La Nation Bénin...

Visite du président Romuald Wadagni au Sénégal: La solidarité régionale comme rempart

Actualités
Une diplomatie agisssante dans l'interèt de  deux peuples frères Une diplomatie agisssante dans l'interèt de deux peuples frères

Reçu à Dakar ce 9 juin par son homologue Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État béninois Romuald Wadagni a marqué une étape décisive de sa tournée ouest-africaine. Au-delà du protocole, c’est la posture géopolitique d’un Bénin résolument ancré dans la stabilité régionale qui s’est exprimée.

Par   Jonas KOUYOU (Collaboration extérieure), le 10 juin 2026 à 06h50 Durée 3 min.
#solidarité régionale #Bassirou Diomaye Faye

Trois semaines, pas une de plus. Le président Romuald Wadagni n’a pas attendu les discours de circonstance pour poser un acte géopolitique fort. En atterrissant à Dakar, il a envoyé un message clair à une sous-région en état d’urgence. Face aux putschs, aux institutions fragilisées et à la progression jihadiste, la nouvelle génération de dirigeants ouest-africains choisit le camp de l’action collective. Avec son homologue sénégalais, il ne s’est pas contenté de serrer des mains, il a esquissé les contours d’une coopération de survie.

La cérémonie d’accueil aux honneurs militaires n’est pas un détail de protocole. Dans la grammaire diplomatique ouest-africaine, elle signifie le respect mutuel entre deux États qui se considèrent comme des partenaires de premier rang. Que Dakar réserve ce traitement à un président béninois à peine investi témoigne de la densité des relations entre les deux pays, mais aussi de la reconnaissance accordée à Romuald Wadagni en tant qu’acteur à part entière de l’espace régional. Pendant dix ans aux Finances, il était déjà l’un des visages les plus connus de la diplomatie économique béninoise sur les grandes places financières africaines.

Les discussions se sont articulées autour de trois axes complémentaires. Le premier, bilatéral, a porté sur le renforcement du partenariat économique et financier entre le Bénin et le Sénégal - deux économies dont les complémentarités sont réelles, de la logistique portuaire à l’agriculture, en passant par les services financiers. Le deuxième axe, sous-régional, a placé au centre de la table les enjeux de sécurité et de stabilité politique, dans un contexte où la pression terroriste aux frontières nord du Bénin s’est intensifiée depuis 2021. Le troisième, stratégique, a traduit une ambition partagée : celle d’une intégration régionale plus efficace, capable de répondre aux fractures actuelles de la Cedeao.

Ce qui attire l’attention dans la rencontre entre Wadagni et Faye, c’est la convergence de leurs trajectoires : deux hommes issus du monde de la gestion publique et de la rigueur technocratique, portés au pouvoir par des opinions qui réclamaient du renouveau. Leur dialogue incarne moins une rupture avec les formes classiques de la diplomatie ouest-africaine qu’une modernisation de ses contenus. La séquence retenue - un tête-à-tête politique suivi d’une réunion élargie avec les délégations techniques - reflète cette double ambition : parler d’abord en chefs d’État, puis travailler en gestionnaires.

La tournée ouest-africaine du président Wadagni, entamée le 1er juin, couvre des étapes qui disent elles-mêmes quelque chose d’une doctrine : Sénégal, Mali, Guinée-Bissau, Togo, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire. La liste réunit des démocraties électives et des régimes de transition, des États membres actifs de la Cedeao et des États qui s’en sont provisoirement distanciés. Le message implicite est que Cotonou n’entend pas choisir son camp dans la géographie des fractures régionales. Il entend parler à tout le monde.