La Nation Bénin...
De
jeune joueur et dirigeant de quartier au poste de secrétaire général de la
Fédération béninoise de Football, Sosthène Sèflimi Zohoun a façonné son
parcours au fil des années, entre management de clubs, formation des jeunes,
initiatives sportives et engagement pour une meilleure gouvernance du football.
Un itinéraire singulier, guidé par le travail, la passion et la conviction
profonde que rien de durable ne se construit dans la précipitation.
Il
n’a que 16 ans, en 1990, lorsqu’il pousse, presque par curiosité, la porte de
la Direction départementale des Sports de l’Atlantique. Grand, animé par l’insouciance de la jeunesse et
l’envie de jouer au football, le garçon vient de capter sur Radio Bénin un
appel à l’inscription des équipes dans le cadre du projet bénino-allemand de
football des jeunes. Il imagine alors une simple occasion de retrouver ses
coéquipiers autour de quelques parties de « petit camp ». Mais les explications
qu’il reçoit changent la donne. Il s’agit de tournois inter-quartiers disputés
à onze contre onze.
Sans
le savoir, le jeune homme vient de franchir un seuil décisif. Il ne sera pas
seulement joueur. Il devra aussi apprendre à organiser, encadrer et faire vivre
une équipe de quartier. Sosthène, surnommé « Gi », diminutif de Gildas, entre
ainsi dans le monde du football par une porte qu’il n’a jamais vraiment
refermée.
Trente-six
ans plus tard, le voilà secrétaire général de la Fédération béninoise de
football (Fbf). Entre ces deux dates, il y a des équipes à construire, des
jeunes à former, des projets à lancer, des clubs à structurer et des défis à
relever. Surtout, avec cette volonté de faire avancer les choses par le
travail, l’initiative et la persévérance.
L’histoire
de Sosthène Zohoun s’écrit d’abord au contact du football de proximité, celui
qui se nourrit de débrouillardise, de solidarité et de passion. Après une
scission au sein d’Ordinateur Fc, dans l’environnement de l’Étoile Rouge, naît
Hafob, en 1991. Le club est porté par le tandem Pierre Hinvi, aujourd’hui
président de la Fédération béninoise de Boxe, et Sosthène Seflimi Zohoun.
L’aventure s’étend jusqu’en 1997 et contribue à forger les premières armes du
jeune passionné dans la gestion d’une équipe.
En
1999, une nouvelle page s’ouvre avec Étincelles, qui évoluera jusqu’en 2006. Le
club s’entraîne sur le terrain du Ceg Sainte-Rita, souvent marqué par les
inondations. Un cadre peu propice aux grandes ambitions, mais qui n’empêche pas
l’équipe de se faire un nom parmi les formations de jeunes de son époque.
Face
à des adversaires réputés comme Jsc, Don Bosco et Pythagore, Étincelles gagne
progressivement en crédibilité. Mieux, le club bouscule la hiérarchie en se
hissant à la deuxième place de la première édition des Jeux nationaux, en 1999,
avant de décrocher la médaille de bronze au tournoi Johnson Fernando, la même
année.
À
la fois entraîneur et secrétaire général, Sosthène Zohoun ne se contente pas de
diriger depuis le bord du terrain. Il participe à la construction du collectif,
veille à son organisation et accompagne sa progression. Sous son impulsion,
Étincelles accède à la deuxième division régionale de l’Atlantique à l’issue du
tournoi de repêchage.
Le
football occupe alors une place centrale dans son existence, sans pour autant
effacer ses autres engagements. Entre les études de géographie, la troupe de
théâtre, ‘’Kpanligan’’ et les exigences du coaching, il trouve le moyen de
maintenir son équipe dans une compétition où les ressources restent limitées.
Cette période lui enseigne une leçon qui traversera toute sa carrière. Diriger,
c’est aussi savoir composer avec les contraintes, mobiliser les énergies et
tenir le cap lorsque les conditions sont loin d’être idéales.
L’entraîneur,
l’éducateur et le goût du défi
Lorsque
l’aventure Étincelles s’achève, une autre expérience l’attend. Pierre Hinvi
rejoint l’Aspac comme directeur technique, tandis que Sosthène Zohoun prend la
direction technique de l’As Cotonou, jeune club créé par des passionnés et
engagé en troisième division régionale.
Avec
cette formation, il retrouve le football à la base, au contact de jeunes venus
de différents quartiers de Cotonou. Il leur apprend les exigences du jeu à
onze, ses principes, sa rigueur et sa dimension collective. Plus qu’un
entraîneur soucieux du résultat immédiat, il se révèle comme un éducateur
convaincu que le talent seul ne suffit pas. Il faut le discipliner, le
travailler et lui donner un cadre pour qu’il puisse s’exprimer.
