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Médecine vétérinaire: L’Eismv racontée par l’un de ses bâtisseurs, le professeur François Abiola

Société
Avec cet ouvrage édité par l’Onip, le professeur François Abiola Adébayo signe ... Avec cet ouvrage édité par l’Onip, le professeur François Abiola Adébayo signe ...

Le professeur François Abiola Adébayo a procédé, vendredi 30 janvier à l’Université d’Abomey-Calavi, à la dédicace de son ouvrage « La profession vétérinaire en Afrique subsaharienne : l’Eismv, une grande école pionnière». Un livre de référence qui retrace l’histoire, les défis et l’apport stratégique de l’École inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar au développement du continent.

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 03 févr. 2026 à 12h12 Durée 3 min.
#Université d’Abomey-Calavi

Edité par l’Office national d’imprimerie et de presse (Onip), l’ouvrage de 209 pages se présente comme une contribution majeure à la compréhension de l’histoire, des enjeux et perspectives de la formation vétérinaire en Afrique subsaharienne, avec un regard particulier sur l’École inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires (Eismv) de Dakar. Au-delà d’un simple ouvrage académique, il s’agit d’un témoignage de première main, nourri par l’expérience exceptionnelle de son auteur, le professeur François Abiola Adébayo qui a occupé toutes les fonctions possibles au sein de l’École inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires (Eismv) de Dakar : étudiant, enseignant, directeur, membre puis président du Conseil des ministres de l’institution. Une trajectoire singulière qui confère à l’ouvrage une profondeur analytique et une légitimité rares. Dans sa réflexion, l’homme à qui l’on doit l’ouvrage « Le cheveu du pouvoir» revient longuement sur la genèse de l’Eismv, créée en 1967 dans le contexte des premières décennies post-indépendance.

Les pères fondateurs, réunis au sein de l’Organisation commune africaine et malgache (Ocam), avaient fait le pari audacieux d’une formation inter-États pour répondre aux besoins urgents en cadres vétérinaires, indispensables au développement des secteurs de l’élevage, de la santé animale et, plus largement, de la souveraineté alimentaire des jeunes États africains. L’Université de Dakar, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Ocam, ainsi que l’engagement constant du Sénégal en faveur de la coopération régionale, sont présentés comme des acteurs clés de cette aventure institutionnelle. L’auteur démontre comment cette école s’est progressivement imposée comme un outil stratégique au service du développement, en plaçant le secteur de l’élevage au cœur des politiques publiques.

L’Eismv, une école et une mémoire collective

Structuré autour de chapitres thématiques, l’ouvrage retrace l’évolution de l’Eismv à travers les différentes directions qui ont marqué son histoire. Du professeur Jean Ferney (1967-1976) au professeur Yalacé Yamba Kaboret (depuis 2015), en passant par les professeurs Ahmadou Lamine Ndiaye, Alassane Séré, François Abiola Adébayo lui-même et Joseph Louis Pangui, chaque directeur a apporté sa «touche» à la consolidation académique, administrative et scientifique de l’institution. L’organisation des études, la structuration des enseignements, la politique de formation des formateurs, la montée en puissance de la formation continue dans un contexte de désengagement progressif des États, mais aussi la question cruciale du bien-être et de l’épanouissement des diplômés une fois de retour dans leurs pays d’origine, sont analysées avec rigueur et lucidité.

Au fil des pages, le professeur Abiola établit un lien étroit entre son lieu de formation et l’évolution de la profession vétérinaire en Afrique subsaharienne. Il montre comment cette profession, longtemps perçue de manière restrictive, est aujourd’hui appelée à jouer un rôle central face aux enjeux de santé globale, de sécurité alimentaire, de production animale durable et de gestion des crises sanitaires. L’élargissement du mandat de l’Eismv en 1995 apparaît, à cet égard, comme un tournant décisif. En dotant l’école de nouvelles missions, les gouvernants ont permis à l’institution de s’installer durablement au cœur des préoccupations de ses États membres et de préparer les étudiants aux défis scientifiques, économiques et sociétaux contemporains.

Dans la préface de l’ouvrage, le professeur Jean Damascène Ntawukuriryayo, ancien ministre chargé de l’Enseignement supérieur du Rwanda et ancien président du Conseil d’administration, souligne avec force la dimension panafricaine de l’institution. Il rappelle que l’Eismv a permis, pendant des décennies, le brassage universitaire de jeunes issus du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Niger, de la Centrafrique, du Congo, du Togo, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, du Tchad, du Sénégal, de la Guinée, du Mali, du Burundi, du Rwanda et bien d’autres pays. Cette diversité, vécue sur les bancs universitaires pendant au moins six années de formation, a fait de l’Eismv bien plus qu’une école. Elle est devenue un véritable outil d’intégration africaine et un symbole vivant de la coopération Sud-Sud.

Hommages et en témoignages

La cérémonie de dédicace a été marquée par la projection d’une biographie du professeur François Abiola Adébayo, retraçant son parcours académique et professionnel. Plusieurs personnalités ont pris la parole pour saluer la portée de l’ouvrage et l’engagement de son auteur. Le Dr Victorien Dougnon, directeur de l’École polytechnique d’Abomey-Calavi (Epac), a souligné la valeur scientifique et historique du livre. Christian Dovonou est intervenu au nom de l’Ordre national des médecins vétérinaires, mettant en exergue la contribution déterminante des vétérinaires au développement des Etats. La présentation de l’ouvrage, assurée avec éloquence par le professeur Sahidou Salifou, a permis de mettre en lumière la richesse analytique et la clarté pédagogique du texte.

Dans son mot de remerciement, le professeur François Abiola Adébayo est revenu sur l’importance de la profession vétérinaire, sur sa pluridisciplinarité et sur le fait que de nombreux vétérinaires occupent aujourd’hui des postes de responsabilité sans lien direct avec leur formation initiale. Pour lui, cette réalité témoigne de la qualité et de la polyvalence des cadres formés à l’Eismv. Il a enfin exhorté les acteurs actuels de la formation vétérinaire à «maintenir le flambeau », afin que l’institution continue de jouer son rôle de moteur d’innovation et de développement en Afrique subsaharienne.

Avec cet ouvrage, le professeur François Abiola Adébayo signe un livre de mémoire, de réflexion et de prospective, qui s’impose d’ores et déjà comme une référence pour les décideurs, les universitaires et tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de la profession vétérinaire et au développement du continent africain. Un héritage que l’auteur appelle à préserver et à renforcer, afin que la profession vétérinaire continue de répondre, avec audace et compétence, aux défis alimentaires et sanitaires du continent. L’ouvrage se veut un appel à l’engagement collectif. Celui de préserver une école pionnière et de faire de la formation vétérinaire un levier durable de souveraineté alimentaire, de santé globale et de progrès pour l’Afrique subsaharienne.