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Criminalité financière en 2025: 529 signalements à la Centif, 7 dossiers transmis à la Criet

Economie
La cybercriminalité domine les signalements reçus par la Centif en 2025, devant la fraude fiscale, les jeux et espèces douteuses, puis la corruption et la fraude La cybercriminalité domine les signalements reçus par la Centif en 2025, devant la fraude fiscale, les jeux et espèces douteuses, puis la corruption et la fraude

Les déclarations d'opérations suspectes continuent de progresser au Bénin, signe d'une vigilance accrue des acteurs. Mais le rapport annuel 2025 de la Centif souligne que le défi est désormais de convertir davantage ce renseignement financier en résultats judiciaires, à deux ans de l'évaluation mutuelle du Gafi.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 15 juil. 2026 à 07h37 Durée 3 min.
#Criet #criminalité financière

La Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) a enregistré 529 déclarations d’opérations suspectes (Dos) en 2025, contre 510 en 2024 et 443 en 2023. Cette progression confirme la montée en puissance du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive, d’après le Rapport d’activité annuel 2025 de l’institution.

Pour le président de la Centif, «Les résultats présentés dans ce rapport témoignent d’une dynamique encourageante, notamment en matière d’amélioration de la qualité du renseignement financier, de renforcement de l’orientation opérationnelle des dossiers vers les autorités compétentes et de développement des outils de traitement et d’analyse ». Les efforts engagés en 2025 ont ainsi permis de « mieux détecter, comprendre et contrer les flux financiers illicites », souligne-t-il.

Dans le même temps, les déclarations d’opérations en espèces (Doe) ont atteint 511 589, un niveau plus de trois fois supérieur à celui enregistré en 2021, même s’il demeure légèrement inférieur au record de 2024, indique le rapport. Les banques restent les principaux pourvoyeurs d’informations, avec 503 840 Doe, soit 98,5 % du total, et 449 Dos, représentant 84,9 % des déclarations d’opérations suspectes reçues par la Centif.

La cybercriminalité en tête

Les escroqueries et la cybercriminalité via transferts instantanés représentent 35,2 % des signalements, devant la fraude fiscale (23,3 %). Les infractions liées aux jeux de hasard et aux mouvements d’espèces d’origine douteuse comptent pour 18,7 %, tandis que la corruption, la fraude et les abus de biens sociaux totalisent 14,4 %.

La Centif observe également l’émergence de nouveaux schémas de blanchiment exploitant les terminaux de paiement électronique (Tpe) et d’autres instruments numériques. Cette évolution témoigne de l’adaptation constante des réseaux criminels aux innovations technologiques et à la digitalisation des services financiers.

En 2025, la Cellule a produit 154 notes de renseignement financier, en hausse de 27 % par rapport à l’année précédente. Ces analyses ont été transmises aux administrations compétentes selon la nature des infractions détectées. Le Centre national d’investigations numériques (Cnin) en a reçu 117, la Direction générale des impôts (Dgi) 18, tandis que 7 rapports d’enquête ont été transmis au procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). L’institution a également exercé son droit d’opposition sur cinq opérations suspectes, permettant le blocage temporaire de 1,16 milliard F Cfa, afin d’empêcher la dissipation de fonds potentiellement liés à des activités illicites.

L’enjeu de l’efficacité

Si la progression des signalements traduit un renforcement de la vigilance des établissements assujettis, elle ne suffit pas à garantir l’efficacité du dispositif. Le rapport relève que 25,3 % des déclarations reçues sont encore jugées de mauvaise qualité, ce qui réduit leur exploitation opérationnelle et ralentit les investigations.

« La qualité des déclarations reçues, la compréhension des risques émergents, notamment liés aux nouvelles technologies, ainsi que la transformation du renseignement financier en résultats judiciaires concrets, constituent autant de priorités pour les années à venir », affirme le président de la Centif.

Parallèlement, la mise à jour de l’Évaluation nationale des risques intègre désormais de nouvelles formes de criminalité, notamment la criminalité environnementale et le financement de la prolifération des armes de destruction massive. Ces travaux alimenteront la future Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive pour la période 2026-2030.

À deux ans de l’évaluation mutuelle du Groupe d’action financière (Gafi), le défi du Bénin n’est plus seulement de détecter davantage d’opérations suspectes. Il faudrait désormais que ces signalements débouchent effectivement sur des enquêtes approfondies, des poursuites, des confiscations d’avoirs et des condamnations lorsque les faits sont établis. C’est cette efficacité opérationnelle qui sera déterminante dans l’appréciation de la solidité du dispositif national de lutte contre la criminalité financière.