La Nation Bénin...
L'accès à la terre, au financement, aux outils numériques et aux marchés demeure un défi majeur pour les femmes rurales africaines. Face à ces obstacles, le programme Agri-Women Africa, porté par l'organisation African Investment Development Advisory (Aida), propose des mécanismes pour renforcer leur autonomie économique et leur participation au développement agricole. Ces pistes ont été au cœur du webinaire « Elles nourrissent l'Afrique », organisé le 15 octobre dernier, avec la participation de plusieurs institutions régionales et internationales, dont l'Uemoa, l'Ifc et l'Onu Femmes.
Les femmes occupent une place essentielle dans les systèmes agroalimentaires africains. En Afrique subsaharienne, elles représentent 49 % de la main-d'œuvre du secteur et assurent en moyenne 40 % du travail consacré aux cultures. Pourtant, leur contribution reste confrontée à des difficultés structurelles qui limitent leur productivité, leur accès aux ressources et leur capacité à tirer pleinement profit de leurs activités. C'est autour de ces enjeux que dix intervenants issus d'institutions régionales, d'organisations internationales, d'entreprises et d'organisations de la société civile ont échangé lors du webinaire « Elles nourrissent l'Afrique ». L'événement a notamment enregistré la participation de Khady Evelyne D. Ndiaye, directrice du Secteur privé à la Commission de l'Uemoa, et d'Anny Lucrèce Nlend Nkott, chargée des opérations pour le Bénin à la Société financière internationale (Ifc), membre du Groupe de la Banque mondiale. Meriem Bolata, représentante d'Onu Femmes, ainsi que plusieurs actrices engagées dans le développement agricole en Afrique ont également pris part aux discussions.
Les échanges ont permis de mettre en évidence cinq principaux obstacles. Le premier concerne l'accès au foncier. Dans 28 des 33 pays d'Afrique subsaharienne disposant de données, les hommes sont plus nombreux que les femmes à posséder des terres ou à bénéficier de droits fonciers sécurisés. À cette difficulté s'ajoute l'accès limité aux services financiers. En 2024, seulement 52 % des femmes disposaient d'un compte financier, contre 64 % des hommes. Le déficit d'accès au numérique constitue également un frein, puisque seuls 23 % des habitants des zones rurales africaines utilisent internet. Les contraintes climatiques et la faiblesse des infrastructures hydrauliques aggravent la situation. Le continent ne dispose que d'environ 4 % de surfaces cultivées irriguées. Enfin, les exigences liées aux normes, à la traçabilité et au conditionnement compliquent l'accès des productrices aux marchés, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Des chantiers prioritaires
Pour lever ces contraintes, les participants ont identifié trois principaux leviers. Le premier repose sur la mise en place de lignes de crédit dédiées aux petites et moyennes entreprises ainsi qu'aux coopératives dirigées par des femmes. Ces mécanismes pourraient être développés avec les banques de l'espace Uemoa et les institutions de microfinance, avec l'ambition de leur réserver entre 20 et 30 % des portefeuilles concernés. Le deuxième levier porte sur les garanties partielles de crédit. Portées notamment par des institutions multilatérales telles que l'Ifc ou la Banque africaine de développement (Bad), elles permettraient de réduire les risques supportés par les banques et de faciliter l'octroi de prêts aux entrepreneures agricoles. Le troisième axe concerne l'assistance technique. Il s'agit notamment d'accompagner les femmes dans la structuration juridique de leurs activités, l'éducation financière et numérique, l'adoption de systèmes de pompage solaire et le recours aux technologies circulaires. Pour les organisateurs, ces interventions doivent permettre de passer des recommandations aux actions concrètes. « Au Bénin comme dans tout l'espace Uemoa, elles sont au cœur de la transformation du manioc, du cajou et de l'huile de palme. Le 15 octobre n'était pas une fin, mais un point de départ. Avec l'Awa Academy et nos partenaires, nous passons des constats à l'action pour former, financer et connecter les agricultrices aux marchés », a souligné Meryem Chfiri, directrice générale d'Aida et responsable de l'initiative Agri-Women Africa.
Au-delà des échanges, le rapport issu du webinaire préconise quatre chantiers prioritaires. Il s'agit de mettre en place une plateforme panafricaine fédérant les initiatives régionales, d'accélérer la délivrance des titres fonciers aux femmes, de renforcer les équipements destinés à la transformation locale et de favoriser la diffusion des innovations vertes et numériques. Dans cette dynamique, Agri-Women Africa annonce le lancement de l'Awa Academy, un programme de formation en ligne destiné aux agricultrices, aux transformatrices et aux responsables de coopératives. Le Bénin figure parmi les pays concernés par son déploiement. Trois filières sont particulièrement ciblées, notamment le gari issu du manioc, le cajou et l'huile de palme. Selon les données de la Fao présentées dans le cadre des échanges, la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes dans l'agriculture pourrait apporter près de 1 000 milliards de dollars supplémentaires au produit intérieur brut mondial et réduire de 45 millions le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire. Autant d'arguments qui renforcent l'intérêt d'investir dans les capacités productives et économiques des femmes rurales.