La Nation Bénin...
C’est un dossier situé à la croisée de la déontologie médicale et des droits des patients qui a mobilisé l’attention du tribunal d’Abomey-Calavi ce mercredi 14 octobre 2026. Un praticien de santé s’y retrouve poursuivi par l’une de ses anciennes patientes. En cause, son refus d’avaliser les documents administratifs indispensables à son transfert sanitaire à l’étranger.
Les faits remontent à une intervention chirurgicale réalisée en 2022. Selon les déclarations du chirurgien à la barre, l’opération pratiquée à l’époque avait mis en évidence une incapacité durable de la patiente à se tenir debout. Le médecin a exprimé sa stupéfaction de se voir sollicité plusieurs années après les faits pour signer une note médicale ouvrant droit à une évacuation sanitaire vers l’Inde.
Pour se défendre, le praticien a mis en avant des critères d’ordre scientifique, invoquant les très faibles perspectives de récupération fonctionnelle pour écarter l’utilité d’un tel déplacement. Une argumentation vivement rejetée par le ministère public.
Pour le parquet, aucun médecin ne peut s’arroger le monopole du savoir absolu ni décréter arbitrairement qu’aucune alternative thérapeutique n’existe sous d’autres cieux. Le représentant de la vindicte publique a estimé que des chances de guérison limitées ne sauraient constituer un motif légal pour priver un malade du droit de tenter sa chance auprès d’autres spécialistes internationaux.
Présente à l’audience en fauteuil roulant et entourée de ses conseils, la plaignante a livré un témoignage contrastant nettement avec la version du médecin. Elle affirme que l’éventualité d’une évacuation avait été évoquée dès les prémices de sa prise en charge. Selon elle, le praticien s’y serait opposé à l’époque en arguant d’une prétendue interdiction gouvernementale concernant les transferts sanitaires.
Face à ce désaccord médical et aux incertitudes sur les chances de guérison de la patiente, la partie civile a exigé qu’une contre-expertise médicale indépendante soit menée. Cette démarche vise à départager les deux parties en offrant une évaluation rigoureuse et neutre des possibilités de soins à l’étranger.
Au terme de l’audience, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. La décision finale est donc attendue pour ce 28 octobre prochain, ouvrant la voie à une jurisprudence très surveillée sur la liberté de choix des patients et les limites de la décision médicale.