La Nation Bénin...

Décentralisation: Les collectivités locales, piliers du développement

Actualités
Avec la territorialisation annoncée, les communes joueront un rôle important  pour le mieux-être individuel Avec la territorialisation annoncée, les communes joueront un rôle important pour le mieux-être individuel

A travers son discours d'investiture, son projet de société Plus loin, ensemble et les premiers actes de son mandat, Romuald Wadagni laisse entrevoir une place renforcée des collectivités territoriales dans l'action publique. Après les réformes structurelles engagées, ces dernières années, les communes pourraient devenir l'un des principaux leviers de la transformation économique et sociale du Bénin.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 12 juin 2026 à 06h59 Durée 3 min.
#Mairie de Cotonou

« La croissance est encore plus perceptible lorsqu'une mère peut faire soigner son enfant sans craindre le coût des soins ; lorsqu'un agriculteur peut vendre sa production parce que la route est praticable ; ou lorsqu'une famille accède enfin à l'eau potable, à l'électricité, à un logement décent. C’est dire que le développement du Bénin doit se vivre dans chaque composante de la Cité et dans chaque territoire de la République ». Prononcés le dimanche 24 mai dernier lors de son investiture au Palais des Congrès de Cotonou, ces mots de Romuald Wadagni, président de la République, donnent une indication précise sur sa manière d'appréhender l'action publique. Au-delà des chiffres de la croissance, le chef de l'État met l'accent sur les réalités vécues par les populations. Une route entretenue, un centre de santé fonctionnel, une école alimentée en eau et en électricité ou encore des opportunités économiques accessibles dans les communes deviennent autant de marqueurs du développement.

Cette vision exprimée lors de la campagne électorale et en filigrane dans le discours d’investiture intervient dans un contexte particulier. Depuis cinq années environ, la décentralisation connaît une profonde mutation. Les réformes engagées sous le précédent régime ont modifié le fonctionnement des collectivités territoriales et ouvert une nouvelle étape dans la gouvernance locale. À présent, l'enjeu semble être de faire des territoires les principaux espaces de concrétisation des ambitions nationales.

Réforme structurelle.

Les communes d'aujourd'hui ne sont plus tout à fait celles d'il y a quelques années. La réforme structurelle de la décentralisation a profondément transformé leur organisation interne. L'instauration du poste de secrétaire exécutif, la professionnalisation progressive de l'administration communale, le recrutement de cadres qualifiés et le renforcement des mécanismes de contrôle ont contribué à moderniser la gestion locale.

L'objectif poursuivi était de permettre aux collectivités territoriales de disposer d'une administration plus performante, capable d'assurer la continuité du service public au-delà des alternances politiques. Dans plusieurs communes, cette réforme a permis d'améliorer le suivi des projets, la gestion des ressources et l'exécution des investissements.

Même si certains ajustements restent nécessaires, il est notoire aujourd'hui que la réforme a posé les bases d'une administration locale plus structurée. Les communes disposent désormais d'outils qui leur permettent de jouer un rôle plus important dans le développement économique et social.

C'est précisément sur ces fondations que semble vouloir s'appuyer Romuald Wadagni. Là où la réforme a renforcé les capacités des collectivités, le nouveau président entend leur confier une place plus stratégique dans la conduite du développement national.

L'une des particularités du projet de société “Ensemble plus loin” réside dans l'importance accordée à la territorialisation des politiques publiques. L'analyse du document montre que le territoire n'y est plus considéré comme une simple circonscription administrative chargée d'appliquer des décisions prises au niveau central. Il devient un espace de production, d'innovation, d'investissement et de création de richesse.

Cette approche rejoint les grandes tendances observées dans plusieurs pays où le développement est désormais pensé à partir des réalités locales. Les besoins d'une commune agricole du Borgou ou des Collines ne sont pas les mêmes que ceux d'une commune touristique du Mono ou d'un centre urbain du Littoral. Les réponses publiques doivent donc tenir compte des spécificités de chaque territoire.

A travers cette vision, Romuald Wadagni semble vouloir rapprocher davantage les politiques publiques des citoyens. Les décisions prises au niveau national trouvent alors leur prolongement dans les communes, là où elles produisent leurs effets concrets.

Les premières mesures annoncées par le gouvernement illustrent cette logique. La gratuité de l'enseignement secondaire public pour les filles, les investissements destinés à renforcer l'accès à l'eau potable et à l'électricité dans les écoles et les centres de santé, la prise en charge des urgences vitales dans les formations sanitaires publiques ou encore les nouvelles mesures en faveur du monde agricole auront tous une traduction territoriale.

Leur réussite dépendra largement de la capacité des collectivités locales à accompagner leur mise en œuvre et à répondre aux attentes des populations. En d'autres termes, le développement ne sera plus seulement évalué à l'échelle nationale. Il sera observé dans les quartiers, les villages, les arrondissements et les communes.

Responsabilité

Les premiers actes du nouveau régime semblent confirmer cette orientation. Dès le deuxième Conseil des ministres, le gouvernement a procédé à la nomination de l'ensemble des préfets de département, avec un renouvellement de près de la moitié des titulaires. Ce choix rapide a été perçu comme un signal adressé à l'administration territoriale.

Les préfets occupent en effet une position centrale dans la coordination de l'action publique. Ils assurent le lien entre l'État et les collectivités territoriales et veillent à la mise en œuvre des politiques gouvernementales dans les départements. Leur renouvellement partiel traduit une volonté de disposer rapidement d'un dispositif territorial capable d'accompagner les nouvelles priorités du gouvernement.

En dehors des préfets, ce sont surtout les communes qui apparaissent comme les grandes bénéficiaires de cette orientation. Les politiques sociales, agricoles, éducatives et sanitaires annoncées par le gouvernement nécessiteront une forte implication des acteurs locaux. Les maires, les secrétaires exécutifs, les cadres communaux ainsi que les services déconcentrés seront appelés à jouer un rôle déterminant.

Pour beaucoup, ainsi que l’affirme le président de la République, le véritable défi du septquennat sera de transformer les performances macroéconomiques du pays en améliorations visibles dans le quotidien des populations. Une croissance économique de 7 ou 8 % n'a de sens que lorsqu'elle se traduit par des routes praticables, des emplois, des centres de santé mieux équipés, des écoles plus accueillantes ou des opportunités nouvelles pour les jeunes.

C'est précisément cette ambition que porte Romuald Wadagni. Son projet repose sur l'idée que le développement national ne peut être durable que s'il est partagé par les territoires. Après le temps des réformes institutionnelles, pourrait ainsi venir celui de la pleine valorisation du potentiel des collectivités territoriales.

Ce qui est certain, c’est que les communes ne seront plus de simples exécutantes des politiques publiques. Elles sont appelées à devenir des acteurs majeurs de la transformation du pays. Si cette orientation se confirme au cours des prochaines années, le mandat de Romuald Wadagni pourrait marquer une étape décisive dans l'histoire de la décentralisation béninoise, en faisant des territoires le véritable moteur du développement national.