dans certaines interventions ainsi que les défis liés à la coordination et à la spécialisation des structures. Très rapidement, les échanges ont révélé une nécessité : mieux comprendre les entrepreneurs pour mieux les accompagner.
À travers des exercices pratiques, des simulations et des ateliers d’auto-évaluation, chaque structure a été amenée à examiner son propre fonctionnement à partir de standards de performance portant sur la gouvernance, le modèle économique, la gestion opérationnelle, les partenariats, le suivi-évaluation, la digitalisation et l’inclusion. « On se rend compte que nous travaillons parfois avec des MPME dont nous ne connaissons pas réellement le problème », reconnaît Annick Chaffa. Cette prise de conscience a constitué le point de départ d’une réflexion plus large sur la qualité et la pertinence des services proposés.
Les participants ont ainsi travaillé sur l’identification de leur utilisateur idéal, l’analyse de ses besoins réels, la définition de leur proposition de valeur et leur spécialisation. Cartes d’empathie, définition des persona, analyse des problématiques à résoudre et construction de solutions adaptées ont rythmé les différents ateliers. « Tout le monde n’est pas entrepreneur. Ce n’est pas parce qu’une personne est jeune qu’elle est nécessairement entrepreneur », a rappelé Capucine Gonnord, membre de l’équipe de coordination globale de IYBA-SEED. Une manière de souligner l’importance d’un ciblage précis pour construire des offres réellement pertinentes.
Dans la même logique, Tchegoun Koba a invité les participants à revoir leur manière de définir leur valeur ajoutée. « La cible ou vos aptitudes personnelles ne sont pas votre proposition de valeur. Une véritable proposition de valeur doit démontrer son impact, sa rentabilité et sa durabilité. Dans l’identification du problème, vous devez être le plus spécifique possible et orienté business. » Pour plusieurs participants, cette approche a provoqué une véritable remise en question. « Ce programme m’a aidé à remettre en question notre modèle économique », confie Biram Amouzounvi. Nadia Allagbe retient pour sa part qu’« il ne faut pas trop se laisser aller dans la gratuité des services d’accompagnement ».
Cette réflexion sur la création de valeur a naturellement conduit les participants vers une autre question essentielle : comment construire une organisation capable de générer durablement de l’impact ? Sous la conduite du Consultant Marius Chabi, les SAE ont découvert les systèmes et outils de gestion indispensables à leur performance : outils de gouvernance et de pilotage, mobilisation des ressources, suivi-évaluation, gestion financière simplifiée, CRM, gestion des bénéficiaires, documentation et digitalisation des processus. Les échanges ont notamment insisté sur l’importance de documenter les actions, de mesurer les résultats et d’automatiser certaines tâches afin d’améliorer l’efficacité des structures.
Pour Karmelle Hazoume, l’une des principales leçons de cette séquence concerne la gouvernance. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est que nous devons d’abord avoir une organisation bien structurée avant de prétendre accompagner d’autres entreprises à atteindre leurs objectifs. » Un constat partagé par plusieurs participants qui ont réalisé que les standards qu’ils recommandent aux entrepreneurs doivent d’abord être appliqués à leurs propres organisations.
L’amélioration de la performance ne pouvait toutefois être dissociée des enjeux d’inclusion. Les travaux ont ainsi consacré une place importante au Genre, à l’Équité Sociale et à l’Inclusion (GESI). À travers des exercices collectifs, les participants ont été amenés à analyser leurs pratiques afin d’identifier les biais existants et les mesures permettant de renforcer l’accès des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés à leurs services. « Bon nombre de SAE n’intégraient pas suffisamment la notion du genre et de l’inclusion », observe Marius Chabi. Les ateliers ont permis de montrer que l’inclusion n’est pas seulement une exigence sociale, mais également un facteur de performance et d’impact.
Les discussions se sont ensuite orientées vers un autre objectif majeur du programme : la labellisation OAE. Présenté par Olivier Noukpokinnou, Coordonnateur de IYBA-SEED Bénin, le label OAE apparaît aujourd’hui comme un outil stratégique pour professionnaliser et assainir l’écosystème des structures d’accompagnement. « Vous êtes une SAE, mais qu’est-ce qui distingue réellement votre offre et qui certifie ce que vous faites ? » a-t-il interrogé. Les participants ont découvert les critères de labellisation relatifs à la gouvernance, à la qualité des services, à l’impact social et environnemental, à la performance financière, à l’intégration du genre ainsi qu’au niveau de structuration organisationnelle.
Pour Tchegoun Koba, l’enjeu dépasse largement une simple reconnaissance administrative. « Le label valide vos acquis, votre impact et votre positionnement sur le marché. Ce que nous voulons, c’est que dans six mois, vous ayez une nouvelle identité et une nouvelle manière de vous déployer sur le terrain afin que les opportunités viennent à vous. » À travers des exercices pratiques, chaque structure a ainsi pu réaliser son propre benchmark afin d’identifier les écarts à combler pour prétendre à cette reconnaissance. « Nous avions commencé le processus mais nous avons été bloqués par certaines exigences administratives. Cette session nous a permis de mieux comprendre les critères », témoigne Adama Dimitri Acclombessikpe.
