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Soupçon d'IA dans les livres : Que lire d'authentique désormais ?

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Soupçon d'IA dans les livres Soupçon d'IA dans les livres

Qui croire, entre l'écrivain et les algorithmes ? La question se pose après le retrait du roman "C'était ça ou mourir" du Canado-Haïtien Thélyson Orélien de la course au prix Goncourt, pour accusations de plagiat et de recours à l'intelligence artificielle. Au Bénin, des acteurs de la chaîne du livre appellent à la prudence.



Par   Fortuné SOSSA (Coll.), le 27 sept. 2026 à 17h28 Durée 3 min.
#Soupçon d'IA dans les livres

Le roman "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien, publié chez Grasset, ne figure plus dans la première sélection du prix Goncourt 2026. Dans un communiqué, l'Académie Goncourt a justifié son retrait par des plagiats avérés dans des textes plus anciens de l'auteur et par des analyses jugées convergentes, selon lesquelles l'ouvrage serait "très largement le produit d'une intelligence artificielle".

Bien que présentée comme fondée sur des données scientifiques, cette décision suscite une vive polémique dans le monde littéraire. Au Bénin, des professionnels du livre invitent à la nuance. Il existe aujourd'hui "des possibilités pour identifier la part d'IA dans les documents littéraires", explique Fernand Nouwligbèto, professeur de Lettres modernes. Des logiciels anti-plagiat et anti-IA sont désormais couramment utilisés pour authentifier les mémoires et thèses d'étudiants. Un avis partagé par l'écrivain Florent Couao-Zotti. Mais l'auteur met en garde : "Quand on se réfugie derrière l'IA, on rentre dans la facilité". Une vigilance que dit appliquer au quotidien Béatrice Lalinon Gbado, directrice des éditions Ruisseaux d'Afrique. "Nous avons reçu des textes qui étaient trop bien cohérents que nous avons refusé d'éditer", confie-t-elle.

Pour autant, la fiabilité des outils de détection interroge. À propos du cas Thélyson Orélien, le professeur Nouwligbèto s'interroge : "Est-ce que cette information a été suffisamment vérifiée ? Est-ce qu'il n'y a pas de contre-expertise à déclencher pour voir si véritablement les auteurs de cette vérification ne se sont pas trompés ?" Il rappelle un principe de prudence : "Toute technologie est un produit de l'esprit humain. Si l'esprit humain se trompe, la technologie peut se tromper aussi".


La responsabilité de l'éditeur en question


Si les accusations sont avérées, les conséquences dépassent le seul auteur. "S'il est vrai que le roman est le fruit d'un plagiat et de l'IA, c'est toute la chaîne qui s'effondre", estime Florent Couao-Zotti. Les libraires hésiteront à défendre l'ouvrage et l'éditeur verra sa crédibilité entamée. Pour Fernand Nouwligbèto, la responsabilité de l'éditeur est engagée au même titre que celle de l'auteur : "C'est l'éditeur qui rend public le livre et c'est à partir de la publication que le livre accède au lecteur. L'éditeur est responsable de tout ce qui sera dit en termes d'inexactitude, de plagiat et autres".

Une responsabilité que nuance Béatrice Lalinon Gbado. "Dans les clauses contractuelles, il est indiqué que l'auteur répond de son texte et garantit à l'éditeur que ce n'est pas le fruit d'un plagiat", précise-t-elle. Et d'ajouter : "L'éditeur n'est pas censé avoir lu tous les ouvrages du monde pour détecter facilement les plagiats".

Fort heureusement, des outils existent désormais pour vérifier l'authenticité du travail d'un écrivain. L'essentiel, souligne Fernand Nouwligbèto, est que ces instruments restent fiables, car "l'intelligence artificielle est constituée d'un ensemble de données extrêmement mouvantes, qui évoluent tout le temps".

Une incertitude qui conduit certains observateurs à suspendre leur jugement. C'est le cas de Mohamed Lotfi, lauréat du prix Maufette, la plus haute distinction québécoise en radio, qui refuse de "tuer un livre sans jamais l'ouvrir au nom de la vertu, de la pureté, ce n'est pas mon genre". Malgré la controverse, ou peut-être à cause d'elle, le livre de Thélyson Orélien connaît une demande croissante en librairie, au grand bonheur de son éditeur.