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Sosthène Zohoun: L’ascension patiente d’un bâtisseur du football béninois

Sports
Sosthène Zohoun, secrétaire général de la Fédération béninoise de Football Sosthène Zohoun, secrétaire général de la Fédération béninoise de Football

De jeune joueur et dirigeant de quartier au poste de secrétaire général de la Fédération béninoise de Football, Sosthène Sèflimi Zohoun a façonné son parcours au fil des années, entre management de clubs, formation des jeunes, initiatives sportives et engagement pour une meilleure gouvernance du football. Un itinéraire singulier, guidé par le travail, la passion et la conviction profonde que rien de durable ne se construit dans la précipitation.

Par   Kokouvi EKLOU, le 23 oct. 2026 à 09h36 Durée 4 min.
#Sosthène Zohoun, secrétaire général de la Fédération béninoise de Football

Il n’a que 16 ans, en 1990, lorsqu’il pousse, presque par curiosité, la porte de la Direction départementale des Sports de l’Atlantique. Grand,  animé par l’insouciance de la jeunesse et l’envie de jouer au football, le garçon vient de capter sur Radio Bénin un appel à l’inscription des équipes dans le cadre du projet bénino-allemand de football des jeunes. Il imagine alors une simple occasion de retrouver ses coéquipiers autour de quelques parties de « petit camp ». Mais les explications qu’il reçoit changent la donne. Il s’agit de tournois inter-quartiers disputés à onze contre onze.

Sans le savoir, le jeune homme vient de franchir un seuil décisif. Il ne sera pas seulement joueur. Il devra aussi apprendre à organiser, encadrer et faire vivre une équipe de quartier. Sosthène, surnommé « Gi », diminutif de Gildas, entre ainsi dans le monde du football par une porte qu’il n’a jamais vraiment refermée.

Trente-six ans plus tard, le voilà secrétaire général de la Fédération béninoise de football (Fbf). Entre ces deux dates, il y a des équipes à construire, des jeunes à former, des projets à lancer, des clubs à structurer et des défis à relever. Surtout, avec cette volonté de faire avancer les choses par le travail, l’initiative et la persévérance.

L’histoire de Sosthène Zohoun s’écrit d’abord au contact du football de proximité, celui qui se nourrit de débrouillardise, de solidarité et de passion. Après une scission au sein d’Ordinateur Fc, dans l’environnement de l’Étoile Rouge, naît Hafob, en 1991. Le club est porté par le tandem Pierre Hinvi, aujourd’hui président de la Fédération béninoise de Boxe, et Sosthène Seflimi Zohoun. L’aventure s’étend jusqu’en 1997 et contribue à forger les premières armes du jeune passionné dans la gestion d’une équipe.

En 1999, une nouvelle page s’ouvre avec Étincelles, qui évoluera jusqu’en 2006. Le club s’entraîne sur le terrain du Ceg Sainte-Rita, souvent marqué par les inondations. Un cadre peu propice aux grandes ambitions, mais qui n’empêche pas l’équipe de se faire un nom parmi les formations de jeunes de son époque.

Face à des adversaires réputés comme Jsc, Don Bosco et Pythagore, Étincelles gagne progressivement en crédibilité. Mieux, le club bouscule la hiérarchie en se hissant à la deuxième place de la première édition des Jeux nationaux, en 1999, avant de décrocher la médaille de bronze au tournoi Johnson Fernando, la même année.

À la fois entraîneur et secrétaire général, Sosthène Zohoun ne se contente pas de diriger depuis le bord du terrain. Il participe à la construction du collectif, veille à son organisation et accompagne sa progression. Sous son impulsion, Étincelles accède à la deuxième division régionale de l’Atlantique à l’issue du tournoi de repêchage.

Le football occupe alors une place centrale dans son existence, sans pour autant effacer ses autres engagements. Entre les études de géographie, la troupe de théâtre, ‘’Kpanligan’’ et les exigences du coaching, il trouve le moyen de maintenir son équipe dans une compétition où les ressources restent limitées. Cette période lui enseigne une leçon qui traversera toute sa carrière. Diriger, c’est aussi savoir composer avec les contraintes, mobiliser les énergies et tenir le cap lorsque les conditions sont loin d’être idéales.

 

L’entraîneur, l’éducateur et le goût du défi

 

Lorsque l’aventure Étincelles s’achève, une autre expérience l’attend. Pierre Hinvi rejoint l’Aspac comme directeur technique, tandis que Sosthène Zohoun prend la direction technique de l’As Cotonou, jeune club créé par des passionnés et engagé en troisième division régionale.

