La Nation Bénin...
En
huit mois d’opération d’aide dans neuf communes du Bénin, l’Organisation non
gouvernementale (Ong) « Je Suis Citoyen Béninois » a aidé plus de 130 000
citoyens dépourvus de carte d’identité à avoir accès à la carte « C’est Moi »
et au Certificat d’identification personnelle (Cip) délivrées par l’Anip.
Samedi 16 mai dernier, les maires de communes bénéficiaires, les responsables
de l’Ong, les bénéficiaires et d’autres acteurs impliqués se sont donné
rendez-vous à Sô-Ava pour faire le bilan de cette opération, tirer les grands
enseignements et dégager des pistes pour surmonter les difficultés rencontrées
et élargir l’opération.
Des bénéficiaires exprimant leur joie, le Cip en main. Au Nord « j’ai vu un homme de la quatre-vingtaine couler des larmes parce que c’est la première fois de sa vie qu’il obtient une carte d’identité », témoigne un des responsables de l’Organisation non gouvernementale (Ong) « Je Suis Citoyen Béninois » qui a initié une campagne d’aide à l’obtention des cartes Cip et C’est Moi au profit des populations béninoises.
Après
huit mois de campagne dans les arrondissements, villages et hameaux, le bilan
est élogieux. Plus de 130 000 citoyens ont obtenu leur Cip, la preuve de leur
appartenance à la République. Cela leur permet d’avoir également accès aux
services financiers, de faire des achats en leur noms comme celui des cartes
Sim, etc. Au-delà des chiffres, les acteurs de cette opération sont heureux de
contribuer à une ambition plus large qui est de lutter contre « l’exclusion
administrative » et renforcer la participation démocratique.
«
L’initiative de l’Ong Je Suis Citoyen Béninois n’est pas une simple opération
administrative. Elle est une œuvre de dignité humaine. Elle est une action de
justice sociale », a déclaré André O. Todjè, maire de Sô-Ava. Il a insisté sur
les conséquences de l’absence de documents d’identité dans les zones rurales et
enclavées du pays. « Combien de femmes, de jeunes, de pêcheurs, d’artisans,
d’agriculteurs ou de personnes âgées vivent encore sans pièce d’identité
officielle
? », s’est-il interrogé. Selon lui, cette situation prive de nombreux citoyens
de leurs droits fondamentaux et les éloigne des services publics, du système
bancaire, des démarches administratives et même du processus démocratique.
Pour
André A. Todjè, le fort taux de participation observé lors de l’élection
présidentielle du 12 avril 2026 démontre déjà l’impact concret de l’initiative.
« Nous avons constaté une hausse significative du taux de participation
électorale dans nos communes, surtout dans celle de Sô-Ava », a-t-il affirmé,
estimant que l’accès à une identité administrative y a contribué et renforce la
confiance des citoyens envers les institutions de la République. « Lorsqu’il
obtient sa pièce d’identification, il se sent considéré. Et lorsqu’il se sent
reconnu par la République, il participe davantage à la construction
démocratique de son pays », a-t-il ajouté.
Initiative
salvatrice
Lancée en septembre 2025, l’initiative portée par l’Ong « Je suis citoyen béninois » est née d’un constat simple. Des milliers de Béninois, bien que enrôlés au Ravip, ne disposaient toujours pas de leurs cartes Cip ou C’est Moi. Tokandji K. Houédako, président de l’Ong explique que l’organisation a choisi d’aller directement vers les populations pour les aider à régler définitivement le problème.
« Nous payons leurs déplacements, nous les amenons vers les sites de l’Anip, nous les ramenons et nous leur plastifions les cartes », a-t-il détaillé. Initialement prévue sur toute l’étendue du territoire national, l’opération s’est finalement concentrée sur neuf communes stratégiques à savoir Lokossa, Bopa, Kouffo, Zè, Toffo, Allada, N’Dali, Pèrèrè et So-Ava. Selon les responsables de l’Ong, cette réorientation stratégique répondait à une nécessité d’efficacité à l’approche des élections.
«
On ne peut pas éparpiller notre énergie partout dans le Bénin. Il fallait se
concentrer sur certaines zones », a expliqué le président de l’organisation.
En
huit mois d’activités, plus de 130 000 citoyens ont été accompagnés dans leurs
démarches administratives. Pourtant, les responsables de l’Ong refusent de
considérer ce chiffre comme une pleine réussite. « On aurait pu faire beaucoup
mieux s’il n’y avait pas eu des difficultés », a souligné Tokandji Houédako,
évoquant des problèmes techniques récurrents comme les empreintes digitales
défectueuses chez certains citoyens, des numéros Ravip non fonctionnels ou
encore l’absence de tablettes dans certains arrondissements.
1
995 citoyens accompagnés à Sô-Ava
À
Sô-Ava, l’impact du projet est particulièrement visible. Jean-Roi Ilénikoua,
coordonnateur aux rapports de l’Ong et natif de Sô-Ava a indiqué qu’au
démarrage des opérations, les équipes pensaient trouver « deux ou trois
personnes par village » sans carte d’identité. Mais la réalité a été tout
autre.
«
Dès le troisième jour, on avait plus de 500 personnes sur la cour de la mairie
», a-t-il raconté. Selon lui, l’affluence a rapidement démontré l’ampleur du
problème dans la commune lacustre.
Au
terme de cette phase de l’opération, 1 995 cartes ont été délivrées à Sô-Ava.
Il salue l’implication des autorités locales et des points focaux mobilisés
dans les arrondissements. Au-delà du bilan, les organisateurs veulent désormais
inscrire l’initiative dans la durée. Les responsables de l’Ong annoncent une
présence permanente dans plusieurs communes afin de continuer à répondre aux
demandes des citoyens. « Si un citoyen nous appelle aujourd’hui pour une Cip,
on lui envoie quelqu’un», a expliqué le président de l’organisation.
Le
maire de Sô-Ava et ses collègues invités appellent, quant à eux, à une
amplification de cette dynamique citoyenne. Ils se disent prêts et engagés à
accompagner l’initiative. « Que notre engagement collectif permette à chaque
Béninoise et à chaque Béninois d’exercer pleinement ses droits et devoirs
civiques», a plaidé André O. Todjè. Il a annoncé des démarches pour faire
adhérer d’autres communes à l’initiative de l’Ong.
La
rencontre s’est achevée sur une note de fraternité et de valorisation
culturelle, avec la visite de la cité lacustre de Ganvié, présentée par le
maire comme « un symbole mondial de résilience, de courage et d’ingéniosité
humaine »¦
Les maires, responsables de l’Ong Je Suis Citoyen Bénin et les bénéficiaires des Cartes Cip et C’est Moi expriment leur satisfaction au terme de cette première phase de l’opération d’accompagnement des citoyens sans papiers