La Nation Bénin...
À la croisée du cinéma, de l’art immersif et de la mémoire afro-Atlantique, Kancícà s’installe à la Maison de la culture de Ouidah du 13 au 31 janvier. Inspirée de l’histoire de la reine-mère Na Agontimé, l’œuvre invite le public à une traversée sensible entre l’Afrique et le Brésil, où passé, présent et futur dialoguent pour réinterroger les héritages, les silences et les filiations.
Ouidah devient, pendant quelques semaines, un carrefour de mémoires, de récits et de technologies au service de l’histoire africaine et de ses diasporas. Avec Kancícà, la Maison de la culture offre au public béninois une expérience immersive inédite, à la croisée du cinéma, de l’art numérique et de la transmission historique. Installée dans un dôme à l’allure futuriste, l’œuvre invite le visiteur à un voyage sensoriel et intellectuel, sur une route afro-Atlantique chargée de douleurs, mais aussi de résistances et de créations.
Écrit et réalisé par Laeila Adjovi et Joséphine Dérobe, Kancícà est un récit d’aventure inspiré de l’histoire vraie de la reine-mère Na Agontimé, réduite en esclavage et déportée au Brésil où elle deviendra la fondatrice de la Casa das Minas, l’un des tout premiers centres culturels et spirituels de l’ancestralité africaine en terre brésilienne. À cette trame historique s’ajoute une dimension fictionnelle portée par le personnage de Doto Agodjié, femme guerrière et cartographe, engagée dans une quête initiatique à la recherche de filiations brisées par l’histoire. Lors de la cérémonie de lancement, Élisabeth Gomis, directrice générale de la Maison des mondes africains (Mansa), a souligné la portée symbolique de cette installation à Ouidah, après une première présentation au Brésil, notamment au Musée des arts de Rio. « Voir ce dôme s’installer aujourd’hui ici, à Ouidah, constitue un moment fort et profondément symbolique », a-t-elle déclaré, rappelant que Kancícà est né en même temps que Mansa, avec l’ambition de repenser l’Afrique non comme une périphérie, mais comme un centre de l’histoire du monde.
Pensée dès l’origine comme un projet afro-Atlantique, Kancícà s’inscrit dans une dynamique de circulation entre Paris, Cotonou et le Brésil, suivant une route mémorielle marquée par la traite transatlantique. Pour Élisabeth Gomis, le retour de l’œuvre au Bénin n’a rien d’anodin. « C’est ici que commencent des histoires qui ont traversé l’Atlantique dans la violence, mais aussi portées par des savoirs, des spiritualités et une capacité remarquable à transmettre et à créer malgré tout», a-t-elle lâché.
Geste de mémoire
Au-delà de l’immersion technologique, Kancícà se veut un geste de mémoire, de transmission et de réappropriation. L’œuvre convoque le vodun, l’Atlantique noir et les spiritualités afro-brésiliennes nées de la déportation, dans une quête qui ne cherche pas à conquérir, mais à relier et à recomposer autrement les mémoires. Un message particulièrement adressé à la jeunesse béninoise et brésilienne, invitée à se réapproprier une histoire plus vaste, plus complexe et plus puissante que les récits réducteurs hérités du passé. Pour William Codjo, directeur général de l’Agence de développement des arts et de la culture (Adac), Kancícà incarne un dialogue fécond entre le passé, le présent et le futur. « Le passé, parce que l’histoire racontée s’appuie sur des faits réels. Le présent, grâce aux technologies qui rendent possible cette narration immersive et le futur, avec ce dôme résolument avant-gardiste, presque comme un vaisseau venu d’ailleurs », a-t-il expliqué. Il a salué le travail des artistes et insisté sur l’importance de ces nouveaux médiums pour toucher des publics jusque-là éloignés des formes classiques de diffusion culturelle.
Présent à la cérémonie, Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, a rappelé que Kancícà est bien plus qu’un film. Selon lui, l’œuvre pose un regard sensible sur le silence, nos héritages visibles et invisibles, et oblige à penser, ressentir et se situer face à l’histoire. Dans un monde saturé d’images rapides et de récits fragmentés, le ministre a salué le choix courageux du temps long, celui qui permet de dire, d’installer le sens et de faire parler ce que l’histoire officielle tait parfois. Il a également exprimé sa reconnaissance aux partenaires institutionnels, notamment l’Ambassade de France au Bénin et la direction des Arts et de la Culture, pour leur soutien décisif. Pour le gouvernement béninois, a-t-il affirmé, la création artistique demeure un levier essentiel de transmission, de conscientisation et de dialogue intergénérationnel. « La culture n’est pas un luxe, elle est une nécessité vitale », a-t-il conclu, saluant l’engagement des créateurs et de la Maison de la culture de Ouidah.
L’œuvre invite le public à une traversée sensible entre l’Afrique et le Brésil