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Drogues et criminalité: L’Afrique de l’Ouest au cœur des nouveaux trafics

Economie
Les mutations du marché mondial des drogues ne se jouent plus seulement ailleurs : elles  s’observent déjà dans la région ouest-africaine Les mutations du marché mondial des drogues ne se jouent plus seulement ailleurs : elles s’observent déjà dans la région ouest-africaine

La criminalité organisée redessine les routes mondiales de la drogue. En Afrique de l’Ouest, corridor stratégique de la cocaïne vers l’Europe, émergent désormais des marchés locaux de consommation. Face à l’explosion des drogues de synthèse et à la mutation des opioïdes, la région se retrouve en première ligne des menaces décrites par l’Onudc dans son Rapport mondial 2026.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 30 juin 2026 à 07h40 Durée 3 min.
#Lutte contre la criminalité

L’Afrique de l’Ouest n’est plus seulement un corridor vers l’Europe. La région fait désormais face à des défis sécuritaires et sanitaires d’une ampleur croissante, au cœur des mutations du marché mondial des drogues décrites par le World Drug Report 2026 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc).

« Le problème mondial des drogues continue d’évoluer en ampleur, en complexité et en impact», souligne la directrice exécutive de l’Onudc, Monica Juma, dans la préface du rapport. Elle appelle à des réponses fondées sur des données probantes, combinant prévention, soins, justice pénale et coopération internationale.

La production mondiale de cocaïne a atteint plus de 4?000 tonnes en 2024, soit plus de quatre fois le niveau d’il y a dix ans. Face au renforcement des contrôles sur certaines routes, les réseaux criminels diversifient leurs itinéraires, confirmant le rôle de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale comme plateformes stratégiques vers l’Europe. Mais la région n’est plus seulement un espace de transit : l’émergence de marchés locaux de consommation montre qu’une partie des cargaisons y est désormais écoulée, avec des conséquences croissantes pour la santé publique et la sécurité.

Drogues de synthèse : le hic !

En 2024, 755 nouvelles substances psychoactives ont été recensées, un record historique. Produites en laboratoire, elles offrent aux trafiquants flexibilité et discrétion. Le rapport souligne aussi l’expansion de la méthamphétamine vers le Moyen-Orient, l’Afrique et certaines parties de l’Europe, illustrant l’adaptation permanente des organisations criminelles.

Après avoir assuré près de 80?% de la production mondiale d’opium, l’Afghanistan a vu ses volumes s’effondrer de 95?% depuis 2023, à la suite de l’interdiction du pavot. Cette chute favorise le basculement vers les opioïdes de synthèse, notamment fentanyls et nitazènes, déjà responsables de nombreuses overdoses en Europe et en Amérique du Nord.

En 2024, 331?millions de personnes (6,2?% des 15 64 ans) ont consommé des drogues, soit +34?% en dix ans. En 2023, près de 500?000 décès liés à la consommation ont été enregistrés (+29?% par rapport à 2013). Le cannabis reste la drogue la plus utilisée, avec 256?millions d’usagers en 2024. Malgré ces besoins croissants, l’accès aux traitements demeure insuffisant, en particulier pour les femmes et les populations vulnérables.

Prévenir, soigner et coopérer

Pour Monica Juma, les politiques publiques ne peuvent se limiter à la répression : elles doivent investir dans la prévention, améliorer l’accès aux soins, lutter contre la stigmatisation et renforcer la coopération internationale. Lors de l’Africa Day célébré à Vienne, le 26 juin dernier, Monica Juma a rappelé que la résilience africaine passe par des réponses inclusives et durables. En inscrivant son action dans l’Agenda 2063 et les objectifs du développement durable, elle souligne que la protection des plus vulnérables doit rester au cœur des politiques publiques.

Le rapport insiste sur la nécessité de réponses équilibrées, intégrant santé publique, justice pénale et développement. La sophistication croissante des trafics, qui exploitent les nouvelles technologies, les routes commerciales internationales et les fragilités des États, impose des stratégies coordonnées. L’Onudc appelle à une approche globale qui combine le renforcement des systèmes de santé, la mise en place de programmes de réduction des risques, l’amélioration de la collecte de données et le soutien aux communautés vulnérables.

En Afrique de l’Ouest, ces recommandations prennent une dimension particulière. La région doit simultanément intensifier la prévention auprès des jeunes et des populations à risque, développer l’accès aux soins et aux traitements adaptés, encore largement insuffisants, et renforcer la lutte contre les réseaux criminels qui exploitent les failles institutionnelles et sécuritaires.

Quelques chiffres clés du Rapport

• 331 millions de personnes ont consommé une drogue en 2024, soit 6,2 % de la population mondiale âgée de 15 à 64 ans (+34 % en dix ans).

• Près de 500 000 décès liés à la consommation de drogues ont été enregistrés en 2023, soit

 29 % de plus qu'en 2013.

• Plus de 4 000 tonnes de cocaïne produites en 2024, un niveau record représentant plus de quatre fois la production d'il y a dix ans.

• 755 nouvelles substances psychoactives recensées en 2024, un record historique.

• 95 % : baisse de la production d'opium en Afghanistan depuis 2023, favorisant la montée des opioïdes de synthèse, notamment les fentanyls et les nitazènes.

• La méthamphétamine poursuit son expansion vers le Moyen-Orient, l'Afrique et certaines parties de l'Europe.

• 256 millions de personnes ont consommé du cannabis en 2024, confirmant son statut de drogue la plus consommée dans le monde.