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Développement du lac Ahémé: Trois priorités pour les cinq prochaines années

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Le gouvernement a approuvé le Plan stratégique de développement 2026-2030 de l’Agence pour le développement intégré de la zone économique du Lac Ahémé et ses chenaux. Ce document laisse entrevoir la volonté de redonner vie aux plans d’eau, soutenir les activités qui font vivre les populations riveraines et faire de cet espace un véritable moteur de développement économique et touristique.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 09 juin 2026 à 06h55 Durée 3 min.
#Réhabilitation du Lac Ahémé

Le Lac Ahémé fait partie du quotidien de milliers de familles. Pour les pêcheurs, les mareyeuses, les transporteurs ou encore les artisans installés le long de ses rives, il constitue bien plus qu’un simple plan d’eau. Il est une source de revenus, un espace de vie et un patrimoine collectif. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a approuvé en Conseil des ministres, mercredi 3 juin, le Plan stratégique de développement 2026-2030 de l’Agence pour le développement intégré de la zone économique du Lac Ahémé et ses chenaux (Adelac). A travers ce document, les autorités entendent donner un nouveau souffle à cette zone confrontée depuis plusieurs années à des défis environnementaux et économiques qui affectent directement les populations.

La vision portée par ce plan est clairement définie. À l’horizon 2030, les zones des plans d’eau devront être réhabilitées et aménagées de manière à retrouver leur équilibre écologique tout en jouant pleinement leur rôle dans le développement des territoires. L’ambition est de faire des espaces lacustres des pôles durables de croissance économique et touristique. Cette orientation répond à une réalité bien connue des riverains. Lorsque les ressources halieutiques diminuent, lorsque les chenaux se dégradent ou que l’environnement se détériore, ce sont des activités entières qui ralentissent et des ménages qui voient leurs revenus diminuer. À l’inverse, un plan d’eau restauré et mieux valorisé va créer de nouvelles opportunités et renforcer l’attractivité de toute une région.

Pour transformer cette vision en actions concrètes, trois grandes priorités ont été retenues pour les cinq prochaines années. La première concerne la réhabilitation et la valorisation des plans d’eau. L’objectif est de restaurer les écosystèmes, préserver les ressources naturelles et améliorer durablement les conditions d’exploitation du lac et de ses chenaux. Cette dimension environnementale est essentielle, car elle conditionne la pérennité de nombreuses activités économiques exercées dans la zone.

La deuxième priorité porte sur le développement de l’économie locale. Derrière cette orientation se trouve la volonté de renforcer les activités existantes tout en favorisant l’émergence de nouvelles initiatives créatrices de richesses. La pêche, le tourisme, le commerce et les activités connexes figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier des interventions prévues. Pour les populations riveraines, l’enjeu est simple : disposer d’un environnement capable de générer davantage de revenus et d’emplois tout en améliorant les conditions de vie.

La troisième priorité concerne l’amélioration de la gouvernance de l’agence. La réussite du plan dépendra en grande partie de la capacité de l’Adelac à coordonner les actions, mobiliser les acteurs concernés et assurer un suivi rigoureux des projets engagés. Le gouvernement entend ainsi renforcer l’efficacité de l’institution, afin qu’elle puisse jouer pleinement son rôle dans la mise en œuvre de cette stratégie.

Ces trois orientations stratégiques sont complétées par six axes stratégiques, trois programmes opérationnels et treize actions destinées à traduire les ambitions affichées en réalisations concrètes sur le terrain. Cette architecture traduit la volonté de disposer d’un cadre cohérent permettant d’agir simultanément sur les questions environnementales, économiques et institutionnelles.

Ecosystème fragilisé

Avec ses 8 500 hectares, le lac Ahémé est le deuxième plus grand plan d’eau du sud du Bénin après le lac Nokoué. Il s’étend sur environ 70 kilomètres entre les communes de Kpomassè, Bopa et Comè, constituant depuis des générations une source essentielle de revenus pour les populations riveraines. Pêche, transport, commerce et activités artisanales se sont longtemps développés autour de cet espace qui a façonné la vie économique et sociale de plusieurs localités. Mais derrière cette richesse naturelle se cache aujourd’hui un écosystème sous pression, confronté à une dégradation progressive de ses ressources et de son environnement.