Avec cette formation, il retrouve le football à la base, au contact de jeunes venus de différents quartiers de Cotonou. Il leur apprend les exigences du jeu à onze, ses principes, sa rigueur et sa dimension collective. Plus qu’un entraîneur soucieux du résultat immédiat, il se révèle comme un éducateur convaincu que le talent seul ne suffit pas. Il faut le discipliner, le travailler et lui donner un cadre pour qu’il puisse s’exprimer.

De 1992 à 2006, ses expériences sur les bancs de touche lui permettent d’accumuler des connaissances techniques et humaines. Elles lui donnent aussi une lecture concrète des réalités du football béninois, depuis les terrains de quartier jusqu’aux structures plus organisées. Une connaissance du terrain qui, plus tard, nourrira sa manière d’aborder le management sportif.

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, le football béninois traverse une période difficile. Là où certains voient une impasse, Sosthène Zohoun et ses amis choisissent d'explorer d'autres pistes. Le sport reste leur terrain d'engagement, mais l'initiative dépasse désormais les seules limites du rectangle vert.

Ils lancent le Tournoi international de volleyball de Cotonou (TIVoCo), puis le TihandCo, consacré au handball. Ces initiatives, qui s'inscrivent dans une aventure d'une dizaine d'années, témoignent d'une capacité à imaginer des espaces de compétition, à fédérer des acteurs et à donner de la visibilité à d'autres disciplines.

Cette diversification n'est pas un renoncement au football. Elle traduit plutôt la conviction que le développement du sport exige des initiatives concrètes, une organisation sérieuse et la capacité de transformer les idées en projets viables.

Une parenthèse dans la presse écrite vient ensuite enrichir son parcours. À Aube Nouvelle, puis à Sport Plus, il découvre un autre regard sur l'univers sportif : celui de l'analyse, de l'information et du débat public. Il y conserve son engagement en faveur d'un football plus rayonnant et d'une gouvernance plus saine de la Fédération béninoise de Football.

Du terrain à la presse, en passant par l'organisation de compétitions, Sosthène Zohoun élargit progressivement son champ d'action. Il apprend à observer le football sous plusieurs angles. Aussi bien celui du technicien, du dirigeant, de l'organisateur que celui de l'acteur engagé dans les réflexions sur l'avenir du sport.

Le retour aux sources et la transmission

 

Entre 2014 et 2018, le technicien reprend du service auprès d'Alodo Sports, à Wologuèdè. Ce retour aux entraînements intervient à la suite de sollicitations de proches revenus d'une opération de détection à Bantè, avec de jeunes talents prometteurs dans leurs bagages, dont Bio Odo Chabi et Laté Femi, international béninois passé par les sélections U17, U20 et U23.

L'expérience prend rapidement une dimension formatrice. Charbel Gomez, Cristiano Edou et bien d'autres jeunes passent sous ses ordres et découvrent les exigences du football de haut niveau. Pour Sosthène Zohoun, il ne s'agit pas seulement de préparer des joueurs à une compétition. Il s’agit de leur transmettre des repères, leur apprendre la rigueur et les confronter aux exigences d'une progression durable.

En 2015, aux côtés de Rolland Zohoun, un de ses frères, il participe à la détection de plusieurs jeunes joueurs, parmi lesquels Teddy Atchou, Wenceslas Houessou, Jonas Tossou, Gaba Josué et Roméo da Costa. En 2016, cette dynamique se poursuit avec d'autres profils, dont Fabrice Houkpè et Abib Ayékotan.

À la tête du staff technique d'Alodo Sports lors du Tournoi international des centres de formation de football (Tic2F), en 2015, 2016 et 2018, il prend part à une aventure qui place la formation au cœur du projet sportif.


Passation de charges entre les secrétaires sortant et entrant


Cette période est également marquée par les changements intervenus dans la politique sportive béninoise à partir de 2016, avec l'arrivée au pouvoir du président Patrice Talon et l'engagement de réformes dans le secteur. En sa qualité de directeur technique, Sosthène Zohoun défend alors, sur les plateaux de télévision, le modèle promu par Rolland Zohoun. Celui d'académies accessibles, fondées sur la contribution plutôt que sur une logique exclusivement marchande.

Ses interventions et son implication dans les réflexions sur le sport lui ouvrent les portes de la commission des experts chargés de la relecture des textes. Il échange également avec plusieurs investisseurs privés béninois, soucieux de comprendre les réformes engagées par le gouvernement et les perspectives qu'elles offrent au secteur sportif.

Le terrain reste son point d'ancrage, mais sa réflexion s'étend désormais aux modèles économiques, aux cadres réglementaires et aux conditions nécessaires à la structuration du sport professionnel.

