La Nation Bénin...
Le vodun du Bénin et l’hindouisme, le bouddhisme ou encore le jaïnisme d’Asie du Sud ont des similarités frappantes. Michella Perera, artiste visuelle sri-lanko-irlandaise basée à Marseille, constate de plus près que ces cosmogonies présentent des ressemblances en matière d’écologie, de pouvoir féminin et de rituels. Elle a partagé ces similitudes avec le public béninois, du 23 au 27 avril dernier, à Cotonou, à travers l’exposition intitulée «Sous les mêmes eaux».
L’exposition « Sous les mêmes eaux » de Michella Pererra est un voyage croisé dans les pratiques vodun du Bénin et celles de l’hindouisme, du bouddhisme et du jaïnisme en Asie du sud. Elle explore deux systèmes de croyances ancrés dans l’animisme et profondément attachés à la sauvegarde environnementale.
« A la base, j’ai observé des similitudes entre le vodun et l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme. Mais lorsque je suis venue ici au Bénin, j’ai remarqué que c’est plus profond que je ne le pensais. En explorant cela, j’ai remarqué qu’ils ont des liens en commun comme l’environnement, le pouvoir féminin, les rituels basés sur l’écologie. Je trouve cela très important… », souligne l’artiste lors du vernissage de l'exposition.
Pour Michella Pererra, ces rituels et pratiques constituent des réservoirs de savoirs locaux et sacrés, profondément enracinés dans la flore et la faune autochtones, et incarnent une forme de conservation écologique fondée sur la réciprocité et la collaboration. Dans l’univers spéculatif de l’artiste, des femmes à la peau enduite de pigments comme celle des déesses hindoues entretiennent une relation de réciprocité avec leur environnement écologique à travers des gestes rituels. Leurs pratiques mobilisent des principes de purification, de divination et de vénération, leur permettant d’acquérir une capacité d’agir sur le monde qui les entoure.
Les œuvres en exposition sont peintes sur des tissus wax aux motifs divers. Pour l’artiste, cela met en avant le pouvoir féminin dans les systèmes animistes. « Les femmes jouent un rôle essentiel dans la préservation, la médiation et la transmission de ces savoirs. Elles ne sont pas seulement des actrices rituelles, mais aussi des figures centrales du soin, assurant la transmission des traditions de mère à enfant», affirment les organisateurs. À travers ces peintures, renseigne-t-on, l’artiste cherche à montrer que leur rôle est fondamental dans l’élaboration d’une compréhension intime de l’environnement local.
Des visiteurs séduits
Alain Laëron, expert technique international à l’Agence de développement des arts et de la culture (Adac), a été frappé «par l'homogénéité des pratiques de création de ce travail avec les tissus qui racontent déjà des univers culturels particuliers, dans lesquels on retrouve à la fois les sources africaines et les sources sri-lankaises qu'elle a tenté de mettre en lien ». Le travail de conception des œuvres, qui met en relation des formes animistes du Sri-Lanka et du Bénin, a également retenu son attention. « Son approche, un peu contrastée, un peu comparée, qui se révèle poétiquement au travers de l'utilisation des tissus, des collages, des peintures, qui mêlent finalement ces influences-là, parfois les contrastent un peu, je trouve que ça rend les œuvres mystérieuses, comme peuvent l'être d'ailleurs les croyances animistes dans la forme et qui, en même temps, nous font un peu voyager au travers d'une symbolique très affirmée et qui donne lieu finalement, avec des formats différents, à une exposition assez cohérente », apprécie l’expert international.
Eric Médéda, artiste peintre performant béninois, était aussi de la partie. Le titre de l’exposition a d’abord retenu son attention. «Sous les mêmes eaux, c’est pour nous rappeler à cette cohabitation, à ce vivre-ensemble... Et quand je viens, la première œuvre qui m'a frappé, c'est une œuvre dans laquelle je lis plus ou moins une déesse, une divinité. Pas la déesse au complet, pas la face de la divinité, mais les membres de cette divinité», affirme l’artiste béninois. « Je me pose la question de savoir, poursuit-il, de quoi parle l'artiste. Alors, je me permets de visiter l'expo, de voir un peu son univers et de comprendre sa démarche. Je comprends que ce n'est pas une comparaison, mais c'est de retrouver le lien entre le Vodun du Bénin et les spiritualités d’Asie du Sud. Elle a su gérer et elle dialogue et fait dialoguer avec les pratiques entre les systèmes animistes. Et comme tout artiste, elle fait appel à la conscience de chacun de nous pour recréer ce lien entre ce que nous détenons et ce qui se fait comme pratique de l'autre côté du monde ».
L’exposition a réuni presque tous les publics, petits, grands, amateurs mais aussi professionnels des arts visuels.
Quid de l’artiste ?
Michella Perera est une artiste visuelle sri-lanko-irlandaise basée à Marseille, en France. Sa pratique s'articule autour d'une exploration sensorielle de la migration, du récit et des gestes rituels du quotidien. A travers la peinture et l'installation, elle s'inspire de pratiques héritées, de rites et de superstitions qui façonnent les communautés. Elle s'intéresse notamment aux gestes liés aux pratiques féminines du quotidien, aux savoirs ayurvédiques et ethnobotaniques, ainsi qu'à l'usage de tissu et de la broderie dans les pratiques culturelles et narratives. Ces éléments nourrissent la construction de mondes spéculatifs où des figures féminines affirment leur pouvoir d'agir pour créer et structurer leur environnement Michella Perera est détentrice d'un master of fine art de la Glasgow school of art. Elle enseigne actuellement la théorie de l'art à l'Université d'Aix-Marseille.