De
1992 à 2006, ses expériences sur les bancs de touche lui permettent d’accumuler
des connaissances techniques et humaines. Elles lui donnent aussi une lecture
concrète des réalités du football béninois, depuis les terrains de quartier
jusqu’aux structures plus organisées. Une connaissance du terrain qui, plus
tard, nourrira sa manière d’aborder le management sportif.
À
la fin des années 1990 et au début des années 2000, le football béninois
traverse une période difficile. Là où certains voient une impasse, Sosthène
Zohoun et ses amis choisissent d'explorer d'autres pistes. Le sport reste leur
terrain d'engagement, mais l'initiative dépasse désormais les seules limites du
rectangle vert.
Ils
lancent le Tournoi international de volleyball de Cotonou (TIVoCo), puis le
TihandCo, consacré au handball. Ces initiatives, qui s'inscrivent dans une
aventure d'une dizaine d'années, témoignent d'une capacité à imaginer des
espaces de compétition, à fédérer des acteurs et à donner de la visibilité à
d'autres disciplines.
Cette
diversification n'est pas un renoncement au football. Elle traduit plutôt la
conviction que le développement du sport exige des initiatives concrètes, une
organisation sérieuse et la capacité de transformer les idées en projets
viables.
Une
parenthèse dans la presse écrite vient ensuite enrichir son parcours. À Aube
Nouvelle, puis à Sport Plus, il découvre un autre regard sur l'univers sportif
: celui de l'analyse, de l'information et du débat public. Il y conserve son
engagement en faveur d'un football plus rayonnant et d'une gouvernance plus
saine de la Fédération béninoise de Football.
Du
terrain à la presse, en passant par l'organisation de compétitions, Sosthène
Zohoun élargit progressivement son champ d'action. Il apprend à observer le
football sous plusieurs angles. Aussi bien celui du technicien, du dirigeant,
de l'organisateur que celui de l'acteur engagé dans les réflexions sur l'avenir
du sport.
Le
retour aux sources et la transmission
Entre
2014 et 2018, le technicien reprend du service auprès d'Alodo Sports, à
Wologuèdè. Ce retour aux entraînements intervient à la suite de sollicitations
de proches revenus d'une opération de détection à Bantè, avec de jeunes talents
prometteurs dans leurs bagages, dont Bio Odo Chabi et Laté Femi, international
béninois passé par les sélections U17, U20 et U23.
L'expérience
prend rapidement une dimension formatrice. Charbel Gomez, Cristiano Edou et
bien d'autres jeunes passent sous ses ordres et découvrent les exigences du
football de haut niveau. Pour Sosthène Zohoun, il ne s'agit pas seulement de
préparer des joueurs à une compétition. Il s’agit de leur transmettre des
repères, leur apprendre la rigueur et les confronter aux exigences d'une
progression durable.
En
2015, aux côtés de Rolland Zohoun, un de ses frères, il participe à la
détection de plusieurs jeunes joueurs, parmi lesquels Teddy Atchou, Wenceslas
Houessou, Jonas Tossou, Gaba Josué et Roméo da Costa. En 2016, cette dynamique
se poursuit avec d'autres profils, dont Fabrice Houkpè et Abib Ayékotan.
À la tête du staff technique d'Alodo Sports lors du Tournoi international des centres de formation de football (Tic2F), en 2015, 2016 et 2018, il prend part à une aventure qui place la formation au cœur du projet sportif.
Cette
période est également marquée par les changements intervenus dans la politique
sportive béninoise à partir de 2016, avec l'arrivée au pouvoir du président
Patrice Talon et l'engagement de réformes dans le secteur. En sa qualité de
directeur technique, Sosthène Zohoun défend alors, sur les plateaux de
télévision, le modèle promu par Rolland Zohoun. Celui d'académies accessibles,
fondées sur la contribution plutôt que sur une logique exclusivement marchande.
Ses
interventions et son implication dans les réflexions sur le sport lui ouvrent
les portes de la commission des experts chargés de la relecture des textes. Il
échange également avec plusieurs investisseurs privés béninois, soucieux de
comprendre les réformes engagées par le gouvernement et les perspectives qu'elles
offrent au secteur sportif.
Le
terrain reste son point d'ancrage, mais sa réflexion s'étend désormais aux
modèles économiques, aux cadres réglementaires et aux conditions nécessaires à
la structuration du sport professionnel.
La
rigueur au service de la performance
Avec
Adjidja Fc, club de l'environnement militaire, une nouvelle dimension de son
profil se révèle. L'enjeu n'est plus seulement d'encadrer des joueurs ou de
développer un projet de formation. Il faut structurer une entité sportive, optimiser
les ressources disponibles, mobiliser des partenaires et maintenir une équipe
compétitive dans l'élite nationale.