La rigueur au service de la performance

 

Avec Adjidja Fc, club de l'environnement militaire, une nouvelle dimension de son profil se révèle. L'enjeu n'est plus seulement d'encadrer des joueurs ou de développer un projet de formation. Il faut structurer une entité sportive, optimiser les ressources disponibles, mobiliser des partenaires et maintenir une équipe compétitive dans l'élite nationale.

Sosthène Zohoun s'attelle à cette tâche avec pragmatisme. Dans un contexte où les moyens ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions, il s'emploie à rechercher des solutions, à fédérer les bonnes volontés et à donner une cohérence à l'organisation du club.

Le maintien d'Adjidja Fc parmi les équipes de l'élite, grâce notamment aux ressources mobilisées auprès des sponsors, illustre cette capacité à travailler avec les moyens disponibles tout en poursuivant des objectifs sportifs précis.

La signature d'un partenariat avec Coris Bank constitue, dans cette trajectoire, un jalon important. Elle témoigne de sa volonté de rapprocher le football des acteurs économiques et de promouvoir des relations de partenariat plus structurées. Dans un environnement où le financement demeure un défi majeur pour les clubs, cette démarche s'inscrit dans une conception du management qui ne dissocie pas la performance sportive de la solidité organisationnelle.

Le dirigeant prend ainsi une place de plus en plus affirmée. Derrière l'homme de terrain se dessine un gestionnaire attentif aux équilibres, à la recherche de partenaires et à la nécessité d'inscrire les projets dans la durée.

Coton Sport repère à son tour ce profil qui conjugue expérience du terrain, sens de l'organisation et capacité à porter des projets. Sosthène Zohoun y accompagne une phase de transition avant d'être sollicité par le président de la Fédération béninoise de Football, Mathurin de Chacus, pour contribuer à l'achèvement de son mandat et préparer la suite.

Cette étape marque un tournant. Après avoir consacré une grande partie de sa vie à des clubs, à des centres de formation et à des initiatives sportives, il se rapproche du cœur institutionnel du football béninois. Le regard change d'échelle, les responsabilités s'élargissent et les enjeux deviennent ceux de l'organisation fédérale dans son ensemble.

Sa nomination au poste de secrétaire général de la Fbf vient ainsi donner une nouvelle portée à un parcours construit progressivement, au contact des réalités du football. Ce n'est pas une arrivée sortie de nulle part. C'est l'aboutissement d'un cheminement qui l'a conduit à connaître les difficultés des clubs, les exigences de la formation, les contraintes du management et les attentes des acteurs du sport.

Son itinéraire lui confère une expérience transversale, nourrie par des années de pratique et par la diversité des fonctions exercées. Il connaît le football des quartiers, celui des jeunes, les réalités de la détection, les exigences des clubs et les enjeux de leur financement. Autant de dimensions qui se croisent aujourd'hui dans ses nouvelles responsabilités.

 

Un bâtisseur qui sait compter sur le temps

 

Derrière cette trajectoire, il y a un tempérament : dynamique, entreprenant, pragmatique et perspicace. Sosthène Zohoun appartient à cette catégorie de dirigeants qui préfèrent les solutions concrètes aux discours sans lendemain. Il avance, expérimente, apprend et recommence. Il sait que les obstacles font partie du parcours et que les résultats durables exigent davantage que de l'enthousiasme.

Sa philosophie tient en la conviction que seul le travail, soutenu par l'abnégation, permet de construire quelque chose de solide. Mais cette exigence ne s'accompagne pas d'une recherche fébrile de reconnaissance. L'homme semble plutôt convaincu que le temps finit par révéler la valeur des efforts consentis, à condition de savoir patienter, de rester constant et de ne pas se détourner de l'essentiel.

De ce jeune homme de 16 ans entré dans un bureau de l'administration sportive pour inscrire une équipe de quartier au secrétaire général de la Fédération béninoise de Football, son crédo demeure intact. La passion du football et la volonté de lui être utile.

Pour beaucoup, l'accession à une fonction fédérale de premier plan pourrait constituer l'aboutissement d'une carrière. Pour Sosthène Zohoun, elle ressemble davantage à une nouvelle étape, avec ses défis, ses exigences et ses responsabilités.

Car les années ont beau avoir changé son statut, elles n'ont pas effacé l'esprit de ses débuts. Celui d'un jeune homme qui voulait simplement jouer au football et qui a fini par comprendre que, pour faire vivre une équipe, il faut aussi savoir la bâtir.

Son histoire, au fond, n'est pas celle d'une ascension fulgurante. C'est celle d'une construction patiente. Et pour cet homme de terrain devenu acteur de premier plan du football béninois, le plus important n'est peut-être pas le chemin parcouru, mais ce qu'il reste encore à bâtir