La Nation Bénin...
Rabat, 25 décembre. La nuit est douce, presque clémente, et la capitale marocaine vibre d’une ferveur singulière. En pleine Coupe d’Afrique des nations, la fête de Noël s’est invitée dans un pays majoritairement musulman,sans heurt ni ostentation, mais avec une chaleur humaine qui transcende les croyances.
Une veillée de Noël aux accents du continent. Loin des sapins enneigés et des cloches familières, Rabat a plutôt offert, le temps d’une nuit sainte, un visage panafricain où le football a servi de langue commune. Dans le centre-ville, certains restaurants et lieux de rassemblement se sont improvisés refuges pour supporters en mal de traditions. Au quartier général des fans béninois, les tables sont serrées, les brochettes crépitent et les rires fusent. Les tuniques vertes, jaunes et rouges se mêlent dans une atmosphère de convivialité. Ici, on partage de la pâte accompagnée de sauce pimentée, loin des chants de Caleta de Cotonou, mais jamais loin de l’esprit familial.
« Noël, chez nous, c’est la famille avant tout. Ici, la famille, ce sont les Guépards », souligne JB, un supporter venu soutenir le Bénin. Autour de lui, on plaisante, on refait le match perdu contre la Rd Congo, on espère surtout un réveil lors de la prochaine journée face au Botswana, samedi 27 décembre.
« Ce n’est pas exactement le goût de la maison, mais l’essentiel est là : être ensemble», glisse-t-il. A quelques tables de là, Estelle, journaliste sportive ivoirienne, observe et note. « Professionnellement, cette Can est un événement majeur. Humainement, ce Noël est inoubliable. Entendre des “Joyeux Noël” lancés en fon, en mina ou en lingala, ici à Rabat, c’est un symbole fort. Le Maroc accueille, respecte et accompagne. Cette soirée est un reportage à elle seule », relate-t-elle.
La foi en partage
Plus au nord de la ville, la cathédrale Saint-Pierre de Rabat affiche comble pour la messe de minuit. Dans la nef, les maillots de football côtoient les habits du dimanche. La famille Mbala, venue de Kinshasa, peine à contenir son émotion. « Nous avions peur de ne pas pouvoir assister à la messe, si importante pour nous», confie le père.
« Mais ici, nous prions avec des Ougandais, des Tanzaniens, et même des Marocains venus par curiosité ou par amitié.» Lorsque l’évêque adresse quelques mots en lingala pour saluer les supporters congolais, un murmure d’émotion parcourt l’assemblée. Le football, une fois encore, a ouvert la voie à une communion inattendue.
Par contre, dans les rues, la fête reste sobre entre hospitalité marocaine et réalités culturelles. L’alcool est discret, parfois absent. Les boutiques rappellent les usages locaux, orientant avec politesse les visiteurs vers des zones spécifiques ou les services hôteliers autorisés. A l’Amphitrite Palace, où logent plusieurs journalistes africains, les indications sont claires ; certains services existent, mais sur demande, dans le respect des règles du pays hôte. Assis dans le hall, carnet en main, le journaliste béninois Venance Agodokpessi (de la Radio nationale Srtb) savoure l’instant. « Noël loin de la famille n’est jamais facile. Mais, l’essentiel a été fait au pays. Et puis, ce que je vis est unique. L’église, la ville, les tribunes: tout est un microcosme de l’Afrique. On parle football, on échange des vœux, on partage», souffle-t-il.
Un Noël autrement, un souvenir durable
Ce Noël 2025 ne fut ni blanc ni silencieux. Il fut chaleureux, bruyant parfois, profondément humain. Pour ces Africains venus soutenir leurs équipes, couvrir la compétition ou simplement vivre l’événement, la Can a offert un cadeau inattendu; celui d’une fraternité sincère, le temps d’une nuit sacrée. Comme le résume Léopold Houankoun, président du Conseil national des supporters du Bénin (Cns-Bénin), « ici, on a fêté Noël autrement. Ce soir-là, ce n’est pas seulement Jésus qui est célébré, c’est l’Afrique rassemblée autour du football». En somme, à Rabat, la Can 2025 offre un Noël aux accents panafricains sous le signe de la fraternité africaine.
Noël à Rabat