Sosthène
Zohoun s'attelle à cette tâche avec pragmatisme. Dans un contexte où les moyens
ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions, il s'emploie à rechercher des
solutions, à fédérer les bonnes volontés et à donner une cohérence à
l'organisation du club.
Le
maintien d'Adjidja Fc parmi les équipes de l'élite, grâce notamment aux
ressources mobilisées auprès des sponsors, illustre cette capacité à travailler
avec les moyens disponibles tout en poursuivant des objectifs sportifs précis.
La
signature d'un partenariat avec Coris Bank constitue, dans cette trajectoire,
un jalon important. Elle témoigne de sa volonté de rapprocher le football des
acteurs économiques et de promouvoir des relations de partenariat plus
structurées. Dans un environnement où le financement demeure un défi majeur
pour les clubs, cette démarche s'inscrit dans une conception du management qui
ne dissocie pas la performance sportive de la solidité organisationnelle.
Le
dirigeant prend ainsi une place de plus en plus affirmée. Derrière l'homme de
terrain se dessine un gestionnaire attentif aux équilibres, à la recherche de
partenaires et à la nécessité d'inscrire les projets dans la durée.
Coton
Sport repère à son tour ce profil qui conjugue expérience du terrain, sens de
l'organisation et capacité à porter des projets. Sosthène Zohoun y accompagne
une phase de transition avant d'être sollicité par le président de la
Fédération béninoise de Football, Mathurin de Chacus, pour contribuer à
l'achèvement de son mandat et préparer la suite.
Cette
étape marque un tournant. Après avoir consacré une grande partie de sa vie à
des clubs, à des centres de formation et à des initiatives sportives, il se
rapproche du cœur institutionnel du football béninois. Le regard change
d'échelle, les responsabilités s'élargissent et les enjeux deviennent ceux de
l'organisation fédérale dans son ensemble.
Sa
nomination au poste de secrétaire général de la Fbf vient ainsi donner une
nouvelle portée à un parcours construit progressivement, au contact des
réalités du football. Ce n'est pas une arrivée sortie de nulle part. C'est
l'aboutissement d'un cheminement qui l'a conduit à connaître les difficultés
des clubs, les exigences de la formation, les contraintes du management et les
attentes des acteurs du sport.
Son
itinéraire lui confère une expérience transversale, nourrie par des années de
pratique et par la diversité des fonctions exercées. Il connaît le football des
quartiers, celui des jeunes, les réalités de la détection, les exigences des
clubs et les enjeux de leur financement. Autant de dimensions qui se croisent
aujourd'hui dans ses nouvelles responsabilités.
Un
bâtisseur qui sait compter sur le temps
Derrière
cette trajectoire, il y a un tempérament : dynamique, entreprenant, pragmatique
et perspicace. Sosthène Zohoun appartient à cette catégorie de dirigeants qui
préfèrent les solutions concrètes aux discours sans lendemain. Il avance,
expérimente, apprend et recommence. Il sait que les obstacles font partie du
parcours et que les résultats durables exigent davantage que de l'enthousiasme.
Sa
philosophie tient en la conviction que seul le travail, soutenu par
l'abnégation, permet de construire quelque chose de solide. Mais cette exigence
ne s'accompagne pas d'une recherche fébrile de reconnaissance. L'homme semble
plutôt convaincu que le temps finit par révéler la valeur des efforts
consentis, à condition de savoir patienter, de rester constant et de ne pas se
détourner de l'essentiel.
De
ce jeune homme de 16 ans entré dans un bureau de l'administration sportive pour
inscrire une équipe de quartier au secrétaire général de la Fédération
béninoise de Football, son crédo demeure intact. La passion du football et la
volonté de lui être utile.
Pour
beaucoup, l'accession à une fonction fédérale de premier plan pourrait
constituer l'aboutissement d'une carrière. Pour Sosthène Zohoun, elle ressemble
davantage à une nouvelle étape, avec ses défis, ses exigences et ses
responsabilités.
Car
les années ont beau avoir changé son statut, elles n'ont pas effacé l'esprit de
ses débuts. Celui d'un jeune homme qui voulait simplement jouer au football et
qui a fini par comprendre que, pour faire vivre une équipe, il faut aussi
savoir la bâtir.
Son
histoire, au fond, n'est pas celle d'une ascension fulgurante. C'est celle
d'une construction patiente. Et pour cet homme de terrain devenu acteur de
premier plan du football béninois, le plus important n'est peut-être pas le
chemin parcouru, mais ce qu'il reste encore à bâtir
Sosthène Zohoun, secrétaire général de la Fédération béninoise de Football