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Les opioïdes (‘’Attinkinkouin’’): Quels sont leurs effets sur la santé ?

Société

Au Bénin, la consommation des substances communément appelées « Attinkinkouin » suscite de plus en plus d’inquiétudes. De Cotonou aux villes de l’intérieur, ces produits, parfois détournés de leur usage médical, gagnent différents milieux, notamment chez certains travailleurs et une partie de la jeunesse. Que recouvre réellement le terme « Attinkinkouin » ? Pourquoi un tel engouement et quels risques ces substances font-elles peser sur la santé ? Éléments de réponse avec Dr Nadia Djangni, médecin psychiatre en fin de formation, spécialisée dans les pratiques addictives et la prise en charge du psychotraumatisme.

 

Par   Karimath Foumilayo LAWANI (Coll.), le 08 sept. 2026 à 17h39 Durée 3 min.
#Attinkinkouin #lutte contre la drogue

La Nation : Qu’est-ce que les opioïdes communément appelés ‘’Attinkinkouin’’ ?

Dr Nadia Djangni : Tout d’abord, il faut préciser que ‘’Attinkinkouin’’ est une appellation populaire et non un terme pharmacologique. Ce mot est utilisé dans le langage courant pour désigner des médicaments sous forme de comprimés, mais il ne correspond pas à une molécule précise.

Au Bénin, le terme est notamment utilisé pour désigner des substances appartenant à la famille des opioïdes, avec une prédominance du tramadol. Cependant, il serait inexact d’affirmer que tous les produits appelés ‘’Attinkinkouin’’ contiennent nécessairement du tramadol.

La composition réelle peut varier. Pour identifier précisément une substance, il faudrait connaître sa présentation, son dosage, son origine et procéder à une analyse toxicologique. Il est donc important de ne pas assimiler systématiquement ‘’Attinkinkouin’’ et tramadol.

Pourquoi ces substances sont-elles autant consommées aujourd’hui ?

Dr Nadia Djangni : Les raisons de consommation sont multiples. Parmi les principales motivations rapportées par les consommateurs, on retrouve la recherche d’une diminution de la sensation de fatigue, l’impression d’avoir davantage d’énergie et une meilleure endurance physique.

Les opioïdes peuvent également provoquer une sensation de bien-être, d’apaisement et de détente. C’est notamment ce qui peut renforcer leur usage et, progressivement, favoriser l’installation d’une dépendance.

Mais il existe une idée reçue, importante à corriger : les opioïdes ne donnent pas réellement de l’énergie et ne suppriment pas la fatigue. Ils peuvent modifier la perception de la douleur, de l’inconfort et de la fatigue, tout en produisant une sédation. La personne peut donc avoir l’impression de pouvoir poursuivre son activité alors que ses capacités physiques et surtout sa vigilance peuvent être altérées.

C’est particulièrement préoccupant chez certaines personnes exerçant des activités très physiques ou nécessitant une vigilance prolongée, notamment certains conducteurs de taxi-moto « zem », ou encore des travailleurs effectuant des travaux manuels pénibles.

Quels sont les effets des opioïdes (‘’Attinkinkouin’’) sur la santé ?

Dr Nadia Djangni : Les conséquences peuvent être nombreuses et parfois graves.

À long terme l’un des principaux risques est la dépendance. Au début, la personne peut expliquer sa consommation en disant : « Je prends ça parce que ça me fait du bien, parce que je me sens plus fort ou moins fatigué. » Mais avec le temps, la situation peut évoluer. Elle ne consomme plus uniquement pour rechercher un effet agréable, mais pour éviter de ressentir les symptômes qui apparaissent lorsqu’elle ne consomme pas.

C’est l’un des mécanismes de la dépendance. La substance n’est progressivement plus consommée pour aller mieux, mais pour ne pas aller mal.

Les opioïdes peuvent également provoquer une somnolence importante et une diminution de la vigilance. À doses élevées, ils peuvent entraîner une altération de l’état de conscience, voire une dépression respiratoire, un coma et potentiellement le décès.

Le risque est encore plus important lorsque les opioïdes sont associés à d’autres substances qui ralentissent également le fonctionnement du système nerveux central, notamment l’alcool ou certains médicaments sédatifs.

Concernant la fatigue, il faut également être vigilant. La personne peut avoir l’impression de pouvoir continuer à fonctionner alors que son organisme est déjà très sollicité. À un moment donné, l’épuisement peut devenir majeur et la vigilance peut brutalement diminuer.

On pourrait comparer cela à un ordinateur. Lorsque ses ressources sont épuisées, il finit par ralentir, se mettre en veille ou s’éteindre. Le problème est que, chez l’être humain, cette « mise en veille » peut survenir dans une situation dangereuse, par exemple au volant ou pendant un travail nécessitant une attention constante.

Enfin, lorsqu’une personne a consommé une quantité importante de ces substances et présente une somnolence inhabituelle, des difficultés à rester éveillée, une confusion, une perte de connaissance ou une respiration anormalement lente, il s’agit d’une urgence médicale. Il faut alors contacter rapidement les secours ou conduire la personne dans une structure de santé, sans attendre que son état s’améliore spontanément.