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Santé: L'urgence n'attend plus la caisse

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Des mesures qui mettront désormais fin aux drames vécus dans les hôpitaux Des mesures qui mettront désormais fin aux drames vécus dans les hôpitaux

Une enveloppe d'un milliard de francs Cfa a été mobilisée pour garantir la prise en charge immédiate de tout patient se présentant en situation d'urgence vitale, sans exigence préalable de paiement. Cette mesure prise en Conseil des ministres, ce mercredi, vient mettre fin à l’attente de la caisse parfois fatale aux patients dans les couloirs des centres de santé. 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 04 juin 2026 à 07h05 Durée 3 min.
#Conseil des ministres

Albertine a 47 ans et elle se souvient encore de la nuit où son mari a failli mourir dans les couloirs d'un hôpital public de Cotonou. Ce n'était pas faute de médecins disponibles. C'était faute d'argent liquide. « On nous a dit d'aller payer d'abord au guichet. Mon mari saignait. J'avais 8 000 francs Cfa sur moi. J'ai couru appeler ma sœur, ma belle-mère, le voisin. Le temps que je réunisse la somme, une heure avait passé. »

Cette histoire, des milliers de familles béninoises pourraient la raconter. Elle a un nom dans les couloirs des hôpitaux : l'attente de la caisse.

Une attente qui, parfois, tue. Elle est connue des soignants, qui vivent avec cette tension entre leur serment et les contraintes administratives. Elle est connue des agents d'accueil, coincés entre des directeurs qui leur demandent de faire rentrer les recettes et des patients qui n'ont rien. Elle est connue, surtout, des familles, qui ont appris à toujours garder un peu d'argent de côté, « au cas où ».

Le premier Conseil des ministres du président Romuald Wadagni, après le conclave inaugural, a décidé d'y mettre fin. Une enveloppe d'un milliard de francs Cfa a été mobilisée pour garantir la prise en charge immédiate de tout patient se présentant en situation d'urgence vitale, sans exigence préalable de paiement. La mesure s'applique à l'ensemble des structures sanitaires publiques du territoire national, des centres de santé de quartier aux hôpitaux de zone.

Pour Gervais, agent de sécurité dans un quartier périphérique d'Abomey-Calavi, la nouvelle a une signification que les chiffres ne traduisent pas. « Moi, je gagne 45 000 francs Cfa par mois. Si ma femme fait une crise la nuit, je n'ai pas 50 000 francs sous la main. Maintenant, je sais qu'on la prendra en charge d'abord. C'est ça qui change tout. »

Cette angoisse de l'imprévu médical est une constante dans les ménages à revenus modestes. Elle pousse certains à différer une consultation jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Elle contraint d'autres à des emprunts d'urgence à des taux usuraires. Elle crée, entre les familles, une solidarité de la débrouille qui ne devrait pas exister dans un État organisé. « On a une tontine dans notre cour. Quand quelqu'un est malade, on cotise tous. C'est bien entre nous, mais ce n'est pas normal que ce soit à nous de faire ce que l'État devrait faire », dit Mariette, vendeuse au marché de Dantokpa.

La mesure répond à une logique simple : dans une situation d'urgence médicale, chaque minute compte. Subordonner l'accès aux soins à une transaction financière, c'est organiser une inégalité devant la mort. L'État béninois affirme désormais le contraire.

« Cette réforme consacre un principe simple, a déclaré le président Wadagni lors du Conseil : lorsqu'une vie est en danger, l'urgence est médicale, jamais financière. »

Pour les soignants, la mesure lève aussi une pression sourde.

« Quand un patient arrive et qu'on sait qu'il n'a pas payé, on est dans une situation impossible. On veut soigner, mais le règlement dit d'attendre. On finit par faire ce qu'on peut en douce, ou on attend que quelqu'un apporte l'argent. Ce n'est tenable pour personne », confie un infirmier du Cnhu Hubert Koutoukou Maga, qui a requis l'anonymat.

La vraie bataille, désormais, est celle de l'exécution. Les médicaments doivent être dans les armoires, les infirmiers doivent connaître la procédure, les directeurs d'hôpitaux ne doivent pas laisser l'habitude reprendre ses droits. Le gouvernement devra aussi veiller à ce que la mesure ne reste pas concentrée sur les grandes structures de Cotonou, mais atteigne les hôpitaux de zone de Natitingou, Kandi ou Lokossa, où les populations sont souvent éloignées des ressources et plus exposées aux délais mortels.

Le milliard ne vaut que s'il se traduit, nuit après nuit, par une prise en charge sans qu'on demande d'abord à la famille de courir vers un distributeur. Ce sera à cela qu'on jugera la réforme : non à son annonce, mais à ce qui se passe dans les couloirs, à 3 heures du matin, quand personne ne regarde.