La Nation Bénin...
Après une première semaine de travail consacrée exclusivement aux joueuses évoluant au niveau local, les Amazones seniors poursuivent leur préparation en vue de leur double confrontation face au Mali, dans le cadre des éliminatoires des Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Le sélectionneur par intérim, Ouzérou Abdoulaye, dresse un premier bilan du regroupement, évoque les enseignements tirés de cette première phase et affiche ses ambitions face à une sélection malienne expérimentée.
La Nation : Après une semaine de travail avec les Amazones, quel bilan tirez-vous de cette première phase de préparation ?
Ouzérou Abdoulaye : Le bilan est rassurant. Nous avions quelques inquiétudes au départ, notamment sur le plan physique, parce que le groupe est assez hétérogène. Certaines joueuses ont récemment disputé la Coupe du monde U20 et sont donc naturellement prêtes physiquement. D’autres ont terminé leur championnat depuis un certain temps, tandis qu’une troisième catégorie était engagée en Ligue des champions. Nous nous attendions donc à constater quelques écarts sur le plan physique. Mais, après le premier test effectué dès notre arrivée, nous avons été rassurés. Les différences ne sont finalement pas aussi importantes que nous pouvions le craindre. Sur le plan technique également, les choses évoluent positivement. En revanche, nous devons encore progresser dans le domaine tactique. C’est un chantier important, car nous sommes dans un processus qui demande du temps. Depuis deux ans, nous avons progressivement mis davantage l’accent sur cet aspect. Il fallait d’abord régler certaines insuffisances techniques avant d'aller plus loin. Aujourd’hui, nous travaillons davantage sur le plan tactique. C’est certainement la partie la plus exigeante pour un entraîneur, parce qu’elle demande beaucoup de répétition et d’assimilation. Mais je suis satisfait de la progression du groupe et j’espère que nous allons continuer à franchir des paliers.
Pour cette première phase, vous avez fait le choix de convoquer uniquement des joueuses évoluant au niveau local. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Il y avait deux objectifs. D’abord, travailler avec les joueuses locales qui ont l’habitude d’être convoquées en sélection. Ensuite, profiter de ce regroupement pour donner leur chance à quatre ou cinq joueuses qui n’avaient pas encore l’habitude de côtoyer le groupe des seniors. C’est justement le moment de les observer au contact de joueuses plus expérimentées, qui connaissent déjà les exigences de la sélection. Nous voulions voir leur comportement, leur capacité d’adaptation et surtout leur niveau réel dans un environnement plus exigeant. Sur ce plan, je suis plutôt rassuré par leur investissement. Elles ont montré de l’envie et de la détermination.
Ces nouvelles joueuses peuvent-elles déjà prétendre à une place contre le Mali ?
Pas nécessairement. Pour certaines d’entre elles, l’objectif est davantage de préparer l’avenir. Plusieurs sont encore très jeunes, certaines ont moins de 20 ans. Il est donc important de les habituer progressivement à l’environnement de la sélection A. Lorsqu’elles seront réellement sollicitées, elles ne doivent pas découvrir ce niveau à ce moment-là. Elles doivent déjà connaître le groupe, les exigences du staff, le rythme des entraînements et l’intensité du football international. Nous avons procédé de la même manière avec les U20 avant la Coupe du monde. Nous avions élargi le groupe à environ 38 joueuses et certaines, qui n’ont finalement pas participé à la compétition, avaient tout de même intégré le processus. C’était une manière pour elles de découvrir le niveau international. Après une Coupe du monde, certaines joueuses quittent naturellement la catégorie U20. Il faut donc anticiper leur remplacement et ne pas attendre le dernier moment pour chercher de nouvelles joueuses. C’est exactement la logique que nous appliquons aujourd’hui avec les seniors. Nous avons donc appelé cinq ou six joueuses afin de les voir en situation réelle. Cela nous permet de mieux les connaître et, surtout, d’éviter de nous tromper lorsque nous aurons besoin d’elles à l’avenir.
Le Mali sera votre prochain adversaire. Quelle appréciation faites-vous de cette équipe ?
Nous connaissons bien le Mali. Pour moi, le travail de préparation ne commence pas quelques jours avant un match. Nous suivons nos potentiels adversaires plusieurs mois à l’avance. Le Mali est une bonne équipe. Elle a participé à la dernière Coupe d’Afrique des nations et compte plusieurs joueuses évoluant en France. Il existe une véritable tradition de présence des joueuses maliennes dans les championnats français. Mais nous devons aussi évoluer à notre rythme. Notre ambition n’est pas simplement de nous comparer aux autres ou de nous contenter de les regarder progresser. Nous voulons prendre notre place parmi ces équipes. Les nations qui participent régulièrement à la Coupe d’Afrique des nations sont celles que nous devons affronter si nous voulons, nous aussi, atteindre ce niveau. C’est valable pour la Can comme pour les Jeux olympiques. Si nous voulons grandir, nous devons être capables de rivaliser avec ce type d’adversaires.
Vous avez justement choisi, ces derniers mois, d’affronter plusieurs sélections de premier plan sur le continent. Est-ce une stratégie assumée ?
Tout à fait. Sur les dix-huit derniers mois, nous avons fait le choix de jouer contre des nations qui étaient nettement mieux classées que nous. Nous avons déjà affronté huit sélections faisant partie du top 10 africain. Ce choix n’est pas anodin. Si notre ambition est d’intégrer ce top 10, il faut régulièrement nous mesurer à ces équipes et apprendre de ces confrontations. Nous avons d’ailleurs obtenu des résultats qui nous permettent de croire dans notre progression. Le match contre le Mali s’inscrit donc dans cette logique. Nous ne devons pas avoir peur de jouer contre ces équipes. Au contraire, ce sont ces rencontres qui nous permettent de mesurer notre niveau et de savoir jusqu’où nous pouvons aller. En sport, il faut parfois affronter ceux qui sont devant soi pour espérer les dépasser. C’est un peu comme en boxe. Pour avancer et changer de catégorie, il faut accepter de monter sur le ring face à des adversaires solides. C’est cette mentalité que nous voulons transmettre aux joueuses.
Le sélectionneur par intérim des Amazones seniors, Ouzérou Abdoulaye dresse le bilan de la première phase de préparation