La Nation Bénin...
Le renouvellement des exécutifs municipaux à Cotonou, Porto-Novo, Parakou et Abomey-Calavi ouvre une nouvelle page de la décentralisation. Entre continuité politique, repositionnements stratégiques et attentes citoyennes fortes, ces changements dessinent les contours d’une gouvernance locale appelée à plus d’efficacité et de résultats.
Au Bénin, la décentralisation n’est pas un simple exercice administratif. Elle est révélatrice de choix politiques, d’un baromètre de la confiance partisane et surtout, d'un test grandeur nature de la capacité des élus à traduire les politiques publiques en améliorations concrètes du cadre de vie. A y voir de près, le récent renouvellement des équipes dirigeantes dans quatre grandes communes à savoir Cotonou, Porto-Novo, Parakou et Abomey-Calavi s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Dans les trois communes à statut particulier que sont Cotonou, Porto-Novo et Parakou, le changement de leadership n’a rien d’anecdotique. Les anciens maires Luc Atrokpo, Charlemagne Yankoty et Inoussa Chabi Zimé ont quitté les hôtels de ville pour l’Assemblée nationale. Élus députés de la dixième législature, ils ont troqué l’écharpe communale contre celle parlementaire, faisant le choix ou acceptant la décision partisane d’un autre terrain d’influence. Ce départ, traduit une recomposition stratégique. Dans certains cas, l’envie d’explorer de nouveaux leviers d’action nationale, dans d’autres, la volonté des partis de confier la conduite des exécutifs locaux à de nouveaux profils, jugés plus en phase avec les défis actuels des territoires.
À Abomey-Calavi, la transition était attendue. Le retrait du maillet municipal à Angelo Ahouandjinou ne surprend guère. Dans cette cité-dortoir en pleine expansion, les attentes étaient immenses, les défis multiples, liés notammant à l’urbanisation anarchique, la mobilité, les services de base, les conflits autour du foncier…, mais l’ère Ahouandjinou n’y a pu grand-chose. Accusé d’inaction sur plusieurs chantiers structurants, l’ancien édile laisse derrière lui une commune en quête de solutions plus audacieuses et d’un pilotage plus incisif. Les partis Union progressiste le Renouveau et Bloc Républicain ont alors fait le pari du renouvellement, misant sur des profils à forte valeur ajoutée technique, politique ou générationnelle.
De nouveaux profils
À Cotonou, le choix s’est porté sur Luc Gnacadja. Architecte et urbaniste de formation, ancien ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme sous la présidence de Mathieu Kérékou, il a surtout marqué la scène internationale comme Secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (2007–2013). À la tête de la capitale économique, il arrive avec une vision structurée. Celle de l’amélioration du cadre de vie, la lutte contre les inondations, une planification urbaine rigoureuse doublée d’une culture du résultat. Un profil de technocrate pour une ville confrontée à des urgences majeures.
À Parakou, c’est la jeunesse qui frappe à la porte du pouvoir local avec Zakarie Zul-Kifly, l’un des plus jeunes élus à diriger une municipalité au Bénin. Son élection symbolise une volonté de renouvellement générationnel et une attente forte. Zakarie Zul-Kifly doit insuffler dynamisme, innovation et proximité dans la gestion d’une des plus importantes villes du Nord. Porto-Novo, la capitale a confié désormais ses destinées à Rachad Toukourou. Dans une ville marquée par un patrimoine culturel dense mais sous-exploité, le défi sera de concilier valorisation historique, attractivité touristique et modernisation des services urbains. Enfin, à Abomey-Calavi, la gouvernance est confiée à Nathanaël Koty, figure bien connue de la scène politique et sportive nationale. Son profil transversal nourrit l’espoir d’une gestion plus inclusive, capable de mobiliser la jeunesse et de redonner un cap clair à cette commune tentaculaire.
Au-delà des noms et des parcours, c’est une même exigence qui traverse ces quatre communes à savoir celle de résultats visibles. Les populations attendent des réponses concrètes à des problèmes quotidiens. Les nouveaux maires héritent de nombreuses attentes, aussi bien de la part des populations que des partis politiques qui leur ont fait confiance. Ces nouvelles équipes municipales sont désormais attendues sur le terrain. Car, au bout du compte, c’est à l’aune des actes et non des intentions que se jugera la promesse du développement local mieux conduit.
Les nouveaux maires face aux nombreuses attentes des populations