Au fil des années, les équilibres naturels du lac ont été profondément perturbés. L’érosion des berges, l’ensablement et les dépôts de sédiments ont progressivement modifié sa morphologie. À ces phénomènes naturels se sont ajoutées de nombreuses activités humaines qui ont accentué la fragilité du milieu. Les défrichements répétés, l’exploitation intensive du bois pour la pêche et les besoins domestiques ainsi que la disparition progressive du couvert végétal ont contribué à affaiblir l’écosystème. Plusieurs essences autrefois abondantes autour du lac ont fortement régressé, tandis que les mangroves qui bordaient certaines zones ont subi les effets de la déforestation. Cette situation a entraîné un recul de la biodiversité et une diminution de certaines ressources halieutiques qui faisaient autrefois la réputation du lac.

Les transformations observées autour du plan d’eau traduisent également une occupation de plus en plus importante des terres par les activités humaines. Au cours des dernières décennies, les espaces naturels ont progressivement cédé du terrain aux zones de cultures, aux plantations et aux agglomérations. Cette évolution a réduit les capacités de régénération de l’environnement et accentué les pressions sur les ressources disponibles. Les conséquences se font ressentir jusque dans les activités de pêche. Des espèces autrefois abondantes sont devenues rares, réduisant les revenus de nombreux ménages vivant directement du lac.

Cette dégradation contraste avec le rôle majeur que jouait autrefois le lac Ahémé dans l'économie régionale. Pendant plusieurs décennies, ses eaux alimentaient les marchés béninois mais aussi ceux de plusieurs pays voisins en produits halieutiques. Aujourd'hui, les difficultés liées à la circulation des eaux et aux transformations de l'environnement soulèvent des inquiétudes quant à l'avenir de cet espace stratégique. C'est dans ce contexte que les initiatives de restauration écologique et les nouveaux programmes de développement prennent tout leur sens.

Pour de nombreux riverains, préserver le lac Ahémé ne relève pas seulement d'une exigence environnementale ; il s'agit aussi de sauvegarder une source de vie, d'emplois et de prospérité pour les générations futures.

Une feuille de route pour préserver le lac

La sauvegarde du lac Ahémé ne repose plus seulement sur des initiatives ponctuelles. Depuis l'adoption du Plan d'aménagement et de gestion (Pag) couvrant la période 2024-2034, les acteurs engagés dans la protection de cet écosystème disposent d'une vision structurée pour les dix prochaines années. Ce document concerne l'Aire communautaire de conservation de la biodiversité (Accb-Lac Ahémé), un espace de plus de 45 000 hectares couvrant 32 villages répartis autour du plan d'eau. Son objectif est de créer les conditions d'une restauration durable de cet environnement dont dépendent des milliers de riverains.

À l'heure où le gouvernement vient d'approuver le Plan stratégique de développement 2026-2030 de l'Adelac, cette feuille de route environnementale apparaît comme un complément essentiel aux ambitions économiques et touristiques affichées pour la zone. Le Pag privilégie une gestion fondée sur l'implication directe des communautés locales.

Les populations riveraines, les organisations de la société civile, les communes de Comè, Bopa et Kpomassè, les services techniques de l'État, l'Adelac ainsi que plusieurs partenaires sont appelés à jouer un rôle actif dans la préservation des ressources naturelles. Cette approche participative repose sur la conviction que la restauration du lac ne peut réussir sans l'adhésion des populations qui vivent quotidiennement de ses ressources.

Le document s'articule autour de quatre grands axes d'intervention, déclinés en quatorze objectifs et soixante-huit mesures de gestion. La surveillance des ressources naturelles, le reboisement des zones dégradées, la protection des mangroves, la création de frayères pour favoriser la reproduction des poissons ainsi que la lutte contre les occupations anarchiques des berges figurent parmi les actions prévues. L'enjeu est de freiner l'érosion des sols, limiter l'ensablement progressif du lac et restaurer les habitats naturels indispensables à la biodiversité.

La mise en œuvre de ce programme nécessite un investissement estimé à plus de 1,2 milliard de francs Cfa. Au-delà des moyens financiers, le succès du dispositif dépendra surtout de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble sur la durée.

Le lac Ahémé bénéficie déjà d'un cadre local de gestion durable des mangroves adopté par les communautés. Cette dynamique s'inscrit dans la protection d'un espace qui fait partie du site Ramsar 1017 et qui abrite une importante diversité de faune et de flore aquatiques et terrestres. Dans un contexte où les pressions humaines continuent de peser sur les écosystèmes, ce plan apparaît comme l'un des principaux instruments de préservation d'un patrimoine naturel dont l'avenir conditionne celui des populations riveraines.