La Nation Bénin...
La Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) a organisé, jeudi 30 avril à Cotonou, la 30? édition de la Journée africaine de la prévention des risques professionnels (Japrp). Entre bilan des acquis, défis persistants et nouvelles menaces liées aux mutations du travail, les participants ont insisté sur l’urgence d’une approche durable et proactive.
Réunis à Cotonou à l’occasion de la 30? Journée africaine de la prévention des risques professionnels, autorités, partenaires sociaux et acteurs du monde du travail ont dressé le bilan de trois décennies d’actions en faveur de la sécurité et de la santé au travail. Une rencontre marquée par un appel à renforcer les stratégies de prévention face à la hausse des accidents et à l’émergence de nouveaux risques. Instituée en 1997 sous l’égide de l’Interafricaine de la prévention des risques professionnels, la Japrp s’impose depuis trois décennies comme un cadre stratégique de réflexion et d’actions en faveur de l’amélioration des conditions de travail sur le continent. Trente ans après, l’heure est à l’évaluation lucide des acquis, à l’identification des insuffisances et à l’anticipation des risques émergents dans un monde du travail en pleine mutation.
Au Bénin, les statistiques présentées par le directeur général de la Cnss, Apollinaire Cadete Tchintchin, traduisent une réalité préoccupante. Le nombre d’accidents du travail est passé de 1 230 cas en 2021 à 2 294 en 2025, soit presque le double en quatre ans. À cela s’ajoute une moyenne annuelle de treize à quinze décès liés au travail. « Cette hausse constante est préoccupante. Elle traduit à la fois une intensification des activités économiques, une amélioration du système de déclaration, mais aussi la persistance de situations de travail à risque», a-t-il souligné. Ces données interpellent et imposent un renforcement des politiques de prévention. Car, au-delà des chiffres, ce sont des vies humaines, des familles et des performances économiques qui sont en jeu. La prévention des risques professionnels apparaît dès lors comme un impératif de santé publique, mais aussi un facteur de productivité.
Des avancées réelles, mais encore insuffisantes
Le bilan des trente dernières années fait état de progrès notables. Il s’agit notamment du renforcement du cadre réglementaire, de la structuration progressive des systèmes nationaux de prévention, de la multiplication des campagnes de sensibilisation et du développement des formations en hygiène, sécurité et santé au travail. Toutefois, ces avancées restent fragiles face à la persistance de nombreux défis. L’insuffisance d’équipements de protection dans certaines entreprises, la faible appropriation de la culture de prévention, notamment dans le secteur informel, ainsi que le non-respect des normes de sécurité continuent de limiter l’efficacité des actions engagées. Au-delà des défis structurels, la Japrp 2026 met en lumière l’émergence de nouveaux risques liés aux mutations économiques, technologiques et environnementales. La transformation numérique du travail, avec l’essor du télétravail, expose davantage aux risques psychosociaux, à l’isolement professionnel et aux troubles musculosquelettiques.
Les changements climatiques accentuent également l’exposition des travailleurs à des conditions extrêmes, notamment la chaleur dans certains secteurs d’activité. À cela s’ajoutent les nouvelles formes d’emploi issues des plateformes numériques, souvent dépourvues de mécanismes de protection sociale adaptés, ainsi que les risques sanitaires et biologiques révélés par les récentes pandémies. Au nom du préfet du Littoral, Wilfrid Gbaguidi, secrétaire général de la préfecture, a insisté sur la spécificité du département, principal poumon économique du pays. « La forte concentration d’activités industrielles, portuaires, commerciales et de services expose les travailleurs à des risques multiples et complexes», a-t-il relevé, appelant à des réponses adaptées à ces environnements à forte intensité économique.
La mobilisation collective indispensable
Pour la ministre du Travail et de la Fonction publique, Adidjatou Mathys, cette trentième édition constitue « un appel à l’action». Elle a salué les progrès enregistrés, tout en rappelant l’ampleur des défis. Citant les estimations de l’Organisation internationale du travail, elle a indiqué que près de trois millions de travailleurs meurent chaque année dans le monde du fait des accidents du travail et des maladies professionnelles.
Au plan national, elle a insisté sur l’urgence d’inverser la tendance haussière des accidents du travail. « La santé et la sécurité au travail ne sont pas des dépenses, mais un investissement dans l’humain», a-t-elle martelé, plaidant pour une prévention proactive, fondée sur l’anticipation, l’innovation et la durabilité. Les travaux de cette édition visent à déboucher sur des recommandations stratégiques pour renforcer la prévention à l’horizon 2040. Parmi les priorités, on relève l’amélioration des systèmes de contrôle, le renforcement des capacités des acteurs, l’intégration des nouvelles formes de risques dans les politiques publiques et la promotion d’une culture de prévention durable. Au terme des échanges, il ressort que la prévention des risques professionnels est une responsabilité collective. Elle exige une synergie d’action entre l’État, les employeurs, les travailleurs et les partenaires sociaux. Plus qu’une commémoration, la Japrp 2026 se positionne ainsi comme un tournant. Celui d’un engagement renouvelé pour faire de chaque lieu de travail un espace sûr, protecteur et propice à la performance. Car, comme l’ont rappelé les intervenants, « un accident évité n’a pas de prix ».
Renforcer les stratégies de prévention face à la hausse des accidents et à l’émergence de nouveaux risques