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Fraudes sur les balances: Un fléau persistant qui pénalise les consommateurs

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Des balances arraisonnées au marché Dantokpa  par les agents de l’Anm Des balances arraisonnées au marché Dantokpa par les agents de l’Anm

Malgré les opérations répétées de contrôle menées par l’Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité (Anm), les pratiques frauduleuses liées aux instruments de mesure continuent de prospérer dans les marchés et les quartiers. Une situation qui interroge sur l’efficacité des sanctions et la responsabilité des acteurs du commerce.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 24 avr. 2026 à 06h51 Durée 3 min.
#fraudes #anm

Le constat est préoccupant et revient avec insistance sur le terrain. Les fraudes liées aux instruments de mesure persistent, malgré les efforts de régulation engagés depuis plusieurs années. Balances truquées, bascules non certifiées, appareils manipulés… autant de pratiques qui continuent de léser les consommateurs dans leurs achats quotidiens. La descente inopinée effectuée ces dernières heures au marché Dantokpa par les agents de l’Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité (Anm) en est une illustration frappante. Dans les zones de vente d’ignames et au niveau des boucheries dans ce marché international, plusieurs balances et bascules non certifiées ont été identifiées et saisies. Une quarantaine d’instruments ont ainsi été retirés de la circulation, tandis que les utilisateurs ont été convoqués pour répondre de leurs actes. Ces opérations de contrôle, qui se sont multipliées ces dernières semaines à Lokossa, Aplahoué, Bassila, Djougou ou encore Natitingou, témoignent de la volonté des autorités de réguler le marché. Mais elles révèlent surtout une réalité plus profonde qui est celle d’une mauvaise foi persistante chez certains commerçants qui, en dépit des risques encourus, continuent de contourner la réglementation. Pourtant, le cadre légal dit que « tout instrument de mesure utilisé dans les transactions commerciales doit être certifié avant sa mise en service. Le non-respect de cette obligation expose les contrevenants à des sanctions allant d’amendes de 10 000 à 1 million de francs Cfa, voire à des peines d’emprisonnement ». Mais dans les faits, ces dispositions peinent à dissuader les pratiques frauduleuses. Au-delà des grands marchés comme Dantokpa, le phénomène s’étend dans les quartiers. Dans les charcuteries, poissonneries, boutiques de vivres ou encore dans le commerce de provendes, les consommateurs sont régulièrement confrontés à des pesées biaisées. Même certains supermarchés ou quincailleries de renom ne sont pas épargnés, ce qui renforce le sentiment de méfiance chez les citoyens.

Durcissement des sanctions

Pourquoi ces pratiques perdurent-elles malgré les contrôles ? Pour certains observateurs, la réponse tient à une combinaison de facteurs. D’une part, l’appât du gain pousse certains acteurs à tricher pour maximiser leurs marges. D’autre part, la faiblesse des sanctions ou leur application irrégulière ne crée pas un effet dissuasif suffisant. En réalité, le préjudice subi par les consommateurs est loin d’être négligeable. À petite échelle, quelques grammes ou kilogrammes en moins peuvent sembler anodins, voire négligeables. Mais cumulés sur des milliers de transactions quotidiennes, ces écarts représentent des pertes importantes pour les ménages, déjà confrontés à la cherté de la vie. Face à cette situation, les actions de l’Anm apparaissent comme nécessaires, mais encore insuffisantes. Les descentes inopinées, les saisies et les mises sous scellés contribuent à assainir temporairement le marché, sans pour autant éradiquer le phénomène. Une fois les contrôles passés, certaines pratiques reprennent, parfois de manière plus discrète. Dès lors, l’enjeu dépasse la simple répression. Il s’agit de bâtir une culture de conformité et de responsabilité au sein du tissu commercial. Cela passe par un renforcement des contrôles, mais aussi par une sensibilisation accrue des commerçants aux risques encourus et les enjeux d’éthique. Parallèlement, plusieurs voix appellent à un durcissement des sanctions. L’application effective des peines prévues par la loi, notamment les amendes significatives et les peines privatives de liberté, pourrait constituer un levier plus dissuasif. L’idée étant de faire comprendre que la fraude est une atteinte grave aux droits des consommateurs. Les consommateurs eux-mêmes ont également un rôle à jouer. Une plus grande vigilance, accompagnée de dénonciations systématiques des abus, pourrait contribuer à réduire ces pratiques. Dans certains pays, la mise en place de mécanismes de signalement accessibles a permis d’améliorer la transparence des transactions. La lutte contre les fraudes sur les instruments de mesure s’inscrit dans une volonté de confiance dans les échanges commerciaux. Tant que des pratiques douteuses subsisteront, cette confiance restera fragilisée. L’équité dans les transactions ne devrait pas être une option, mais une règle intangible. Et pour y parvenir, la réponse devra être à la fois ferme, continue et collective.