La Nation Bénin...
Discret depuis plusieurs mois, le contrôleur général de police Prince Aledji est sorti de son silence sur le plateau de Canal 3. Chercheur et expert en Réforme du secteur de la sécurité (Rss), il livre une analyse du contexte sécuritaire à l’approche de la présidentielle d’avril 2026. Entre menace terroriste au Nord, tentative de déstabilisation interne et défis numériques, il appelle à la vigilance sans céder à la psychose.
Depuis sa dernière apparition médiatique, le contrôleur général de police Prince Aledji s’était fait discret. Un silence qui n’était ni retrait ni désengagement, assure-t-il. « Je m’occupe de mes recherches académiques et d’autres chantiers. Les questions de sécurité restent mon dada. On ne peut avoir été et cesser d’être ». A l’heure où le pays se prépare pour une nouvelle élection présidentielle, certains observateurs évoquent une absence de suspense politique, susceptible de réduire les risques sécuritaires. Une lecture que l’expert balaie du revers de la main. « Ce serait une grave erreur stratégique. Rien n’est définitivement acquis. Toute fin de mandat génère frustrations et mécontentements qu’il faut savoir anticiper », justifie-t-il.
Les fins de mandat, périodes sensibles
Historiquement, les transitions politiques constituent des moments délicats. « La fin d’un mandat engendre nécessairement des déçus, des incompris, parfois des aigris », explique-t-il. Ces tensions peuvent s’exprimer sur les plans politique, social ou économique.
Dans ce contexte, l’enjeu pour les Forces de défense et de sécurité (Fds) est clair : évaluer en permanence les capacités opérationnelles, ajuster les dispositifs et surveiller les formes émergentes de criminalité. « La machine est bien huilée », assure-t-il toutefois, évoquant un « état de veille permanent » au sein des états-majors. Le nord du Bénin reste confronté à des incursions de groupes armés opérant dans la sous-région. Prince Alédji cite notamment l’État islamique en Afrique de l’Ouest et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, actifs dans l’espace sahélien et le bassin du lac Tchad.
Selon lui, ces groupes ciblent prioritairement bases militaires, convois, zones aurifères et axes stratégiques. « Quand on frappe à côté, il n’y a pas de raison que les jours suivants ne nous soient réservés », prévient-il, plaidant pour une analyse en temps réel des dynamiques régionales. Il insiste sur quatre axes majeurs à savoir le maintien de la pression opérationnelle ; la fusion et la mutualisation du renseignement ; la présence renforcée aux frontières, sans déploiement précipité et l’ancrage d’un modèle de sécurité centré sur la population, inspiré de la police communautaire.
La tentative du 7 décembre
Évoquant la tentative de déstabilisation du 7 décembre 2025, l’expert ne cache pas son émotion. « Que des frères d’armes prennent les armes contre les leurs alors que l’ennemi est ailleurs, c’est ignoble », note-t-il. Pour lui, aucune architecture sécuritaire n’est figée. Il rappelle que même des démocraties réputées solides ont connu des failles, citant l’assaut du Capitole aux États-Unis. Le maître-mot demeure « Adaptation ». Après un tel épisode, les priorités sont connues : sécurisation renforcée des institutions, évaluation interne, et maintien de la cohésion des forces. Mais il refuse toute dramatisation. «Les acteurs stratégiques ont déjà réfléchi et apporté les rectifications nécessaires », indique-t-il. De la campagne à l’investiture, chaque phase du processus électoral comporte ses risques. Pendant la campagne, il met en garde contre les discours d’incitation à la haine. En amont du scrutin, il recommande la formation et les briefings des agents; la sécurisation des institutions et des observateurs ; l’acheminement sécurisé du matériel électoral et la protection des centres de vote, sur réquisition des responsables. La proclamation et la centralisation des résultats constituent également des moments sensibles nécessitant un encadrement strict.
Le défi numérique et la désinformation
La digitalisation représente à la fois une avancée et une vulnérabilité. «La désinformation stratégique est source d’insécurité », souligne-t-il. Les réseaux sociaux peuvent amplifier rumeurs et manipulations. Il appelle les services spécialisés à assurer une veille permanente, tout en exhortant l’État à « donner la bonne information à bonne date » pour couper court aux intoxications.
A la question de savoir s’il faut privilégier le renseignement ou la présence sur le terrain, le contrôleur général de police est catégorique : «La sécurité n’a pas de prix, mais elle a un coût ». Les deux dimensions sont indissociables. Il plaide pour une approche communautaire, moins bureaucratique, où les Fds sont perçues non comme des forces de répression mais comme des partenaires de co-production de la sécurité. Sur une échelle de 1 à 10, il situe le niveau de risque « en deçà de la moyenne », évoquant les efforts en équipements, en occupation stratégique des zones frontalières et en coopération sous-régionale. Mais son optimisme reste lucide: « La grande question est ce que font nos hommes des consignes sur le terrain ». A quelques mois du scrutin présidentiel d’avril 2026, son message aux citoyens tient en une formule : « Courage, détermination et engagement ». Il insiste sur le rôle des Forces de défense et de sécurité dans l’anticipation des actes de déstabilisation du pays et l’intérêt des renseignements pour déjouer tous les plans funestes. Un appel à la responsabilité collective, dans un contexte régional instable où, plus que jamais, la vigilance demeure la première des sécurités.
Le contrôleur général de police Prince Aledji appelle les services spécialisés à assurer une veille permanente