Au fil des travaux, une autre conviction s’est progressivement imposée : aucune structure ne peut prétendre répondre seule à l’ensemble des besoins des entrepreneurs. Les ateliers consacrés à la collaboration ont ainsi permis d’aborder les freins qui limitent encore les synergies entre SAE : concurrence, manque de confiance, ego ou méconnaissance des complémentarités existantes. « Avant, j’avais peur de collaborer parce que je craignais qu’on me vole mes idées », reconnaît Adama Dimitri Acclombessikpe. Une inquiétude à laquelle Marius Chabi a répondu avec simplicité : « Les idées seules ne font pas les entreprises. »
Cette nouvelle approche de la collaboration a profondément marqué les participants. « Nous avons compris qu’il est important de reconnaître nos limites et de tendre la main à d’autres structures lorsque cela est nécessaire », souligne Franck Gnacadja. Pour Juste Agoula, cette expérience a même permis de nouer des relations inédites : « Nous n’avions jamais collaboré avec d’autres SAE. Ce programme nous a permis de tisser des liens qui pourront déboucher sur de futures collaborations. »
À l’heure du bilan intermédiaire, les organisateurs se disent particulièrement satisfaits de l’engagement observé. Pour Capucine Gonnord, membre de l’équipe de coordination globale de IYBA-SEED et responsable de composante 1, le potentiel de transformation est réel. Elle rappelle d’ailleurs que le nom BoostSAE n’a pas été choisi par les organisateurs eux-mêmes. « Nous avons volontairement laissé les structures définir leur propre identité. Ce sont elles qui ont choisi le nom “BoostSAE - Plus loin ensemble”. Cela permet d’ancrer la dynamique dans la durée et de créer un véritable sentiment d’appartenance. »
Selon elle, les travaux ont également mis en évidence plusieurs défis importants. « Beaucoup de structures pensaient connaître précisément leurs utilisateurs alors que cette compréhension reste parfois incomplète. Pourtant, c’est elle qui oriente la proposition de valeur et les services proposés. Nous avons également observé que plusieurs SAE évoluent davantage dans une logique de survie que dans une logique de développement. Aujourd’hui, les politiques publiques changent, les acteurs évoluent, les partenaires aussi. Nous sommes dans un moment charnière qui impose aux structures d’appui de revoir leur modèle économique et leur manière d’intervenir. »
Du côté des participants, le sentiment dominant est celui d’une profonde remise en question. « Nous avons compris qu’il fallait aller au-delà du généralisme pour nous spécialiser », résume Fulgence Elegbede. « On nous a ouvert les yeux sur la spécialisation, la labellisation, la synergie et les exigences réelles de l’accompagnement », ajoute Andrée Akobe. Pour Esther Idrissou, l’enseignement le plus marquant est celui du leadership : « En tant que structures d’accompagnement, nous devons être les modèles des entreprises que nous accompagnons. »
Mais l’aventure ne s’arrête pas à ce premier bootcamp de trois jours. Bien au contraire, elle ne fait que commencer. Les quinze structures suivront un accompagnement de proximité sur quatre mois, ponctué d’un second bootcamp, de séances de coaching, de missions de suivi et d’un travail de transformation interne basé sur le diagnostic réalisé durant cette première étape.
Comme l’a expliqué Olivier Noukpokinnou, chaque SAE sera accompagnée pour atteindre les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés. « Sur la base du diagnostic réalisé, un contrat de performance sera signé entre chaque SAE et le Consultant Marius Chabi. IYBA-SEED et son équipe assureront le suivi de la mise en œuvre. »
Cette démarche débouchera sur une évaluation finale permettant de mesurer les progrès accomplis. Les structures ayant atteint au moins 75 % des objectifs de performance bénéficieront d’un fonds d’appui dédié aux SAE. Un événement majeur de célébration viendra ensuite mettre en lumière les résultats obtenus à travers une compétition de pitch devant un jury de classe internationale.
Les cinq meilleures SAE issues de cette compétition seront récompensées. Parmi elles, celles qui auront atteint un niveau de performance supérieur ou égal à 80 % accéderont à l’accompagnement « 2.0 » prévu en 2027. Cette nouvelle phase leur ouvrira l’accès à des opportunités supplémentaires de renforcement des capacités, de visibilité, de réseautage et de développement institutionnel dans le cadre du projet IYBA-SEED.
Pour Olivier Noukpokinnou, l’esprit du programme dépasse largement le cadre d’une simple formation. « Nous constituons désormais une famille. Le Consultant est l’aîné qui doit veiller à la réussite de tous ses frères et sœurs. IYBA-SEED sera ce bon tonton qui soutient, rend visite, accompagne et encourage. Ensemble, nous voulons laisser une véritable marque dans l’écosystème entrepreneurial béninois. »
À l’issue de ce premier bootcamp, une conviction semble déjà s’imposer : pour mieux accompagner les entrepreneurs, les structures d’accompagnement doivent elles-mêmes devenir des références en matière de gouvernance, de performance, d’inclusion, de spécialisation et de collaboration. C’est tout le sens de BoostSAE : aller plus loin ensemble pour bâtir un écosystème entrepreneurial béninois plus fort, plus professionnel et plus durable.
Quinze SAE béninoises engagées dans le programme BoostSAE