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Leadership féminin et développement: Les déterminants pour une meilleure affirmation de la femme

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Une femme leader doit être capable de rouler même sur  des chemins tortueux Une femme leader doit être capable de rouler même sur des chemins tortueux

Le leadership féminin s’exerce. Bien l’assumer contribue au développement. Les féministes et autres défenseurs des droits des femmes en conviennent. La célébration de la Journée internationale des droits de la femme édition 2024 a permis de partager quelques astuces.

 

Par   Maryse ASSOGBADJO, le 05 avr. 2024 à 06h37 Durée 3 min.
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Les aspirations à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme 2024 convergent vers l’affirmation d’un leadership féminin au service du développement. C’est du moins l’idée au cœur des réflexions entrant dans le cadre de la Jif.

Pour entrer dans le vif du sujet, les féministes ont fait une clarification conceptuelle du terme leadership avant de s’attarder sur le leadership féminin, et mieux encore le leadership féminin au service du développement et de la paix. Pour bon nombre de femmes, le leader féminin incarne la paix, la combativité, la créativité, le dynamisme, l’esprit d’équipe et d’écoute….

Au cours d’un panel de discussions organisé par le Programme d’appui à l’égalité du genre (Paeg), mercredi 20 mars dans le cadre de la Journée internationale de la femme, les langues des panélistes se sont déliées pour aborder de fond en comble la notion du leadership.

Mido Mahoulomè Adjahossou, cadre à la mairie de Zogbodomey, membre de la cohorte du Paeg, n’attribue pas une définition toute faite au leadership, mais elle ébauche tout de même quelques traits du leader. « C’est un ensemble de thématiques qui permettent de définir le leadership. On peut l’associer à l’aura d’une personne, à sa capacité à influencer et guider. Le leader, c’est quelqu’un qui a une vision claire de ses objectifs et la capacité de fédérer ses pairs autour de lui pour les atteindre ».

Pour elle, le leadership n’est pas une question de niveau intellectuel ou de diplôme. « Une femme de bas niveau en milieu urbain peut être l’intellectuelle en milieu communautaire. Elle doit avoir un pouvoir d’achat, mener des actions et ne demander de l’aide qu’à un niveau infime », relève-t-elle.

 

Des valeurs

 

Fatoumatou Batoko Zossou, présidente de la Coalition nationale pour la paix, pense que l’humilité, le charisme, l’honnêteté et la compassion doivent être les maîtres-mots du leader et surtout de la femme leader politique. Le leadership est incompatible avec le renoncement des valeurs. «Quand on est leader, il faut éviter d’être en décadence avec sa coutume », martèle-t-elle.

A en croire les politiciens, les suspicions, les intrigues et les coups bas sont légion en politique. Les femmes politiciennes ne font pas exception sur ce terrain. Beaucoup incriminent le manque de soutien et de solidarité entre elles. Pourtant, elles ne devraient pas prêter le flanc à ces jeux à partir du moment où elles-mêmes font souvent l’objet de critiques, de convoitises, et de suspicions. 

C’est justement sur ce terrain qu’elles doivent se démarquer du lot. C’est du moins l’invite de Maxime Houinato, représentant Onu femme pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui engage par ailleurs la responsabilité des hommes à plusieurs niveaux afin d’inverser la tendance. Les hommes doivent être des exemples pour les femmes dans le milieu professionnel ; ils doivent assurer la sécurité des femmes partout, adopter un comportement responsable d’un homme à domicile. Il relève également l’humanisation des consciences masculines, en les exhortant à s’impliquer dans la promotion de l’égalité homme-femme.

Mais les hommes ne sauraient être les seuls maîtres du jeu. Patrick Hinnou, sociologue politiste, enseignant chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, encourage la gent féminine à bannir les clichés négatifs et étiquettes nuisibles qui leur collent à la peau. Il s’attarde sur le profil de la femme leader politique qui, selon lui, doit maîtriser son environnement, s’assumer, assurer ses valeurs féminines et être méthodique. A ce niveau, il mentionne quelques approches qui doivent guider la femme leader. D'abord, il soutient l’approche directive. «Le leader doit savoir prendre des décisions et orienter les autres», explique-t-il avant d’évoquer ensuite l’approche persuasive. « La femme leader politique doit pouvoir partager avec les autres sa vision », poursuit-il. Le sociologue politiste mise enfin sur l’approche délégative. « La femme doit pouvoir déléguer aux autres une parcelle de son pouvoir et être dans une dynamique évolutive », recommande-t-il.

En insistant sur ces points, Patrick Hinnou relève les fossés qui ont longtemps contribué au retard des femmes en politique. Il fait une rétrospection dans les années 1970 pour constater que les femmes ont toujours été évincées du jeu politique. «Sur le terrain politique, elles ont été dépendantes de la volonté des hommes. En dehors des amazones qui se sont illustrées, les femmes béninoises sont restées longtemps absentes du milieu politique. Elles ont été mises en marge des responsabilités majeures. Celles qui pouvaient oser étaient peu valorisées », fait-il savoir.

 

Des progrès en dépit des disparités

 

Huguette Bokpè Gnacadja, présidente de l’Institut national de la femme (Inf), relativise. A la célébration de la Journée internationale de la femme, lundi 25 mars au ministère des Affaires étrangères (Mae), elle a exhibé les grandes améliorations notées en faveur de l’effectif numérique des femmes depuis 2016 au sein des instances décisionnelles, améliorations qu’elle met à l’actif du chef de l’Etat, Patrice Talon. Le Bénin enregistre depuis 2021 une femme au poste de vice-président ; 23,80 % de femmes occupent des portefeuilles ministériels ; 26,61 % sont élues députées à la neuvième législature ; 34 % sont nommées secrétaires exécutives ; 39,9 % sont directrices ou directrices adjointes de cabinet ; 38,8 % sont secrétaires générales de ministères.

Le défi pour les femmes et les pouvoirs publics, c’est de maintenir ces pourcentages, à défaut de les améliorer. Beaucoup espèrent que la présidentielle de 2026 permettra à notre pays de les porter davantage au pinacle.

Là-dessus, elles ont intérêt à se mettre davantage en évidence et à faire montre de leadership. Ce travail doit prendre corps à partir du cercle familial. « Les femmes doivent militer en politique tout en promouvant la paix. La paix commence à partir du foyer et dans les partis politiques», indique Mido Mahoulomè Adjahossou, membre de la cohorte 1 du Paeg.

Fatoumatou Batoko Zossou, présidente de la Coalition nationale pour la paix renchérit : « Il serait difficile pour une femme leader politique d’exposer sa vision dans un environnement chaotique. Les femmes leaders doivent promouvoir le dialogue communautaire ». 

Aux femmes et aux leaders politiques, Mido Mahoulomè Adjassohou, prodigue quelques conseils. « Il faut voir le chemin parcouru, renforcer les acquis tout en impulsant sa dynamique aux autres et travailler pour atteindre sa vision ».

En un mot, le leadership est une question de possibilité, de capacité et de volonté.