La Nation Bénin...
Les femmes passent toutes par l’étape de la menstruation à l’adolescence. Chez certaines, elle peut être précoce, chez d’autres plus tardive. Il y a quelques décennies en Afrique de l’Ouest, les jeunes filles et les femmes utilisaient des pagnes durant leur période menstruelle. Aujourd’hui, ce sont les serviettes hygiéniques jetables qui se sont imposées.
L’utilisation du pagne menstruel était transmise de mère en fille. En l’absence de la mère, c’est la tante qui pouvait s’en occuper. Le pagne de la menstruation était traditionnellement un coupon du pagne des femmes communément appelé Gnonnougba dokpo (environ 2 mètres), divisé en quatre, trois ou deux selon la morphologie de l’utilisatrice. Il s’agissait généralement de pièces de coton déjà usagées. Le tissu ainsi découpé était plié en deux, en quatre, voire en six en fonction de l’abondance du flux.
Maman Sica, une sexagénaire, témoigne : « Quand on était plus jeune, il n’y avait que les pagnes. On n’avait pas le choix, et ce n’était pas une période confortable hors de la maison. C’étaient la gêne et l’inconfort en permanence. Il fallait sans cesse réajuster et vérifier pour éviter les fuites. »
Au-delà de la simple gestion hygiénique, l’utilisation du pagne revêtait une dimension plus profonde. Sylvère L. relève : « L’utilisation du pagne ne se résume pas à une simple gestion des menstrues ; elle représente un symbole spirituel pour la femme africaine. Le sang menstruel étant spirituellement lié à la vie, le pagne porte en lui une dimension invisible, sacrée et protectrice. Il servait à des rituels de protection pour la femme et sa descendance, et ne devait jamais être laissé à la portée de personnes mal intentionnées. »
Laver, sécher et cacher ce pagne relevait également du parcours du combattant dans une société où les menstrues restaient un tabou strict.
Depuis quelques années, les serviettes hygiéniques jetables ont révolutionné le quotidien des femmes. Pratiques, elles offrent un confort accru et se jettent facilement après usage.
Sylvère L. le confirme : « Aujourd’hui, nos femmes préfèrent les serviettes hygiéniques modernes parce qu’elles sont plus simples d’utilisation, procurent un meilleur confort, permettent un gain de temps, ce que recherchent beaucoup de femmes, et favorisent la discrétion. »
Si les serviettes jetables apportent tranquillité et modernité, elles posent un nouveau défi de taille : leur gestion après usage. Entre celles qui les jettent machinalement à la poubelle et celles qui les évacuent dans les toilettes au risque de boucher les canalisations, la question de l’impact écologique et de l’élimination des déchets hygiéniques reste entière. Les serviettes hygiéniques qui pullulent sur les marchés sont-elles fabriquées selon les normes en vigueur ? Un paradoxe moderne qui mériterait bien un nouveau combat pour les défenseurs de l’environnement et de la santé publique.