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Avec plus de 4,5 millions de clients et 267,22 milliards F Cfa d’encours de crédit à fin septembre 2025, la microfinance s’impose comme un pilier de l’inclusion financière au Bénin. Mais, les fragilités prudentielles observées rappellent que la maîtrise des risques constitue un enjeu majeur pour les années à venir.
A l’heure où le gouvernement déploie sa programmation budgétaire 2026-2028, le développement de la microfinance figure parmi les axes stratégiques du ministère des Affaires sociales et de la Microfinance (Masm). A travers le Document de programmation pluriannuelle des dépenses (Dppd) 2026-2028, l’Exécutif inscrit l’inclusion financière et l’autonomisation économique des couches vulnérables au rang des priorités. L’objectif affiché est d’améliorer l’accès durable des populations, notamment des femmes et des ménages à faibles revenus, à des services financiers adaptés.
Le Dppd retient comme indicateurs de performance le taux d’accès aux services des institutions de microfinance, le volume de crédits octroyés et le nombre de bénéficiaires des dispositifs d’appui. Pour 2026, le Projet annuel de performance (Pap) décline ces orientations en actions assorties de crédits budgétaires et de cibles précises, traduisant une volonté de renforcer la culture de résultats et la viabilité du secteur.
Secteur en expansion
Les ambitions publiques s’appuient sur une base sectorielle solide. Selon la Note de conjoncture (Factsheet n°012) du troisième trimestre 2025 de l’Agence nationale de surveillance des systèmes financiers décentralisés (Anssfd), le Bénin compte 108 institutions de microfinance (Imf) et 934 points de service.
La clientèle atteint 4 582 993 clients à fin septembre 2025, en hausse de 2,51 % sur un trimestre, soit 112 128 nouveaux clients, confirmant la place centrale du secteur dans l’inclusion financière féminine.
L’encours brut de crédits s’élève à 267,22 milliards F Cfa. Sur le seul troisième trimestre, 739 895 bénéficiaires ont obtenu un crédit, contre 564 524 au trimestre précédent, soit une progression de 31,07 %. Le montant des crédits octroyés a augmenté de 7,99 % sur la période.
Avec 637 067 demandes enregistrées pour 602 174 prêts accordés, le niveau d’acceptation demeure élevé. Ces performances confirment que la microfinance constitue un levier important de financement des activités génératrices de revenus.
Double défi
Si la dynamique quantitative est réelle, elle s’accompagne toutefois de fragilités. Les créances en souffrance atteignent 25,15 milliards F Cfa. Le portefeuille à risque à 90 jours (Par 90) s’établit à 8,73 %, un niveau nettement supérieur à la norme communautaire de 3 % au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).
Par ailleurs, l’encours des dépôts recule à 213,42 milliards F Cfa, en baisse de 4,30 % sur le trimestre. Cette évolution souligne l’importance d’un renforcement de la confiance des déposants et d’une gestion rigoureuse des risques.
Le taux de remboursement progresse néanmoins à 69,72 %, traduisant des efforts d’assainissement en cours.
Ces éléments expliquent l’accent mis dans le Dppd 2026-2028 et le Pap 2026 sur la supervision, le contrôle et l’appui technique aux Imf.
A l’horizon 2028, le défi est double : poursuivre l’expansion de l’accès aux services financiers et améliorer la solidité du système.
La capacité des autorités à réduire le portefeuille à risque, à stabiliser la collecte des dépôts et à renforcer la gouvernance des Imf conditionnera l’impact durable du secteur sur la réduction de la pauvreté et l’autonomisation économique des populations vulnérables.
L’Exécutif inscrit l’inclusion financière et l’autonomisation économique des couches vulnérables au rang des priorités