La Nation Bénin...
Quarante leaders religieux prennent part les 15 et 16 septembre à Cotonou, à un séminaire national initié par le Giaba, en collaboration avec la Centif Bénin. La rencontre vise à renforcer leur compréhension des risques liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, mais aussi à mieux les outiller pour contribuer à leur prévention au sein des communautés.
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne relève pas des seules institutions financières ou des structures spécialisées. Les acteurs religieux sont également appelés à jouer leur partition. C’est tout le sens du séminaire national organisé les 15 et 16 septembre à Cotonou par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), en collaboration avec la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) du Bénin. Au total, quarante leaders religieux participent à cette rencontre consacrée à la sensibilisation et au renforcement des capacités. Pour Abdou Rafiou Bello, président de la Centif, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ne sont pas des phénomènes abstraits réservés aux spécialistes de la finance. Ils constituent, selon lui, des menaces concrètes pour l’économie, la gouvernance et la sécurité. « Tarir ces sources de financement, c'est affaiblir leur capacité de nuisance. C'est, très concrètement, sauver des vies », a-t-il souligné. Le choix des organisations religieuses s’explique notamment par leur proximité avec les populations et par les ressources qu’elles mobilisent. Dons, offrandes, quêtes, aides de bienfaiteurs ou financements provenant de partenaires extérieurs constituent autant de ressources qui nécessitent une gestion transparente et vigilante. Le président de la Centif estime que ces flux peuvent, s’ils ne sont pas suffisamment contrôlés, être exposés à des tentatives de détournement ou d’instrumentalisation.
La transparence comme rempart
L’objectif du séminaire n’est toutefois pas de jeter la suspicion sur les organisations religieuses. Il s’agit plutôt, explique Abdou Rafiou Bello, de les armer et de les outiller afin de préserver leur intégrité et d’empêcher que leur bonne foi ne soit exploitée à des fins malveillantes. Dans cette perspective, la Centif invite les responsables religieux à renforcer la transparence dans la gestion de leurs organisations, notamment à travers une comptabilité fiable et la traçabilité des dons importants et de leur provenance. La vigilance est également recommandée face aux dons substantiels et aux partenariats extérieurs. Une générosité inhabituelle ou assortie de conditions particulières doit appeler au discernement. Les leaders religieux sont enfin appelés à relayer les messages de prévention dans les lieux de culte, à travers les prêches, les enseignements et les actions de proximité, particulièrement auprès des jeunes.
Pour Amadou Diongue, représentant résident de la Cedeao au Bénin, les leaders religieux sont des guides, des éducateurs et des acteurs de proximité. Leur autorité morale et la confiance dont ils bénéficient dans les communautés font d’eux des partenaires importants dans la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme. Cette proximité leur confère également un rôle dans la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Par leurs sermons, leurs enseignements et leurs actions, ils peuvent promouvoir la tolérance, le respect de l’autre et la coexistence pacifique, tout en contribuant à protéger les jeunes contre les discours de radicalisation. « La religion ne saurait être instrumentalisée pour justifier la violence », a rappelé Amadou Diongue.
Le Bénin renforce son dispositif
Le gouvernement entend, pour sa part, inscrire cette démarche dans une approche préventive plus large. Djibril Mama Cissé Moussa, ministre délégué chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique, a rappelé que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme constituent des préoccupations majeures pour les États, en raison de leurs conséquences sur les économies, les institutions et la sécurité. Il rappelle que le Bénin s’est notamment doté de la loi n°2024-01 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive. Le ministre a insisté sur la complémentarité entre les institutions de l’État et les acteurs religieux. Ces derniers n’ont pas vocation à se substituer aux services chargés du renseignement, des enquêtes ou de la justice. Leur contribution doit plutôt s’inscrire dans un partenariat fondé sur la confiance, le dialogue et le partage d’informations pertinentes, dans le respect des responsabilités de chacun.
Ce séminaire qui est le deuxième, après celui organisé en 2022, s’inscrit dans la poursuite de cette dynamique. Il intervient également à l’approche des prochaines évaluations mutuelles du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, prévues en février 2028. Les deux jours de travaux devront ainsi déboucher sur des pistes concrètes pour renforcer la sensibilisation des communautés, prévenir les discours de haine et de radicalisation, promouvoir le dialogue interreligieux et consolider la collaboration entre les organisations religieuses et les institutions compétentes.
Les leaders religieux en séminaire de sensibilisation au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme