La Nation Bénin...
Pour son entrée en lice dans les éliminatoires de la Can 2027 à Ouagadougou, le Bénin mise sur la transmission. Deux anciennes gloires, David Fêliho, le métronome des années 70-80, et Léon Bessan, l’attaquant de la génération historique de 2004, accompagnent les Guépards pour faire le lien entre la génération du sacrifice, celle de l’exploit et celle qui veut écrire sa propre histoire en 2027.
Ils n’ont pas été appelés cette fois-ci pour défendre les couleurs nationales, mais à Ouagadougou, ils arrivent avec les souvenirs du passé et une expérience à transmettre. David Fêliho, ancien milieu de terrain, la soixantaine passée, le regard marqué par les années de compétition. Léon Bessan, la cinquantaine, coiffure Karl Lewis, ancien attaquant de la génération historique de 2004. 1979, 2004, 2027. Trois générations réunies au cœur d’une même expédition. En effet, David Fêliho fait partie de la deuxième vague de la génération dite du sacrifice des footballeurs béninois. Celle qui n’a pas laissé beaucoup d’images, mais dont les souvenirs restent vivaces. Milieu relayeur n° 8 des Écureuils, petit gabarit, poumons d’acier et teigneux sur le terrain, l’enfant d’Adandokpodji à Abomey a dû batailler pour imposer son choix de devenir footballeur à une époque où cette discipline était encore loin d’offrir les perspectives qu’elle présente aujourd’hui. Dans son entourage, le football n’était pas toujours perçu comme une voie d’avenir. Son père, Raphaël, agent à la Régie du Niger, soutenait discrètement sa passion et lui offrait des ballons ramenés de Niamey où il est né. Cette enfance marquée par les sacrifices explique sans doute le rapport particulier qu’il entretient encore avec le football. « Autrefois, on jouait pour l’amour de la patrie, mais aujourd’hui, l’argent a pris le pas sur le courage. En notre temps, on jouait gratis», raconte celui pour qui la passion du maillot passait avant les primes.
Souvenir du succès face à la Haute-Volta
Son histoire avec la sélection nationale commence à la fin des années 1970. Encore élève en classe de quatrième, il profite de l’absence d’un titulaire pour faire ses premiers pas au haut niveau. « À l’époque, alors que j’étais encore élève en classe de quatrième, le titulaire du milieu de terrain était malade. L’entraîneur m’a alors donné ma chance pour un match contre les Requins. J’ai saisi cette opportunité et réalisé une bonne prestation. À l’issue de cette rencontre, l’entraîneur national m’a remarqué et m’a convoqué en équipe nationale. J’étais encore élève lorsque j’ai commencé à défendre les couleurs du Bénin », raconte-t-il. À la veille du match Burkina Faso-Bénin, l’ancien joueur des Caïmans du Zou replonge également dans ses souvenirs pour évoquer une rencontre qui reste particulière dans sa mémoire. « Pour la petite histoire, nous avions affronté cette équipe de la Haute-Volta lors du Tournoi du Conseil de l’Entente le 26 octobre 1979, à Abidjan. Le Bénin l’avait emporté par 2 buts à 1 devant le président Félix Houphouët-Boigny et son ministre Laurent Dona Fologo. J’avais marqué l’un des buts béninois », se souvient-il avec émotion. David Fêliho parle de cette expédition comme si c’était hier en rendant hommage à plusieurs anciens qui ont marqué son parcours, notamment feu Damien Folly ainsi que Flavien Soudé, qui lui a donné goût à l’animation du milieu de terrain aux Caïmans du Zou. Aujourd’hui, l’ancien international se transforme en conseiller auprès de la jeune génération. Il invite les jeunes à ne pas avoir peur. « Mon premier conseil est d’avoir du courage et de ne pas avoir peur de l’adversaire. Les joueurs adverses ont deux pieds, deux bras et un cerveau comme nous », lance-t-il. Pour lui, les Guépards doivent également se garder de sous-estimer leur adversaire, même s’ils disposent d’atouts pour défendre leurs chances à Ouagadougou.
2004, la génération de l’exploit
Le Bénin doit surtout, selon lui, aborder la rencontre avec détermination. « Le peuple béninois a déjà goûté à l’euphorie de cette compétition et souhaite la revivre. Je leur recommande le courage, le travail bien fait, la discipline tactique et le respect de l’adversaire », poursuit-il. Pour David Fêliho, il faut entrer dans le match avec détermination et « prendre le taureau par les cornes ».
Membre de la génération qui a envoyé pour la première fois le Bénin à la Can, en Tunisie en 2004, Léon Bessan se rappelle, lui aussi, les moments difficiles vécus avec la sélection. Contrairement aux générations des années 60 et 70-80, la sienne a connu les premiers hôtels quatre étoiles, les premiers journalistes étrangers et le premier hymne national béninois joué lors d’une compétition internationale devant le monde entier. En 2003, cette génération a transformé le rêve en réalité et ouvert une nouvelle page de l’histoire du football béninois. Plus de deux décennies après cette première qualification obtenue en 2003 face à la Tanzanie, la Zambie et au Soudan, Léon Bessan, ancien attaquant des Écureuils ayant pris part aux campagnes des éliminatoires des Can 2004, 2008 et 2010, reste convaincu que le Bénin peut réaliser une bonne performance. « Les jeunes sont déterminés et je pense qu’ils vont qualifier le Bénin comme nous l’avons fait en 2003 en qualifiant notre pays pour sa première Can », confie-t-il. Il rappelle que le Bénin avait d’abord affronté la Mauritanie en 2002 lors des tours préliminaires avant de se qualifier pour les phases de poules. Un parcours qui, à ses yeux, peut servir de repère à la génération actuelle constituée de Sessi d’Almeida, Marcel Dandjinou et leurs coéquipiers qui se retrouvent aujourd’hui face au Burkina Faso et à la Mauritanie lors des deux premières journées de ces éliminatoires.
Gagner avec les bénédictions des anciens
Aux côtés de la jeune génération à Ouagadougou, Léon Bessan estime que les Guépards disposent de plusieurs atouts pour défendre les couleurs nationales: les moyens, le talent et la préparation. Il les invite toutefois à ne rien négliger, notamment sur les plans physique et tactique. « Ne vous contentez pas de participer. Nous avons ouvert la porte en 2004, à vous de ne plus jamais la refermer », lance-t-il aux jeunes Guépards avec toutes les bénédictions. « Nous sommes de cœur avec eux et ils vont réussir », a-t-il ajouté. Dans son sillage, David Fêliho apporte les souvenirs de deux époques du football béninois. C’est près d’un demi-siècle d’histoire qui accompagne les Guépards dans leur quête d’une nouvelle qualification continentale dès ce vendredi 25 septembre au stade du 04 août à Ouagadougou.