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Sénat: Le pari assumé de Boni Yayi

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Boni YAYI Boni YAYI

En ralliant finalement le Sénat qu’il avait vigoureusement combattu lors des débats sur la révision constitutionnelle, l’ancien chef de l’État Boni Yayi signe un retournement spectaculaire. Derrière le langage consensuel qu’il tient aujourd’hui, ce changement de cap interroge les équilibres politiques.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 24 juil. 2026 à 07h38 Durée 2 min.
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Il y a quelques mois encore, l’idée de voir Boni Yayi siéger au sein de la nouvelle chambre parlementaire relevait de la pure spéculation, tant l’opposition de l’ancien président au projet de révision constitutionnelle était frontale. Aujourd’hui, il accepte officiellement d’occuper son siège, en vertu de l’article 113-3 de la Loi fondamentale. Ce faisant, il pose un acte fort,  qu’il justifie lui-même par une "évolution du contexte national". Mais au-delà de la formule diplomatique, quelles sont les véritables motivations de ce ralliement inattendu ?

Dans un message adressé à propos du Sénat, Boni Yayi prend soin de rappeler son hostilité initiale au projet de loi, comme pour signifier qu’il n’a pas oublié ni renié ses combats passés. Ce préambule n’est pas anodin. Il lui permet de sauver les apparences et de se présenter non pas comme un opportuniste, mais comme un homme d’État contraint par les circonstances. En se disant "non demandeur" de cette fonction mais "tenu" par la Constitution, l’ancien président adopte une posture habile. Il désamorce ce faisant par avance les critiques  qui y verraient une volte-face opportuniste, tout en se posant en garant de l’ordre institutionnel. Cette rhétorique du devoir accompli sert également à masquer la réalité selon laquelle, rester en marge de cette nouvelle institution, c’était prendre le risque de s’auto-exclure du jeu politique, lui qui affectionne animer  la vie politique.

Si le Sénat est une institution jeune, son potentiel politique est immense. En y entrant, Boni Yayi s’offre une tribune nationale d’un tout autre calibre que celle qu’il s'offrirait par de simples déclarations médiatiques. Ce positionnement est d’autant plus stratégique que l’ancien chef de l’État justifie son revirement par la nécessité de "préserver des espaces de dialogue". Le Sénat devient alors, dans son esprit, une chambre d’enregistrement des préoccupations citoyennes et un rempart contre la crispation, le cas échéant, du débat public. Toutefois, cette vision idyllique se heurte à une réalité. Une institution ne devient un lieu de dialogue que si les acteurs politiques acceptent collectivement de s’y soumettre aux règles du compromis. Boni Yayi restera-t-il dans cette logique pour faire avancer les débats  ?

En terminant son message sur un appel solennel à la prière pour la paix, la justice et la sécurité, Boni Yayi esquisse une sortie par le haut, en conviant la nation à une sorte de sursaut moral. Cette invocation traduit peut-être aussi sa conscience aiguë des défis qui l’attendent au sein d’une institution qu’il devra contribuer à définir. Car si le doute sur sa présence est quelque peu levé, celui sur l’efficacité réelle de son action au Sénat demeure entier. Entre figure de proue de l’opposition et sage de la République, le chemin est étroit.