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État de droit et démocratie en Afrique: La grande épreuve des Constitutions au cœur des débats en 2026

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L’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a donné le coup d’envoi d’une année 2026 dédiée à une réflexion de fond sur l’avenir de l’État de droit et de la démocratie sur le continent L’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a donné le coup d’envoi d’une année 2026 dédiée à une réflexion de fond sur l’avenir de l’État de droit et de la démocratie sur le continent

Réformes constitutionnelles à répétition, crises de légitimité, soupçons d’instrumentalisation politique: en Afrique, la Constitution reste un champ de bataille. À Cotonou, l’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a donné le coup d’envoi d’une année 2026 dédiée à une réflexion de fond sur l’avenir de l’État de droit et de la démocratie sur le continent.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 19 janv. 2026 à 09h37 Durée 3 min.
#démocratie en Afrique

Le ton est donné, les axes tracés. L’année 2026 sera, pour l’Institut des artisans de justice et de paix, Chant d’oiseau (Iajp/Co), une année de réflexion intense sur les Constitutions africaines et leur rôle dans la consolidation démocratique.

Jeudi 15 janvier 2026 à Cotonou, l’institut a réuni un parterre représentatif de la société béninoise : responsables politiques, cadres de l’administration publique, universitaires, acteurs de la société civile, citoyens, sans oublier des membres du corps diplomatique accrédités au Bénin.

Le directeur de l’Iajp, le Père Arnaud Éric Aguénounon, a rappelé avec force que la démocratie n’est pas un acquis définitif, mais un ouvrage à bâtir et à reconstruire sans cesse. Inscrivant cette vision dans une filiation intellectuelle et morale, il a rendu un hommage appuyé à Monseigneur Isidore de Souza, figure tutélaire de la Conférence nationale de 1990, qu’il a présenté comme « un semeur d’avenir et d’espérance », dont la pensée a inspiré la création même de l’Iajp. Le projet, a-t-il rappelé, a été structuré et porté dès ses débuts par le Père fondateur Raymond Goudjo. Pour le responsable de l’institut, l’avenir démocratique de l’Afrique ne dépend ni des textes seuls ni des institutions abstraites, mais de l’engagement concret de chaque citoyen. C’est pourquoi, il a lancé un appel solennel à toutes les forces vives du continent afin que l’année 2026 soit, pour l’Iajp, un creuset de réflexions audacieuses, lucides et fécondes.

Quand la Constitution devient un champ de tension

Pour planter le décor intellectuel de cette année de réflexion, l’Iajp a ouvert ses travaux par une conférence inaugurale de haute facture, animée par le professeur Hilaire Akerekoro, agrégé de droit public (Cames) et professeur titulaire à l’Université d’Abomey-Calavi. Devant un auditoire attentif, l’universitaire a livré une analyse dense et sans complaisance sur le thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverses ». D’entrée de jeu, le conférencier a évoqué une analyse formulée dès 1982 par le constitutionnaliste béninois Maurice Ahanhanzo-Glélé. Selon ce dernier, l’Afrique est enfermée dans une instabilité constitutionnelle chronique, marquée par une succession de constitutions adoptées, contestées, puis remplacées. Plus de quarante ans plus tard, a souligné le professeur Akerekoro, ce diagnostic demeure d’une troublante actualité. Décryptant la notion de réforme constitutionnelle, il a pris soin de la distinguer de concepts souvent confondus dans le débat public : changement constitutionnel, révision, amendement ou manipulation constitutionnelle. La réforme, a-t-il expliqué, peut soit consacrer la naissance d’une nouvelle République par l’adoption d’un texte inédit, soit modifier une Constitution existante par des procédures prévues à cet effet. Du Togo au Cameroun, du Bénin à la République démocratique du Congo, les exemples africains abondent.

Mais derrière la technicité juridique, le conférencier a mis en lumière une réalité plus brutale : la Constitution est devenue un instrument de luttes politiques. Si le peuple reste, en théorie, le détenteur du pouvoir constituant, les procédures de réforme sont souvent confisquées par des élites politiques, parfois sous couvert de la légalité formelle. Référendums controversés, lois constitutionnelles taillées sur mesure, pressions internationales: les mécanismes se multiplient et interrogent. Au cœur de son analyse, trois mots ont structuré le débat : efficacité, stabilité et controverse. Une réforme est-elle efficace lorsqu’elle permet de gouverner plus vite, ou lorsqu’elle protège durablement les libertés? Est-elle stable lorsqu’elle résiste aux crises, ou lorsqu’elle verrouille le jeu politique ? Quant aux controverses, elles surgissent dès que la réforme apparaît comme un moyen de prolonger un pouvoir ou d’affaiblir les contre-pouvoirs démocratiques.

Le professeur Akerekoro a, pour finir, insisté sur le rôle décisif de la société civile, des institutions religieuses et surtout des juridictions constitutionnelles. À travers des exemples jurisprudentiels, notamment en République centrafricaine, il a montré que le juge constitutionnel peut, lorsqu’il est indépendant, constituer un véritable rempart contre les dérives. Une leçon essentielle pour l’Afrique, à l’heure où la Constitution demeure à la fois le socle et l’épreuve de la démocratie.

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